Afrique : feu d’ar­ti­fice, et après ?

Afri­can Pers­pec­tives

Art Press - - CONTENTS - Anaël Pi­geat

Di­vers lieux / Prin­temps et été 2017 Pour­quoi l’Afrique est-elle aus­si pré­sente sur la scène ar­tis­tique pa­ri­sienne ce prin­temps ? Pas de sai­son or­ga­ni­sée par le mi­nis­tère de la Culture ou le Centre na­tio­nal des arts plas­tiques – la chose est en gé­né­ral ré­ser­vée à un pays plus qu’à un con­tinent. Il s’agit plu­tôt d’un fais­ceau d’évé­ne­ments se « pro­dui­sant » au même mo­ment, et qui rap­pelle d’une cer­taine ma­nière l’in­té­rêt sou­dain por­té aux ar­tistes russes et chi­nois il y a quelques an­nées.

L’ac­tua­li­té a dû se cris­tal­li­ser et les pro­jets s’agré­ger les uns aux autres ce prin­temps : la Fon­da­tion Louis Vuit­ton vient d’inau­gu­rer une ex­po­si­tion sur la scène ar­tis­tique en Afrique du Sud et une autre de la col­lec­tion Pi­goz­zi ; la Villette et la gare SaintSau­veur de Lille montrent deux ex­po­si­tions de Si­mon Nja­mi, sur une ini­tia­tive de Do­mi­nique Fiat, consa­crées aux thèmes de la ville et du voyage ( Afriques ca­pi­tales et Vers le cap de Bonne-Es­pé­rance) ; la Ga­le­rie des Galeries, aux Galeries La­fayette, pré­sente le Jour qui vient de Ma­rieAnn Yem­si, qui a aus­si or­ga­ni­sé un « Fo­cus Afrique » dans la foire Art Pa­ris… Un grand nombre de galeries et de lieux qu’il se­rait fas­ti­dieux d’énu­mé­rer ont des pro­grammes liés à l’Afrique.

DES ÉPOQUES

En France, c’est Ma­gi­ciens de la Terre (1989) qui a vrai­ment je­té un pa­vé dans la mare. Très mal re­çue par la cri­tique sur le mo­ment, l’ex­po­si­tion a été peu re­layée dans les mu­sées au cours des an­nées sui­vantes. Il a fal­lu at­tendre 2004 pour que Afri­ca Re­mix soit pré­sen­tée à Düs­sel­dorf puis à Pa­ris, au Centre Pom­pi­dou, sous l’égide de Si­mon Nja­mi. Beau­coup d’ar­tistes ont été mon­trés là, dont les noms cir­culent en­core lar­ge­ment au- Ri­go­bert Ni­mi. « Sta­tion Vam­pires», 2013. Ma­té­riaux di­vers. Ex­po­si­tion « Être là », Fon­da­tion Louis Vuit­ton. (Coll. Pi­goz­zi ; Ph. M. Aes­chi­mann) Ci-contre / right: Has­san Kahn. Ex­po­si­tion « Afriques ca­pi­tales ». Pa­ris jourd’hui : Pas­cale Mar­thine Tayou, Ab­dou­laye Ko­na­té, Ken­dell Geers… Comme le sou­ligne Jean-Hu­bert Mar­tin à pro­pos de la pre­mière sta­tion de l’ex­po­si­tion à Düs­sel­dorf (dont il était com­mis­saire), les at­tentes du pu­blic ont été beau­coup plus fortes et la ré­cep­tion de l’ex­po­si­tion meilleure. Ce tra­vail ne s’est pas pour au­tant pro­lon­gé au Centre Pom­pi­dou, ni par des ac­qui­si­tions pour com­bler cer­tains manques, ni dans la pro­gram­ma­tion – au contraire de la Tate qui a ré­cem­ment re­cru­té deux com­mis­saires spé­cia­listes de l’Afrique.

