Por­trait : Cé­rès Fran­co

Cros­ser of Cultures

Art Press - - NEWS - Vic­to­ria Am­bro­si­ni Che­ni­vesse

Cri­tique d’art, ga­le­riste, col­lec­tion­neuse, Cé­rès Fran­co est sur­tout pion­nière dans l’at­ten­tion por­tée aux « marges » de l’art contem­po­rain. Sa col­lec­tion, qui com­prend es­sen­tiel­le­ment des oeuvres d’art brut et d’art naïf du monde en­tier, est dé­sor­mais pré­sen­tée à Mon­to­lieu, dans l’Aude, vil­lage où est éta­blie la Co­opé­ra­tive-Col­lec­tion Cé­rès Fran­co. Une par­tie de celle-ci – la Peau et les Mots – y était ex­po­sée à l’été 2016, un autre pan l’est cette an­née. Or­ches­trée par JeanHu­bert Mar­tin, l’ex­po­si­tion l’In­ter­na­tio­nale des vi­sion­naires, se tient du 29 avril au 5 no­vembre.

Née en 1926 et d’ori­gine bré­si­lienne, Cé­rès Fran­co s’ins­talle à Pa­ris, en 1951, après des études d’his­toire de l’art aux États-Unis et un voyage pour dé­cou­vrir les chefs-d’oeuvre de l’art eu­ro­péen. Elle or­ga­nise des ex­po­si­tions hors-les-murs jus­qu’à l’ou­ver­ture de sa ga­le­rie en 1972. Cette der­nière, comme ses pre­mières ex­po­si­tions des an­nées 1960, s’in­ti­tule l’OEil de Boeuf, pour dé­si­gner le for­mat rond et ovale qu’elle pro­pose aux ar­tistes, dès 1962, et sur­tout pour mar­quer un choix al­ter­na­tif, ce­lui du fi­gu­ra­tif face à l’abstraction triom­phante et au-de­là même, le dé­pas­se­ment de ce cli­vage. En 1960, sa ren­contre avec Mi­chel Ma­créau (19351995) est fon­da­trice, au mo­ment où la Nou­velle Fi­gu­ra­tion, pour une part dans le pro­lon­ge­ment du groupe CoBrA, fait son ap­pa­ri­tion – « ex­pres­sion de nos an­goisses, de nos com­plexes et de notre peur de la dés­in­té­gra­tion fi­nale, to­tale et dé­fi­ni­tive (1) », se­lon Mi­chel Ra­gon. Il s’agit alors de re­grou­per des ar­tistes ju­gés in­clas­sables, par­ta­geant le « goût du fan­tas­tique, de la fan­tai­sie, du gro­tesque (2) », mais aus­si de la ma­gie (3), de la re­li­gion, de l’en­fance et des arts po­pu­laires.

MIXI­TÉ CULTU­RELLE

Par ailleurs, les ac­ti­vi­tés de Cé­rès Fran­co pré­fi­gurent un art mon­dia­li­sé, qui as­so­cie des ar­tistes in­ter­na­tio­naux, no­tam­ment les La­ti­no-Amé­ri­cains avec la pre­mière ex­po­si­tion d’ex-vo­to bré­si­liens en 1966. Cri­tique d’art, elle tient une chro­nique dans la presse bré­si­lienne sur l’ac­tua­li­té des ar­tistes bré­si­liens à Pa­ris, comme An­to­nio Ban­dei­ra (1922-1967). Ré­ci- pro­que­ment, elle pro­meut la scène ar­tis­tique pa­ri­sienne au Bré­sil en or­ga­ni­sant no­tam­ment la ma­ni­fes­ta­tion Opi­nion 65 au mu­sée d’art mo­derne de Rio de Janeiro, en 1965. Dans un pays qui vient de connaître un coup d’État mi­li­taire (1964), cette ex­po­si­tion est un vé­ri­table ma­ni­feste. En 2015, le mu­sée d’art mo­derne de Rio lui a d’ailleurs ren­du hom­mage en or­ga­ni­sant une ex­po­si­tion com­mé­mo­ra­tive d’Opi­nion 65 (4). De même, elle ex­pose les ar­tistes bré­si­liens de la Biennale d’art naïf de Bra­ti­sla­va, en 1972.

