Pat An­drea

Ga­le­rie Laurent Strouk / 24 fé­vrier - 23 mars 2017

Art Press - - NEWS -

Ima­gi­nons seule­ment un ins­tant qu’on rem­place tous les per­son­nages des pein­tures et des­sins de Pat An­drea par des fi­gures bel et bien réelles et non plus étranges, in­con­grues, es­tro­piées, hal­lu­ci­nées ou fan­tasques. Que ver­rions-nous alors ? Des hommes et des femmes ins­crits dans des scènes d’in­té­rieur ou des pay­sages, voire des por­traits. Mais voi­là, l’art de Pat An­drea est re­quis par l’in­time ; il est donc à l’op­po­sé du réel. Du moins ré­vèle-t-il de l’hu­main une vi­sion qui n’a que faire de la mi­me­sis, mais qui s’ap­plique à mettre en exergue le se­cret des abysses de la psy­ché. Un peu comme si l’ar­tiste dres­sait face au monde un grand mi­roir dé­for­mant et qu’il y cap­tait les re­flets de tous les com­por­te­ments hu­mains. Plus de ta­bous, plus de mo­rale. Pat An­drea met au grand jour tout ce qui est or­di­nai­re­ment ca­ché, in­avouable, te­nu au si­lence. Il dé­cline dans son art toute une ico­no­gra­phie qui fait la part belle à une réa­li­té ex­clu­si­ve­ment sub­jec­tive, mul­ti­plie des say­nètes im­pro­bables, fixe des ins­tants or­phe­lins de toute nar­ra­tion, for­çant notre re­gard à une confron­ta­tion sans ap­pel. Au mieux y re­trouve-t-on, ici et là, quelques in­dices qui nous ren­voient à l’es­pace du rêve. La plu­part des com­po­si­tions de Pat An­drea pro­cèdent par ailleurs d’une sa­vante scé­no­gra­phie, « comme des théâtres dans les­quels est don­née à voir l’in­ti­mi­té de scènes quo­ti­diennes », dit-il. Tout semble y être construit se­lon normes et ca­nons tra­di­tion­nels, à ce­ci près qu’à l’ana­lyse, toute règle est dé­faite aus­si­tôt qu’elle est en­vi­sa­gée. Cherche-t-il à sug­gé­rer une pro­fon­deur ? Il ra­mène aus­si­tôt l’es­pace en fron­ta­li­té. Fait-il se cô­toyer ses fi­gures ? Au­cune échelle ne gou­verne leur rap­port. Em­ploie-t-il un ton dou­ce­reux ? Il lui en im­pose un des plus vio­lents. Des­sine-t-il le por­trait d’une jeune fille au chien en jouant des plus sub­tiles va­leurs de gris ? Il l’af­fuble d’une paire d’yeux d’un bleu stri­dent qui lui confère l’al­lure d’un ex­tra-ter­restre. Pat An­drea ou l’éloge du pa­ra­doxe. On ne di­ra ja­mais as­sez l’im­por­tance de tous ces jeux de re­gard qu’il or­ga­nise et par les­quels il nous convie à en­trer dans son oeuvre. Qu’ils soient di­rec­te­ment di­ri­gés vers nous pour hap­per d’em­blée le nôtre ou que, par ri­co­chets, il l’at­trape, cha­cune de ses images en est ponc­tuée et l’on ne peut y échap­per. Il y va chez lui d’une forme de viol du re­gard. « Le beau est tou­jours bi­zarre », af- fir­mait en son temps Bau­de­laire. Com­po­sée de pein­tures et de des­sins aux su­jets les plus di­vers, sans ja­mais être os­ten­ta­toires, cette der­nière li­vrai­son té­moi­gnait une fois de plus d’une maî­trise tech­nique qui en dit long de sa pas­sion – folle ? – pour les pri­mi­tifs hol­lan­dais. Mais aus­si pour Mon­drian, c’est-à-dire pour ses com­pa­triotes. À l’ins­tar de ses aî­nés, Pat An­drea, s’il ques­tionne le concept d’image, no­tam­ment au rap­port de l’hy­per consom­ma­tion qu’on en fait au­jourd’hui et qui en dé­tourne le sens pro­fond, tente de rendre à celle-ci son sta­tut pri­mor­dial d’icône.