DES HIS­TOIRES

Ce que montrent ces dif­fé­rentes ex­po­si­tions, visibles au­jourd’hui à Pa­ris, est moins une histoire que des his­toires. Il n’existe pas d’« art afri­cain », mais une mul­ti­tude de créa­tions sur des ter­ri­toires qui sont cha­cun aus­si di­vers que com­plexes. La col­lec­tion Pi­goz­zi a été consti­tuée par Jean Pi­goz­zi, l’hé­ri­tier des au­to­mo­biles Sim­ca, avec An­dré Ma­gnin. Ils se sont ren­con­trés à l’oc­ca­sion de Ma­gi­ciens de la Terre, dont An­dré Ma­gnin était l’un des com­mis­saires. On re­trouve, dans la col­lec­tion, des ar­tistes de di­vers pays du con­tinent, comme Ro­muald Ha­zou­mè, Bo­dys Isek Kin­ge­lez, Fré­dé­ric Bru­ly Boua­bré… Jean Pi­goz­zi n’a ja­mais été en Afrique, il le ré­pète comme une provocation, mais il a eu un oeil et le goût d’une aven­ture. Trois cri­tères de­vaient être rem­plis : être un ar­tiste d’Afrique noire, qui vive et tra­vaille sur place – pas d’ar­tistes de la dia­spo­ra ni du Magh­reb donc. Ceux qu’il a choi­sis sont le plus sou­vent des au­to­di­dactes qui s’ins­pirent d’ob­jets de la vie quo­ti­dienne. Il y a peu d’ar­tistes du Ni­gé­ria, où une vé­ri­table scène ar­tis­tique s’est pour­tant dé­ve­lop­pée de­puis quelques an­nées. Et le monde de « l’art contem­po­rain » est fi­na­le­ment as­sez éloi­gné de ce­lui dont il est ici ques­tion. L’ap­pa­ri­tion d’in­ter­net a mo­di­fié cet équi­libre entre les deux hommes qui, à par­tir de 2009, ont conti­nué leur route cha­cun de leur cô­té. En 1991, nais­sait la Re­vue Noire, créée par Si­mon Nja­mi et Jean-Loup Pi­vin, à la fois pu­bli­ca­tion et lieu d’ex­po­si­tion, qui a mon­tré de nom­breux ar­tistes et for­mé des com­mis­saires. C’est en par­tie cette histoire-là, mais aus­si celle d’Afri­ca Re­mix et de la der­nière Bien­nale de Da­kar dont Si­mon Nja­mi était com­mis­saire, qui se pro­longe à la Villette et à Lille. Si­mon Nja­mi y ras­semble des ar­tistes qui sont (presque) tous is­sus du con­tinent afri­cain. Il a trans­for­mé la Grande Halle en une ville avec rue prin­ci­pale, do­mi­née par une col­line, avec une ago­ra, des coins sombres et des ruelles ad­ja­centes. De Pume By­lex le poète, à Sam­son Kam­ba­lu, en pas-

sant par Jean La­more ou William Ken­tridge, il montre dif­fé­rents vi­sages du monde ac­tuel. S’agit-il de dis­cri­mi­na­tion po­si­tive ou d’ins­tru­men­ta­li­sa­tion? Mais alors qui ins­tru­men­ta­lise qui ? Après tout, il faut bien com­men­cer quelque part, di­sait dé­jà Jean-Hu­bert Mar­tin, et puis il n’est pas si rare de voir des ex­po­si­tions qui aient une uni­té géo­gra­phique. À Lille, la liste d’ar­tistes se re­coupe en par­tie avec celle de la Villette. Un cer­tain nombre de cli­chés sont dé­cons­truits. Beau­coup d’hu­mour res­sort du sa­lon et des pho­to­gra­phies du Ma­ro­cain Has­san Ha­j­jaj : il montre des ven­deurs am­bu­lants de la place Je­maa El-Fna, à Mar­ra­kech, sur fond de tis­sus en fils de plas­tique co­lo­rés du Sé­né­gal. Dans la pièce consa­crée à Émi­lie Ré­gnier, la peau de léo­pard a en­va­hi tout l’es­pace. Sym­bole de pou­voir chez les dic­ta­teurs afri­cains, elle est au­jourd’hui pré­sente dans toute la mode oc­ci­den­tale. Dans cette par­tie de l’ex­po­si­tion, le voyage est sur­tout in­té­rieur, plus tour­né vers l’en­fer que vers le pa­ra­dis. Le bra­sier de Fred­dy Tsim­ba en est une image ex­pli­cite, et la ville su­crée de Mes­chac Ga­ba n’est pas moins in­quié­tante.

