De Tours à Oslo la ré­ou­ver­ture du centre d’art contem­po­rain Olivier De­bré.

From Tours to Oslo. The CCC Reo­pens.

Art Press - - CONTENTS - Anaël Pi­geat

Le Centre de créa­tion contem­po­raine Olivier De­bré vient de rou­vrir ses portes dans un nou­veau bâ­ti­ment de l’agence por­tu­gaise des frères Aires Ma­teus. Pos­té à l’en­trée de Tours, ou­vert sur la ville le long du tram­way de Ro­ger Tal­lon et Da­niel Bu­ren, le bâ­ti­ment en pierre de Ter­cé a été pen­sé pour ac­cueillir l’art, dans un es­prit an­ti­sen­sa­tion­nel de sou­plesse et de re­te­nue. Le CCC a aus­si ajou­té à son nom ce­lui d’Olivier De­bré, qui a long­temps eu son ate­lier non loin de là, en l’hon­neur d’une do­na­tion par sa fa­mille de quatre im­por­tants ta­bleaux. C’est ce geste qui a orien­té la pre­mière pro­gram­ma­tion du CCCOD conçue par Alain Ju­lien-La­fer­rière, son fon­da­teur et di­rec­teur : une ex­po­si­tion sur les voyages en Norvège d’Olivier De­bré, une ins­tal­la­tion mo­nu­men­tale du Nor­vé­gien Per Bar­clay, fa­mi­lier de la mai­son, et un pa­no­ra­ma de la jeune scène d’Oslo, comme chambre de ré­so­nance de cet en­semble.

On l’ou­blie sou­vent, la Norvège était à la fin du 19e et au dé­but du 20e siècle une des­ti­na­tion à la mode pour les ar­tistes. Ed­vard Munch, Ed­vard Grieg et Hen­rik Ib­sen ré­gnaient sur la mu­sique et le théâtre. Mo­net est ve­nu peindre la neige en 1895. D’autres se sont ré­fu­giés là pour des rai­sons po­li­tiques : Naum Ga­bo à cause de la guerre en 1915, Kurt Sch­wit­ters quand il a fui l’Al­le­magne en 1932. À par­tir de sa ren­contre avec An­na-Eva Berg­man en 1931, Hans Har­tung y a fait de longs sé­jours éga­le­ment.

VOYAGES EN NORVÈGE

Fas­ci­né comme ses pré­dé­ces­seurs par le ca­rac­tère opa­les­cent de la lu­mière et par les cou­chers de so­leil qui com­mencent au mi­lieu du jour pen­dant l’hi­ver, Olivier De­bré a fait plu­sieurs voyages en Norvège à par­tir des an­nées 1960. Par l’in­ter­mé­diaire de son mar­chand pa­ri­sien, Knoed­ler, il a noué de so­lides ami­tiés avec le di­rec­teur de la ga­le­rie Haa­ken et le col­lec­tion­neur Hans Ras­mus As­trup qui ont dif­fu­sé son oeuvre sur place : de nom­breux pay­sages, que l’on voit dans l’ex­po­si­tion et qui n’avaient ja­mais été mon­trés en France, peints au grand air, avec de longs pin­ceaux, en une seule séance ; on voit même quelques in­sectes qui se sont pris dans la pein­ture et la té­ré­ben­thine qu’il uti­li­sait par litres. Leurs cou­leurs rap­pellent par­fois ceux du ro­man­tique Pe­der Balke (1804-1887). Ac­cro­chés en vis-à-vis d’un im­mense ta­bleau peint dans le Val de Loire pour l’an­cien CCCOD (qui fait par­tie de la do­na­tion), ces ta­bleaux montrent, de part et d’autre d’une im­mense salle blanche, la nuit co­lo­rée et le jour blanc de la Norvège. Ils disent aus­si l’im­por­tance, pour un ar­tiste, du ter­ri­toire où il vit et de ceux qu’il tra­verse. Qu’on les voie de plain-pied ou de­puis les galeries hautes qui courent au­tour de cet es­pace, ces ta­bleaux tra­duisent une grande li­ber­té.