LA PEAU ET LES MOTS

De fait, de­puis les an­nées 1950, toute une avant-garde in­ter­na­tio­nale vit et tra­vaille à Pa­ris. Le Grec Yan­nis Gaï­tis (1923-1984), le Bré­si­lien An­to­nio Dias (né en 1944), l’Ar­gen­tin An­to­nio Se­guí (né en 1934) ou le Ja­po­nais Key Hi­ra­ga (1936-2000) sont ex­po­sés par Cé­rès Fran­co, exer­çant ici une mo­da­li­té de pré­cur­seur par sa fa­çon d’as­so­cier des ar­tistes du monde en­tier. Elle sou­tient éga­le­ment des ar­tistes qui de­viennent des som­mi­tés dans leur pays d’ori­gine comme An­to­nio Ber­ni (1905-1981) en Ar­gen­tine. Aus­si, quand Jean-Hu­bert Mar­tin or­ga­nise l’ex­po­si­tion Ma­gi­ciens de la Terre, au Centre Pom­pi­dou, en 1989, consa­crant ain­si des ar­tistes ex­tra­oc­ci­den­taux, « elle se ré­jouit de trou­ver un al­lié, qui réunit des cou­rants to­ta­le­ment dif­fé­rents et no­tam­ment la pein­ture sa­vante avec des oeuvres des au­to­di­dactes, comme de l’art po­pu­laire et croise les cultures (5) ». À cô­té de cette mixi­té cultu­relle, Cé­rès Fran­co dé­fend un art al­ter­na­tif, la pé­ren­ni­té de la pein­ture et l’art brut, des genres qu’elle mé­lange et qui trans­cendent les ca­té­go­ries ar­tis­tiques exis­tantes. Cri­tique, com­mis­saire et ga­le­riste (de 1972 à 1996), Cé­rès Fran­co est éga­le­ment col­lec­tion­neuse. Au cours des an­nées 1990, elle ouvre des « mai­sons-mu­sées » à La­grasse, dans le sud de la France, avant de ré­cu­pé­rer l’an­cienne co­opé­ra­tive vi­ti­cole de Mon­to­lieu, vil­lage du livre, dans l’Aude, à par­tir de 2015. Ce pro­jet abou­tit grâce aux ef­forts conju­gués de l’Ag­glo­mé­ra­tion de Car­cas­sone, du pro­prié­taire des lieux, Hen­ri Foch, et de la fille de Cé­rès Fran­co, la ga­le­riste Do­mi­nique Po­lad-Har­douin. À l’ou­ver­ture du lieu en 2015, les dif­fé­rents vo­lets de la col­lec­tion ont été pré­sen­tés et ont mis en évi­dence sa di­ver­si­té et sa ri­chesse. On y re­trouve l’art naïf et po­pu­laire bré­si­lien, avec des peintres comme Fran­cis­co Do­min­gos da Sil­va (1910-1985), Wal­do­mi­ro de Deus (né en 1944) ou Eli Mal­vi­na Heil (née en 1929), ain­si que de nom­breux ar­tistes dits « sin­gu­liers » ou au­to­di­dactes, tels le Tu­ni­sien Ja­ber (né en 1938), le Fran­çais d’ori­gine es­pa­gnole An­selme Boix-Vives (1899-1969), la Ma­ro­caine Chaï­bia (1929 - 2004), d’autres en­core, qua­li­fiés de « bruts » qui ont été sou­te­nus par Jean Du­buf­fet. Sont pré­sen­tés éga­le­ment des ar­tistes is­sus de la Nou­velle Fi­gu­ra­tion : l’Amé­ri­cain d’ori­gine po­lo­naise Ma­ryan S. Ma­ryan, le Fran­çais Jean Rus­tin (1928-2013), le Bul­gare Jacques Grin­berg (1941-2011), le Viet­na­mien Mao To Lai (mort en 2002), ou en­core le Fran­çais d’ori­gine hon­groise Ati­la (1931-1987). L’en­semble s’est or­ga­ni­sé en 2016 dans le cadre de l’ex­po­si­tion la Peau et les Mots (6), au­tour de deux ar­tistes em­blé­ma­tiques de la col­lec­tion, Mi­chel Ma­créau et Sta­ni Nit­kows­ki (1949-2001). La mo­des­tie des sup­ports do­mine, no­tam­ment dans l’oeuvre de Mi­chel Ma­créau, le­quel presse di­rec­te­ment ses tubes de pein­ture sur le bois, le car­ton ou la toile de jute. L’ir­rup­tion pro­gres­sive de l’écri­ture et du gra­phisme pré­fi­gure les oeuvres d’ar­tistes tels que Jean-Mi­chel Bas­quiat (1960-1988) ou Ro­bert Com­bas (né en 1957). Sa pein­ture tout en ma­tière et ins­pi­rée par le groupe CoBrA, de­vient plus mi­ni­male, à la fin des an­nées 1960, sous l’in­fluence du peintre abs­trait Mar­tin Bar­ré (1924-1993). À par­tir des an­nées 1970, Mi­chel Ma­créau uti­lise la pein­ture à la bombe et réa­lise ses pre­miers graf­fi­tis dans la rue, à Pa­ris, dans une vo­lon­té d’adop­ter une écri­ture pic­tu­rale in­édite, mais qui l’isole de ses col­lec­tion­neurs, hor­mis Cé­rès Fran­co. Il faut at­tendre les an­nées 1980 et l’émer­gence de la Fi­gu­ra­tion libre, de la trans-avant-garde ita­lienne, ou des Nou­veaux Fauves en Al­le­magne, pour le confor­ter dans ses choix es­thé­tiques. In­tro­duit par Jean Du­buf­fet (19011985), Sta­ni Nit­kows­ki est l’autre ar­tiste phare de la Peau et les Mots. Au­to­di­dacte, il peint à même le sol en rai­son d’une myo­pa­thie qui l’im­mo­bi­lise. Ex­po­sé par l’ar­tiste Ro­bert Ta­tin, au tout dé­but des an­nées 1980, il ren­contre Cé­rès Fran­co. Il pro­duit alors un art proche de l’art brut en même temps qu’une oeuvre épis­to­laire en­lu­mi­née, pu­bliée en 2011. Sa pein­ture évo­lue et de­vient de plus en plus ex­pres­sion­niste et tour­men­tée jus­qu’à son sui­cide en 2001. Les col­lec­tion­neurs portent au­jourd’hui un re­gard neuf sur l’en­semble de ces ar­tistes. La col­lec­tion d’art brut de Jean Du­buf­fet à Lau­sanne, la créa­tion de l’Out­si­der Art Fair à New York, puis à Pa­ris, la mul­ti­pli­ca­tion des ex­po­si­tions ins­ti­tu­tion­nelles, Ma­ryan S. Ma­ryan au mu­sée d’Art et d’His­toire du ju­daïsme (no­vembre 2013 - fé­vrier 2014), ain­si que Jacques Grin­berg au mu­sée de la Ville de Pa­ris (juin-sep­tembre 2016) ex­priment cette évo­lu­tion. De même, le par­ti pris de cer­tains com­mis­saires d’ex­po­si­tion, Jean-Hu­bert Mar­tin avec Ma­gi­ciens de la Terre au Centre Georges Pom­pi­dou (1989), Ca­ram­bo­lages au Grand Pa­lais (2016), Charles Esche et le Mu­sée éga­ré, dans le cadre du Prin­temps de sep­tembre, à Tou­louse (2016), tend à mon­trer qu’on as­siste à une re­con­si­dé­ra­tion de ce pan de la scène ar­tis­tique, qui fut long­temps la « face ca­chée de l’art contem­po­rain (7) ». C’est ain­si Jean-Hu­bert Mar­tin qui as­sure le com­mis­sa­riat de l’ex­po­sii­ton de cette an­née, in­ti­tu­lée l’In­ter­na­tio­nale des vi­sion­naires.