Phi­lippe Pi­guet

Ima­gine for amo­ment re­pla­cing all the fi­gures in Pat An­drea’s pain­tings and dra­wings with fi­gures that are well and tru­ly real and not strange in­con­gruous, crip­pled, hal­lu­ci­na­to­ry or fan­tas­ti­cal. What would we see? Men and wo­men in in­ter­iors or land­scapes, or por­traits. But there you have it: An­drea’s work be­longs to the per­so­nal sphere and is contra­ry to the real. Or at least, the vi­sion of hu­ma­ni­ty it puts for­ward has no time for mi­me­sis, wor­king as it does to show the se­cret depths of the psyche. It’s as if the ar­tist was hol­ding up to the world a big de­for­ming mir­ror re­flec­ting all hu­man be- ha­viors. No more ta­boos or mo­ra­li­zing. An­drea drags in­to the day­light all the things that are usual­ly hid­den, sha­me­ful, bound to si­lence. His rich ico­no­gra­phy is do­mi­na­ted by an ex­clu­si­ve­ly sub­jec­tive rea­li­ty. It is full of un­li­ke­ly sto­ries, of odd­ball mo­ments ma­roo­ned from nar­ra­tive, for­cing us in­to an ir­re­ver­sible vi­sual confron­ta­tion. The most we find is the oc­ca­sio­nal clue poin­ting us to the space of dream. Most of An­drea’s com­po­si­tions are subt­ly and skill­ful­ly stage-ma­na­ged—“like theatres sho­wing the in­ti­ma­cy of eve­ry­day scenes,” he says. Eve­ry­thing seems construc­ted in ac­cor­dance with tra­di­tio­nal norms and ca­nons, ex­cept that eve­ry rule is flou­ted al­most as soon as it is en­vi­sa­ged. Whe­ne­ver depth is hin­ted it, the pain­ting im­me­dia­te­ly snaps back in­to fron­tal mode. When fi­gures ap­pear side by side, their re­la­tion is de­void of scale. When co­lors are gentle, ano­ther, ex­tre­me­ly violent one is thrown in. When An­drea paints a young girl with a dog in the most subtle shades of grey, he gives her eyes in stri­dent blue that make her look like an ex­tra­ter­res­trial. Pat An­drea, prince of pa­ra­dox. It is im­pos­sible to overs­tate the im­por­tance of all those in­ter­ac­ting looks and gazes that he or­ga­nizes in his work, and that draw us in­to the work. Whe­ther trai­ned di­rect­ly on the be­hol­der, pul­ling them in, or fin­ding them by ri­co­chet, each of his images is punc­tua­ted by this play of looks and there is no es­ca­ping them. It is a kind of ra­ping of the gaze. “The beau­ti­ful is al­ways bi­zarre,” said Bau­de­laire. Com­pri­sing pain­tings and dra­wings whose sub­jects are ex­tre­me­ly di­verse but ne­ver os­ten­ta­tious, this la­test sho­wing once again de­mons­trates An­drea’s tech­ni­cal pro­wess, and his re­la­ted pas­sion—his mad­ness?—for ear­ly Dutch pain­ters. But al­so for Mon­drian. In a word, for his com­pa­triots. Like his el­ders, An­drea ques­tions the concept of the image, es­pe­cial­ly in re­la­tion to our cur­rent hy­per-consump­tion of images, which di­verts them from their deep mea­ning, he al­so tries to res­tore their pri­mi­tive sta­tus as icons.

Trans­la­tion, C. Pen­war­den

De haut en bas / from top: « (Dif­ferent lights) Pa­cha­ma­ma ». 2015-2016. Huile et ca­séine sur toile. 81 x 100 cm. Oil and ca­sein on can­vas « La Mort de Ber­trand De­la­croix ». 2015. Huile et ca­séine sur toile. 330 x 300 cm. Oil and ca­sein on can­vas

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