ART ET DÉ­MO­CRA­TIE EN NORVÈGE

Ce n’est qu’en 1905 que la Norvège a pris son in­dé­pen­dance du Da­ne­mark qui l’avait en­va­hie quatre cents ans plus tôt. Jus­qu’aux an­nées 1970, ce pays était aus­si l’un des plus pauvres d’Eu­rope, mais pour­vu d’un sys­tème dé­mo­cra­tique fort. La scène ar­tis­tique s’est très tôt or­ga­ni­sée en syn­di­cats ; le Kunst­nernes Hus, pre­mière mai­son des ar­tistes, a ou­vert en 1930 dans un ma­gni­fique bâ­ti­ment de briques construit spé­cia­le­ment, avec un hall or­né de marbre co­lo­ré, des ver­rières pro­pices à l’ac­cro­chage des oeuvres, et une su­perbe fresque dans la cage d’es­ca­lier peinte par Per Krohg, qui est aus­si l’au­teur d’une pein­ture mu­rale au Conseil de sécurité des Na­tions unies à New York. L’ins­ti­tu­tion, qui est en­core au­jourd’hui un lieu in­con­tour­nable, a été conçue se­lon un mo­dèle proche de la Royal Aca­de­my à Londres. Elle est or­ga­ni­sée par et pour les ar­tistes, ados­sée à l’école des beaux-arts voi­sine qui pos­sé­dait à l’ori­gine les six ate­liers dis­po­nibles sur place – ils sont au­jourd’hui at­tri­bués in­dé­pen­dam­ment. En plus d’un riche pro­gramme, elle pré­sen­tait et pré­sente en­core une ex­po­si­tion an­nuelle re­con­nue : pour par­ti­ci­per, les ar­tistes en­voient sim­ple­ment leur can­di­da­ture. Le fi­nan­ce­ment du Kunst­nernes Hus re­pose sur des sub­ven­tions pu­bliques qui sont nom­breuses en Norvège dans le do­maine de l’art. La reine Son­ja, dont Wa­rhol a fait le por­trait en son temps, lui ac­corde aus­si son at­ten­tion. Cette ac­tion de l’État s’ap­plique aus­si à l’art dans l’es­pace pu­blic qui fait l’ob­jet d’un fort sou­tien du mi­nis­tère de la Culture, dou­blé d’un in­té­rêt de la so­cié­té civile. « Nous sommes res­pon­sables pour la so­cié­té », sou­ligne Bo Kris­ter Wall­ström, de l’agence d’art pu­blic Ko­ro. À titre d’exemple, la Norvège a ren­du hom­mage aux victimes de l’at­ten­tat com­mis par An­ders Brei­vik sur l’île d’Utoya à tra­vers une oeuvre d’Ah­mad Ghos­sein, jeune Li­ba­nais ayant fait ses études à Oslo, qui a ob­te­nu de faire conserver le pan­neau où était af­fi­ché le jour­nal quo­ti­dien dans le bâ­ti­ment gou­ver­ne­men­tal où la pre­mière bombe a ex­plo­sé, image poi­gnante de l’ins­tant d’avant le drame.

PER BAR­CLAY

La dé­cou­verte du pé­trole dans les an­nées 1970 a ra­di­ca­le­ment chan­gé la po­si­tion de la Norvège dans le monde. C’est à peu près l’époque à la­quelle Per Bar­clay a com­men­cé à tra­vailler, étu­diant à l’école d’art de Ber­gen, avant de s’ins­tal­ler en France puis en Ita­lie. Est-ce de là que vient l’ins­pi­ra­tion de ses grandes ins­tal­la­tions in si­tu, pay­sages sur­pre­nants dans les­quels il uti­lise dif­fé­rents li­quides se­lon le contexte dans le­quel il se trouve : du vin dans un chai à Chi­non, du lait dans un ora­toire à Pa­lerme, un mé­lange d’huile et de pé­trole à Bou­logne-Billan­court, dans un im­meuble en cours de trans­for­ma­tion et dans le nou­veau CCCOD de Tours ? C’est aus­si l’époque où il dé­couvre un pe­tit ta­bleau d’Olivier De­bré dans une ga­le­rie de Ber­gen, un ta­bleau noir et vert qui pour­rait aus­si rap­pe­ler les teintes du pé­trole. Dans la grande nef du CCCOD, Per Bar­clay a rem­pli un bas­sin d’un mé­lange d’es­sence et d’huile de vi­dange ; le rec­tangle du bas­sin est un peu dé­ca­lé par rap­port à la géo­mé­trie de la pièce, ce qui a pour ef­fet de mettre en mouvement les re­flets du bâ­ti­ment, mais aus­si les clo­chers de l’église Saint-Ju­lien et de la ca­thé­drale Saint-Ga­tien que l’on aper­çoit alen­tour. L’oeuvre s’anime en per­ma­nence des vi­bra­tions de l’air et de celles de la terre. « C’est un grand mo­no­chrome », dit Per Bar­clay. Il uti­lise le pé­trole pour sa qua­li­té ré­flé­chis­sante qui donne à ses surfaces une grande pic­tu­ra­li­té. En gé­né­ral, ses ins­tal­la­tions ne durent que quelques jours et sont

conçues pour don­ner lieu à des pho­to­gra­phies. Cette fois, le CCCOD nous fait en quelque sorte en­trer dans son ate­lier : l’oeuvre du­re­ra pen­dant le temps d’une ex­po­si­tion.