(1) Mi­chel Ra­gon, 50 ans d’art vi­vant 1950

2000, Fayard, 2001. (2) Idem. (3) Cf. l’ex­po­si­tion de sculp­ture Formes et

Ma­gie, au Bow­ling de Pa­ris, en 1963. Jean Coc­teau avait écrit la pré­face du ca­ta­logue. (4) Cette ex­po­si­tion com­mé­mo­ra­tive a été réa­li­sée à l’ini­tia­tive de Max Per­lin­gei­ro et s’est éga­le­ment te­nue à la pi­na­co­thèque de Rio de Janeiro. (5) En­tre­tien avec Do­mi­nique Po­lad-Har­douin, été 2016. (6) La Peau et les Mots, Ma­créau et Nit­kows­ki, Mon­to­lieu, 1er mai - 31 oct. 2016. (7) C Itz­hak Gold­berg, le Jour­nal des Arts, sept. 2016. Vic­to­ria Am­bro­si­ni Che­ni­vesse est com­mis­saire d’ex­po­si­tion ( Kitsch ou pas kitsch, Ins­ti­tut des cultures d’Is­lam, Pa­ris, 2015) et doc­teure en théo­rie de l’art (« Kitsch et art po­pu­laire dans l’art contem­po­rain du Moyen-Orient »). Cé­rès Fran­co. 2015. (Ph. P. Bou­vier)