ÉNER­GIE

Com­ment ex­pli­quer ces conver­gences? Peut-être par l’idée qu’après de longues an­nées pen­dant les­quelles le su­jet n’in­té­res­sait que peu de gens, les scènes ar­tis­tiques de cer­tains pays d’Afrique ont com­men­cé à se dé­ve­lop­per. Le Ma­roc et l’Afrique du Sud ont tou­jours été en avance sur le reste du con­tinent de ce point de vue, car ils ont à la fois des struc­tures d’édu­ca­tion et un mar­ché de l’art. Dans d’autres pays, des in­di­vi­dus ont lan­cé des ini­tia­tives qui ont at­teint une en­ver­gure in­ter­na­tio­nale. Le Ma­li ac­cueille de­puis 1994 les Ren­contres de Ba­ma­ko ; Bi­si Sil­va a ou­vert le Cen­ter for Con­tem­po­ra­ry Art à La­gos en 2007. L’an­née sui­vante, Sam­my Ba­lo­ji a créé les Ren­contres Pi­cha à Lu­bum­ba­shi, Koyo Kouoh le centre d’art, bi­blio­thèque et lieu de ré­si­dence Raw Ma­te­rial Com­pa­ny à Da­kar, Moa­taz Nasr, au Caire, le centre d’art Darb 1718. En 2010, Ai­da Mu­lu­neh a lan­cé Ad­dis Fo­to Fest, le pre­mier fes­ti­val de pho­to­gra­phie en Afrique de l’Est. C’est à cette éner­gie mise en oeuvre dans tous ces pays que l’ac­tua­li­té pa­ri­sienne fait écho en ce mo­ment.

FO­CUS

Dans ce pay­sage, l’Afrique du Sud oc­cupe une place à part. Elle est d’une part le pays du con­tinent où la scène ar­tis­tique s’est le plus ra­pi­de­ment dé­ve­lop­pée. On y trouve deux galeries à la vi­si­bi­li­té in­ter­na­tio­nale, Ste­ven­son et Good­man Gal­le­ry (fon­dée en 1966). La réa­li­té po­li­tique du pays, qui conti­nue au­jourd’hui de faire face aux suites de l’apar­theid, se tra­duit dans les oeuvres des ar­tistes. Il y a donc une vé­ri­table rai­son d’être dans la pro­gram­ma­tion par la Fon­da­tion Louis Vuit­ton de l’ex­po­si­tion Être là, concen­trée sur la scène sud-afri­caine et avec une to­na­li­té très po­li­tique (voir art­press n° 444). En évi­tant de dé­si­gner l’Afrique dans son titre, le Jour qui vient, Ma­rie-Ann Yem­si, com­mis­saire de l’ex­po­si­tion de la Ga­le­rie des Galeries La­fayette, semble at­tendre, comme beau­coup d’autres, le mo­ment où les ar­tistes afri­cains se­ront mon­trés dans les mu­sées du monde sans être ca­ta­lo­gués comme tels. À Pa­ris, c’est dé­jà le cas pour cer­tains d’entre eux, re­pré­sen­tés par des galeries comme In Si­tuFa­bienne Leclerc (qui tra­vaille aus­si bien avec Oto­bong Nkan­ga que Mark Dion), ou la Gal­le­ria Conti­nua (qui tra­vaille no­tam­ment avec Pas­cale Mar­thine Tayou). Ces galeries-là ne fai­saient pas par­tie du Fo­cus Afrique de la foire Art Pa­ris, pas plus que Ste­ven­son ou Good­man Gal­le­ry. Cette sé­lec­tion mon­trait des galeries exi­geantes, mais qui n’ont pas en­core fran­chi les fron­tières in­ter­na­tio­nales, comme Afro­no­va par exemple – tout comme il existe des galeries fran­çaises re­pré­sen­tant des ar­tistes fran­çais qui rayonnent peu à l’étran­ger. La foire 1:54, ins­tal­lée à Londres et au­jourd’hui à New York, a une place de choix ; elle a été pion­nière en la ma­tière. Elle ras­semble des galeries du con­tinent afri­cain et des galeries oc­ci­den­tales comme In-Si­tu ou An­dré Ma­gnin. Tous l’affirment, le mar­ché com­mence à se dé­ve­lop­per sur place, des col­lec­tion­neurs sont en train de se for­mer, mais les ventes se pro­duisent au­jourd’hui en grande par­tie à l’étran­ger. Alors quand vien­dra-t-il ce mo­ment où les ar­tistes du con­tinent afri­cain pour­ront être « avec » et non « à cô­té » des autres ar­tistes et des autres galeries dans les mu­sées, les ex­po­si­tions et les foires ? C’était le cas dans la der­nière Bien­nale de Ve­nise par exemple, dont le com­mis­sa­riat (dis­cu­table par ailleurs) était as­su­ré par Ok­wui En­we­sor. Es­pé­rons le mo­ment où ce su­jet n’en se­ra plus un dans ces termes, où cette mode de l’Afrique n’en se­ra plus une, parce que les modes passent. La si­tua­tion ac­tuelle a de quoi ré­jouir. En­core fau­dra-t-il veiller à ce qu’elle se pro­longe, au-de­là du feu d’ar­ti­fice.