Lettre de Sta­ni Nit­kows­ki à Cé­rès

Fran­co. 1981. Let­ter from Sta­ni Ni­towsk­si

The art cri­tic, gal­le­rist and col­lec­tor Cé­rès Fran­co has been, above all, a pio­neer be­cause of her close at­ten­tion to the “fringes” of contem­po­ra­ry art. Her col­lec­tion, ba­si­cal­ly made up of art brut and naïve art from all over the world, now has a home, the Co­opé­ra­tive-Col­lec­tion Cé­rès Fran­co, a mu­seum and art cen­ter in Mon­to­lieu, a vil­lage in the south-cen­tral de­part­ment of L’Aude. Part of the col­lec­tion was ex­hi­bi­ted there over the sum­mer of 2016 in La Peau et les mots. Ano­ther part fea­tures in L’In­ter­na­tio­nale des vi­sion­naires, a show cu­ra­ted by Jean-Hu­bert Mar­tin, en­ding No­vem­ber 5.

Born in Bra­zil in 1926, Cé­rès Fran­co stu­died art his­to­ry in the U.S., tra­ve­led through Eu­rope to see the mas­ter­works of Eu­ro­pean art and set­tled Pa­ris in 1951. She or­ga­ni­zed ex­hi­bi­tions in va­rious lo­ca­tions be­fore ope­ning her own gal­le­ry in 1972. Like one of the first shows she moun­ted in the 1960s, the gal­le­ry was cal­led L’OEil de Boeuf (The Bull’s Eye, al­so mea­ning a small round win­dow in French), af­ter the round and oval for­mats she had been en­cou­ra­ging ar­tists to work in since 1962. The name al­so re­fer­red to her choices in art, op­ting to uphold fi­gu­ra­tive art ins­tead of the abstraction then rei­gning, and, fur­ther, her de­sire to get beyond that di­vide. Her 1960 mee­ting with Mi­chel Ma­créau (1935-1995) was foun­da­tio­nal. It was a mo­ment mar­ked by the ap­pea­rance of the Nou­velle Fi­gu­ra­tion mo­ve­ment, part­ly a suc­ces­sor to the CoBrA group. Mi­chel Ra­gon cal­led it “an ex­pres­sion of our an­xie­ties, com­plexes and fear of our fi­nal, to­tal and de­fi­ni­tive di­sin­te­gra­tion.” (1) It was a co­ming to­ge­ther of un­clas­si­fiable ar­tists bon­ded by their sha­red “taste for the fan­tas­tic, fan­ta­sy and the gro­tesque,” (2) as well as for ma­gic,(3) re­li­gion, child­hood and folk art and crafts. Fran­co’s work as a col­lec­tor, cri­tic and cu­ra­tor he­ral­ded an in­ter­na­tio­na­li­zed art brin­ging to­ge­ther ar­tists from ma­ny coun­tries, par­ti­cu­lar­ly La­tin Ame­ri­ca. This was evident in the first ex­hi­bi­tion of Bra­zi­lian vo­tive of­fe­rings she or­ga­ni­zed in 1966. She wrote a re­gu­lar co­lumn in the Bra­zi­lian press about Bra­zi­lian ar­tists in Pa­ris such as An­to­nio Ban­dei­ra (1922-67). At the same time she pro­mo­ted the Pa­ris art scene in Bra­zil, most no­ta­bly with the show Opi­nion 65 at the Rio de Janeiro mo­dern art mu­seum in 1965. This ex­hi­bi­tion, a year af­ter a coup brought the coun­try un­der mi­li­ta­ry rule, was ac­tual­ly a po­li­ti­cal ma­ni­fes­to. This was ack­now­led­ged in 2015 when the Rio mu­seum held a com­me­mo­ra­tive tri­bute cal­led Opi­nion 65 – Fif­ty Years Af­ter.( 4) Si­mi­lar­ly, she brought the work of Bra­zi­lian ar­tists to the Bra­ti­sla­va bien­nial of naïve art in 1972. Since the 1950s a whole in­ter­na­tio­nal avant-garde has li­ved and wor­ked in Pa­ris. A pre­cur­sor in her way of brin­ging to­ge­ther ar­tists from all over the world, she sho­wed work by the Greek Yan­nis Gaï­tis (1923-84), the Bra­zi­lian An­to­nio Dias (born 1944), the Ar­gen­ti­nian An­to­nio Se­gui (born 1934) and the Ja­pa­nese Key Hi­ra­ga (1936-2000). Fran­co al­so sup­por­ted ar­tists who be­came pro­minent in their home coun­tries, like An­to­nio Ber­ni (1905-81) in Ar­gen­ti­na. When Jean-Hu­bert Mar­tin or­ga­ni­zed the se­mi­nal ex­hi­bi­tion Ma­gi­ciens de la Terre at the Pom­pi­dou Cen­ter in 1989 conse­cra­ting non-Wes­tern ar­tists, “she was de­ligh­ted to have found an al­ly who brought to­tal­ly dif­ferent cur­rents to­ge­ther, par­ti­cu­lar­ly work by trai­ned ar­tists along­side self-taught and po­pu­lar ar­tists in a criss­cross of cultures.”(5) Along with this cultu­ral mix, Fran­co cham­pio­ned al­ter­na­tive art, the per­ma­nence of pain­ting and art brut, genres she likes to blend in­to a mix that trans­cends exis­ting ar­tis­tic ca­te­go­ries.

SKIN ANDWORDS

In ad­di­tion to being an art cri­tic and gal­le­ry ow­ner (1972-96), Fran­co is al­so a col­lec­tor. Du­ring the 1990s she ope­ned “mu­seum homes” in La­grasse, in the South of France, be­fore buying and re­no­va­ting a for­mer wi­ne­ma­king co­ope­ra­tive in Mon­to­lieu, a vil­lage in the de­part­ment of L’Aude in 2015. This pro­ject came to frui­tion thanks to the com­bi­ned ef­forts of the grea­ter Car­cas­sonne me­tro­po­li­tan au­tho­ri­ties, the site’s ow­ner, Hen­ri Foch, and Fran­co’s daugh­ter, the gal­le­rist Do­mi­nique Po­lad-Har­douin. When the ve­nue ope­ned in 2015, the pre­sen­ta­tion of her col­lec­tion’s dif­ferent fa­cets re­vea­led its di­ver­si­ty and rich­ness. It in­cludes works by Bra­zi­lian naïve and po­pu­lar ar­tists such as Fran­cis­co Do­min­gos Da Sil­va (1910-85), Wal­do­mi­ro De Deus (born 1944) and Eli Mal­vi­na Heil (born 1929), as well as ma­ny so-cal­led “sin­gu­lar” au­to­di­dacts like the Tu­ni­sian Ja­ber (born 1938), the Fran­co-Spa­nish An­selme Boix Vives (1899-1969) and the Mo­roc­can Chaï­bia (1929-2004), along with crea­tors of so-cal­led “art brut” who were hai­led by Jean Du­buf­fet (1901-1985). Its em­brace al­so ex-