Anaël Pi­geat Why is Afri­ca so po­wer­ful­ly present on the Pa­ris art scene this spring? It’s not be­cause the Mi­nis­ter of Culture or other au­tho­ri­ties have de­cla­red a sea­so­nal event. Such spot­lights are usual­ly re­ser­ved for a coun­try, not a con­tinent. What we have is a wide va­rie­ty of ex­hi­bi­tions oc­cur­ring at the same time, re­cal­ling the sud­den fas­ci­na­tion with Rus­sian and Chi­nese ar­tists se­ve­ral years ago. One after ano­ther, shows and other pro­jects with an Afri­can fo­cus have crys­tal­li­zed in­to so­me­thing of a whole this spring. An ex­hi­bi­tion on con­tem­po­ra­ry South Afri­can art has just ope­ned at the Fon­da­tion Louis Vuit­ton. Ano­ther fea­tures the Pi­goz­zi col­lec­tion. La Villette and the Gare Saint-Sau­veur in Lille are each show­ca­sing work cu­ra­ted by Si­mon Nja­mi, at the ini­tia­tive of Do­mi­nique Fiat, whose themes are the ci­ty and tra­vel, res­pec­ti­ve­ly ( Afriques ca­pi­tales and Vers le cap de Bonne Es­pé­rance). The Ga­le­rie des Galeries at the Galeries La­fayette is pre­sen­ting Le Jour qui vient, cu­ra­ted by Ma­rie-Ann Yems, who al­so or­ga­ni­zed the Fo­cus on Afri­ca seg­ment at the last Art Pa­ris art fair. Ma­ny gal­le­ries and ex­hi­bi­tion spaces— too ma­ny to men­tion—are al­so moun­ting Afri­ca-the­med shows. Dif­ferent eras, dif­ferent re­cep­tion It was the 1989 block­bus­ter ex­hi­bi­tion Ma­gi­ciens de la Terre (1989) that first awa­ke­ned France to con­tem­po­ra­ry Afri­can. Poor­ly re­cei­ved by the cri­tics at that time, there were few suc­ces­sors in the fol­lo­wing years. It wasn’t un­til 2004 that Si­mon Nja­mi’s Afri­ca Re­mix hit Düs­sel­dorf and then the Pom­pi­dou Cen­ter in Pa­ris be­fore mo­ving on to other world ca­pi­tals. Some of its ar­tists were to en­joy a still gro­wing re­pu­ta­tion, like Pas­cale-Mar­thine Tayou, Ab­dou­laye Ko­na­té and Ken­dell Geers. As em­pha­si­zed by Jean-Hu­bert Mar­tin, who was a co-cu­ra­tor, pu­blic

ex­pec­ta­tions ran high and this show was much bet­ter re­cei­ved. Still, there was no fol­low-up at the Pom­pi­dou, nei­ther in terms of ac­qui­si­tions to fill the gaps in its col­lec­tion nor in sub­sequent shows, un­like at the Tate, which re­cent­ly hi­red two cu­ra­tors who are Afri­ca spe­cia­lists.