tends to Nou­velle Fi­gu­ra­tion ar­tists like the Po­lish-Ame­ri­can Ma­ryan S. Ma­ryan, France’s Jean Rus­tin (1928-2013), Jacques Grin­berg from Bul­ga­ria (1941-2011), the Viet­na­mese Mao To Lai (died 2002) and the Fran­co-Hun­ga­rian Ati­la (1931-87). Her 2016 ex­hi­bi­tion La Peau et les Mots (6) fea­tu­red two ar­tists who are em­ble­ma­tic of the col­lec­tion ove­rall, Mi­chel Ma­créau and Sta­ni Nit­kows­ki (1949-2001). Most of this work is mo­dest in tech- ni­cal terms. Ma­créau ap­plies paint di­rect­ly from the tube on­to wood, card­board and bur­lap. The gra­dual erup­tion of words and gra­phic arts ef­fects in­to his pain­ting pre­fi­gu­red the work of ar­tists like Jean-Mi­chel Bas­quiat (1960-88) and Ro­bert Com­bas (born 1957). His high­ly tex­tu­red, CoBrA-ins­pi­red pain­ting be­ca­me­mo­re­mi­ni­ma­list in the late 1960s un­der the in­fluence of the abs­tract pain­ter Mar­tin Bar­ré (192493). In the 1970s Ma­créau be­gan using spray cans and doing graf­fi­ti in the streets of Pa­ris. His goal was to de­ve­lop a unique style of pain­ting, but col­lec­tors found the me­dium off­put­ting, with the ex­cep­tion of Fran­co, who conti­nued to ac­quire and pro­mote his work. It was not un­til the 1980s and the emer­gence of Fi­gu­ra­tion Libre, the Ita­lian Tran­sa­van­guar­dia and the Neue Wilde in Ger­ma­ny that his aes­the­tic choices be­came more wi­de­ly ac­cep­ted. Dis­co­ve­red by Du­buf­fet, Nit­kows­ki was the other ar­tist fea­tu­red in La Peau et les Mots. An au­to­di­dact, he pain­ted on the ground due to crip­pling mus­cu­lar dys­tro­phy. He and Fran­co met af­ter his work had been shown by the ar­tist Ro­bert Ta­tin at the start of the 1980s. At that time he was ma­king art brut-like work and illu­mi­na­ted let­ters, which were pu­bli­shed in 2011. His pain­ting evol­ved, be­co­ming in­crea­sin­gly ex­pres­sio­nist and tor­men­ted un­til his sui­cide in 2001. Col­lec­tors to­day see ar­tists such as these in a new light. This sea change is evident in the ins­tal­la­tion of Du­buf­fet’s art brut col­lec­tion in Lau­sanne, the laun­ching of the Out­si­der Art Fair in New York and then Pa­ris, the pro­li­fe­ra­tion of mu­seum shows, the Ma­ryan S. Ma­ryan show at the Mu­sée d’Art et d’His­toire du Ju­daïsme ( No­vem­ber 2013-Fe­brua­ry 2014) and the Jacques Grin­berg show at the Mu­sée de la Ville de Pa­ris (June-Sep­tem­ber 2016). Si­mi­lar­ly, the po­si­tions adop­ted by some cu­ra­tors like Jean-Hu­bert Mar­tin, who is to pre­side over a show in Mon­to­lieu in 2017, the ex­hi­bi­tion Ca­ram­bo­lages (Ri­co­chets) at the Grand Pa­lais (2016) and Le Mu­sée éga­ré (cu­ra­ted by Charles Esche) at the Prin­temps de Sep­tembre art fes­ti­val in Tou­louse (2016) are all tes­ta­ment to a gro­wing re­con­si­de­ra­tion of this com­ponent part of the art scene that was for so long “the hid­den face of contem­po­ra­ry art.”(7)

(1) Mi­chel Ra­gon, 50 ans d’art vi­vant

1950-2000, Fayard 2001. (2) Ibid. (3) Con­si­der the sculp­ture show Forme

et Ma­gie at the Bow­ling de Pa­ris in 1963. Jean Coc­teau wrote the ca­ta­logue pre­face. (4) This com­me­mo­ra­tive ex­hi­bi­tion, al­so held at the Pi­na­co­te­ca in Rio de Janeiro, was or­ga­ni­zed at the ini­tia­tive of Max Per­lin­gei­ro. (5) In­ter­view with Do­mi­nique Po­lad Har­douin, sum­mer 2016. (6) La Peau et les Mots, Ma­créau et Nit

kows­ki, May 1-Oc­to­ber. 31, 2016. (7) As it was cha­rac­te­ri­zed by the art cri­tic It­zak Gold­berg, Le Jour­nal des

Arts, Sep­tem­ber 2016. Vic­to­ria Am­bro­si­ni-Che­ni­vesse is a cu­ra­tor ( Kitsch ou pas kitsch, Ins­ti­tut des Cultures d’Is­lam, Pa­ris, 2015). She holds a doc­to­rate in art his­to­ry and theo­ry.

Vue de la / Ex­hi­bi­tion view Co­opé­ra­tive-Col­lec­tion Cé­rès Fran­co. Au centre : toiles de/ works by Mi­chel Ma­créau. Ci-contre/ op­po­site: Eli­za­beth Ga­rouste. Ex-vo­to bré­si­liens. (© P. Bou­vier)

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