MUL­TIPLE NAR­RA­TIVES

The va­rious ex­hi­bi­tions on view in Pa­ris right now de­mons­trate that there is no one single nar­ra­tive concer­ning art in con­tem­po­ra­ry Afri­ca. There is no such thing as “Afri­can art.” Ra­ther, there is the art of a va­rie­ty of re­gions, each of which is quite com­plex in it­self. The Pi­goz­zi col­lec­tion was as­sem­bled by Jean Pi­goz­zi, heir to the Sim­ca au­to­mo­bile for­tune, to­ge­ther with An­dréMa­gnin. The two men­met on the oc­ca­sion of Ma­gi­ciens de la terre, of which Ma­gnin was a co­cu­ra­tor. The col­lec­tion em­braces ar­tists from the con­tinent’s di­ver­si­ty of coun­tries, in­clu­ding Ro­muald Ha­zou­mè, Bo­dys Isek Kin­ge­lez and Fré­dé­ric Bru­ly Boua­bré. Pi­goz­zi ne­ver set foot in Afri­ca, as he likes to tell people pro­vo­ca­ti­ve­ly, but he had a sharp eye and a taste for ad­ven­ture. He set three cri­te­ria for ac­qui­si­tions: the art had to be from black Afri­ca, by ar­tists who live and work there. Ex­clu­ded were ar­tists from the Afri­can dia­spo­ra and the Magh­reb (North Afri­ca). Most of the ar­tists he se­lec­ted were self-taught, and took their ins­pi­ra­tion from eve­ry­day ob­jects. They in­clude, for example, few ar­tists from Ni­ge­ria, des­pite the up­surge in the art scene there over the last few years. The rise of the Web chan­ged the pre­vious­ly exis­ting equi­li­brium bet­ween the two men, and the col­lec­tion has be­come less and less orien­ted to­ward to­day’s pro­duc­tion. In 2009, Ma­gnin and Pi­goz­zi went their se­pa­rate ways. In 1991 Nja­mi and Jean-Loup Pi­vin laun­ched the Re­vue Noire, si­mul­ta­neous­ly a pu­bli­ca­tion and an ex­hi­bi­tion space that was to show ma­ny ar­tists and train cu­ra­tors. The cur­rent shows at La Villette and Lille came out of Re­vue Noire, to some extent, as well as Afri­ca Re­mix and the last Da­kar Bien­nale, di­rec­ted by Nja­mi. Most of the ar­tists whose work he has as­sem­bled in Pa­ris are from Afri­ca. The Grande Halle has been trans­for­med in­to a main street, with a hill over­loo­king it and a pu­blic square, dark cor­ners and al­ley­ways. The poet Pume By­lex, Sam­son Kam­ba­lu, Jean La­more and William Ken­tridge present dif­ferent faces of the world to­day. Is this a case of af­fir­ma­tive ac­tion or ins­tru­men­ta­li­za­tion? But who’s ins­tru­men­ta­li­zing whom? After all, you have to start so­mew­here, as JeanHu­bert Mar­tin used to say, even back then, and geo­gra­phi­cal­ly-de­fi­ned ex­hi­bi­tions are hard­ly a ra­ri­ty. The list of ar­tists on view in Lille over­laps so­mew­hat with La Villette. Ma­ny of the pieces de­cons­truct cli­chés. There is much hu­mor in Has­san Ha­j­jaj’s li­ving room and pho­tos of street ven­dors at Je­maa El Fna square in Mar­ra­kech moun­ted on fa­bric wo­ven from co­lo­red plas­tic threads from Se­ne­gal. Emi­lie Ré­gnier’s room is en­ti­re­ly ta­ken up by a leo­pard skin. A fa­vo­rite sym­bol of po­wer for Afri­can dic­ta­tors, to­day it is an om­ni­present mo­tif in the West. In this ex­hi­bi­tion seg­ment, the voyage is most­ly of the in­ner va­rie­ty, and more hea­ded for hell than hea­ven. Fred­dy Tsim­ba’s in­fer­no is pret­ty ex­pli­cit, and Me­shac Ga­ba’s su­gar val­ley is no less dis­tur­bing.

ENER­GY

How can these conver­gences be ex­plai­ned? Pe­rhaps be­cause after long years when few people were in­ter­es­ted in the sub­ject, the art scenes in se­ve­ral Afri­can coun­tries have be­gun to blos­som. Mo­roc­co and South Afri­ca have always been ahead of the rest of the con­tinent in this sense, be­cause they en­joy both a de­ve­lo­ped art edu­ca­tion system and an art mar­ket. In other coun­tries, in­di­vi­dual ini­tia­tives have ac­qui­red an in­ter­na­tio­nal sta­ture. Ba­ma­ko, in Ma­li, has hos­ted an im­por­tant bien­nial since 1994. Bi­si Sil­va foun­ded the Cen­ter for Con­tem­po­ra­ry Art in La­gos in 2007.The fol­lo­wing year, Sa­my Ba­lo­ji star­ted the Ren­contres Pi­cha in Lu­bum­ba­shi; Koyo Kouoh es­ta­bli­shed Raw Ma­te­rial Com­pa­ny, an art cen­ter, li­bra­ry and ar­tist’s re­si­dence in Da­kar; and in Cai­ro Moa­taz Nasr crea­ted the Darb 1718 at cen­ter. In 2010, Ai­da Mu­lu­neh ini- tia­ted the Ad­dis (Aba­ba) Fo­to Fest, East Afri­ca’s first pho­to­gra­phy fes­ti­val. To­day’s Afri­can art ac­ti­vi­ties in Pa­ris are po­we­red by the ener­gy now at work in all these coun­tries.

FO­CUS

South Afri­ca dif­fers from the con­tinent‘s other coun­tries in the ra­pi­di­ty with which its art scene has de­ve­lo­ped. It is home to two world-class gal­le­ries, the Ste­ven­son and Good­man (foun­ded in 1966). The som­ber po­li­ti­cal rea­li­ty in a coun­try still strug­gling with the le­ga­cy of apar­theid is re­flec­ted in the work of its ar­tists. It was par­ti­cu­lar­ly ap­pro­priate that the Fon­da­tion Louis Vuit­ton moun­ted the high­ly po­li­ti­cal ex­hi­bi­tion Etre là de­vo­ted to the South Afri­can art scene (see art­press no. 444). By omit­ting any ex­pli­cit men­tion of Afri­ca in the title of her ex­hi­bi­tion Le Jour qui vient, Ma­rie-Anne Yem­si, cu­ra­tor at the Ga­le­rie des Galeries La­fayette, seems to hope, like ma­ny other people, that the mo­ment will come when the world’s mu­seums will wel­come Afri­can ar­tists wi­thout confi­ning them to Afri­can ar­tist shows. That’s al­rea­dy the case in Pa­ris for a few of them, re­pre­sen­ted by gal­le­ries like In Si­tu-Fabienne Leclerc (which re­pre­sents Oto­bong Nkan­ga as well as Mark Dion), and the Gal­le­ria Conti­nua (which works with Pas­cale Mar­thine Tayou, among other ar­tists). These par­ti­cu­lar gal­le­ries did not take part in the Fo­cus on Afri­ca seg­ment of the Art Pa­ris fair, nor did the Ste­ven­son or Good­man gal­le­ries. The fair’s se­lec­tion com­pri­sed gal­le­ries that have high stan­dards but have not bro­ken through abroad, like Afro­no­va, for example, just as there are French gal­le­ries re­pre­sen­ting French ar­tists who have lit­tle fol­lo­wing in­ter­na­tio­nal­ly. The 1:54 art fair in Lon­don and now New York be­longs to a so­mew­hat dif­ferent ca­te­go­ry. It brings to­ge­ther Afri­ca-ba­sed gal­le­ries andWes­tern spaces like In-Si­tu and An­dré Ma­gnin. Ob­ser­vers agree that an art mar­ket is be­gin­ning to take shape on the con­tinent, col­lec­tors are be­gin­ning to emerge, but most sales still take place over­seas. When will we see work by Afri­can ar­tists pla­ced among that of other ar­tists and not off by it­self in gal­le­ries, ex­hi­bi­tions and art fairs? That did hap­pen at the last Ve­nice Bien­nale cu­ra­ted by Ok­wui En­we­sor, not wi­thout contro­ver­sy. Let’s hope for a time when this sub­ject no lon­ger is one, when Afri­ca is not in fa­shion be­cause fa­shions come and go. To­day’s si­tua­tion is po­si­tive. Ho­pe­ful­ly it will conti­nue even after the re­vol­ving sear­chlight has mo­ved on.

Trans­la­tion, L-S Tor­goff

Ke­mang Wa Le­hu­lere. « Red­de­ning of the greens or dog sleep ma­ni­fes­to ». 2015. Ma­té­riaux di­vers. Ex­po­si­tion « Être là », Fon­da­tion Louis Vuit­ton (Coll. New Church Mu­seum, Cape Town ; Court. Ga­le­rie Ste­ven­son, Le Cap) Ci-des­sous / be­low: Mes­chac Ga­ba. « Sweet­ness ». 2017. Ex­po­si­tion « Vers le cap de Bonne-Es­pé­rance ». (Ph. M. Du­four)

Pume By­lex. « Re­gards Croisés ». 2011. 56x37x37cm. (© Re­vue Noire) Ex­po­si­tion « Afriques Ca­pi­tales » Ci-des­sous / be­low: Ig­shaan Adams. « I was hid­den trea­sure (…) ». 2016. Tech. mixte. 200x500 cm. Ex­po­si­tion « Le jour qui vient ». (Court. Blank Pro­jects)

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