LA SCÈNE NORVÉGIENNE

Dès les an­nées 1970, la scène ar­tis­tique norvégienne a été ani­mée par plu­sieurs lieux très ac­tifs, comme le centre d’art He­nie Ons­tad, di­ri­gé pen­dant une ving­taine d’an­nées par Ka­rin Hel­land­sjø. On as­siste au­jourd’hui à une flo­rai­son de nou­veaux mu­sées. Ou­vert en 1993, le As­trup-Fearn­ley Mu­seum of Mo­dern Art, di­ri­gé par Gun­nar Kva­ran, a dé­mé­na­gé, en 2012, dans un nou­veau bâ­ti­ment de Ren­zo Pia­no sur le port. Un pro­gramme d’ex­po­si­tions ac­com­pagne une col­lec­tion com­po­sée des grands noms de l’art contem­po­rain, de Jeff Koons à Da­mien Hirst, avec une pré­sence par­ti­cu­lière d’ar­tistes fran­çais comme Da­do et Ger­maine Ri­chier. Un nou­veau mu­sée na­tio­nal est aus­si en chan­tier, fruit de la fusion de quatre mu­sées d’art contem­po­rain, d’arts dé­co­ra­tifs, d’ar­chi­tec­ture et d’art an­cien – une part de la com­mu­nau­té ar­tis­tique s’in­quiète de l’usage qui se­ra fait des an­ciens bâ­ti­ments. « Oslo est la plus pe­tite des grandes villes du monde », ex­plique Au­ro­ra As­pen, l’une des deux di­rec­trices de la ga­le­rie OSL qui était pré­sente à la foire Pa­ris In­ter­na­tio­nal en oc­tobre der­nier. C’est l’une des galeries contem­po­raines qui comptent à Oslo, avec la ga­le­rie Stan­dard no­tam­ment. Là-bas, le mar­ché n’est pas tout : hé­ri­tiers de la tra­di­tion du Kunst­nernes Hus, beau­coup de jeunes gens tiennent des ar­tists-run-spaces dy­na­miques. Il y en a une di­zaine en ville ac­tuel­le­ment, comme Re­kord ou Po­dium, qui sont ins­tal­lés dans d’an­ciens squats, dans des quar­tiers in­dus­triels. Ce sont à la fois des lieux d’ex­po­si­tion et de tra­vail in­di­vi­duel et col­lec­tif, dont le mo­dèle éco­no­mique re­pose sur des sub­ven­tions pu­bliques. À ce­la s’ajoute l’ac­tion de quelques struc­tures ori­gi­nales comme OCA, di­ri­gé par Ka­tya García-Antón, et fi­nan­cé par le mi­nis­tère des Af­faires étran­gères. Cette ins­ti­tu­tion a des ac­ti­vi­tés hy­brides : elle pro­pose des ex­po­si­tions, or­ga­nise la pro­duc­tion du pa­villon nor­vé­gien de la Bien­nale de Ve­nise, as­sume des mis­sions de tra­duc­tion, offre des ré­si­dences pour ar­tistes, et or­ga­nise des col­loques sur des su­jets d’ac­tua­li­té comme la pré­sence des com­mu­nau­tés Sa­mi, ou l’art en Asie du Sud.

INNLAND

Ce pro­gramme nor­vé­gien du CCCOD s’achève avec l’ex­po­si­tion Innland, pa­no­ra­ma de cette jeune scène norvégienne, dont le com­mis­sa­riat est as­su­ré par Elodie Stroe­cken, qui s’est as­so­ciée à Tho­ra Dol­ven Balke. Cette der­nière avait d’abord été in­vi­tée en tant qu’ar­tiste, mais ses qua­li­tés de cri­tique d’art, de com­mis­saire d’ex­po­si­tion, de tra­duc­trice, et de fon­da­trice d’un ar­tist-run-space à Oslo, ont fait d’elle la meilleure guide. De­puis le 19e siècle, la scène ar­tis­tique norvégienne pré­sen­tait un in­té­rêt vi­sible pour le pay­sage, ce dont An­na-Eva Berg­man a té­moi­gné à sa ma­nière au 20e siècle. Il est au­jourd’hui dif­fi­cile de dé­ga­ger de grandes ten­dances de cette jeune scène, car les ar­tistes qui la com­posent ap­par­tiennent au monde glo­ba­li­sé des vols low cost in­ter­na­tio­naux. Si l’on consi­dère, comme les com­mis­saires l’ont fait, un rap­port à un ter­ri­toire plu­tôt que des cri­tères nationalistes, peut-être pour­rai­ton néan­moins dé­ga­ger de ces tra­vaux un lien au réel à la fois ef­fi­cace et sen­sible, une cer­taine re­te­nue, la pré­sence ré­cur­rente de ré­cits, et un rap­port au temps lié à la lu­mière lo­cale. Tho­ra Dol­ven Balke sou­ligne aus­si un grand be­soin d’hu­ma­ni­té, en re­jet du néo­con­cep­tua­lisme des ar­tistes de la gé­né­ra­tion pré­cé­dente comme Ma­tias Fald­bak­ken. Mais cet en­semble té­moigne sur­tout d’une plon­gée dans une ville, et ré­vèle les ex­pé­riences d’un groupe d’ar­tistes qui vivent et tra­vaillent côte à côte. Ils ne sont pas tous nor­vé­giens, sont liés à Oslo parce qu’ils y vivent, qu’ils y ont étu­dié ou qu’ils y tra­vaillent. Le titre Innland tra­duit l’idée de se re­ti­rer à l’in­té­rieur d’un ter­ri­toire et à l’in­té­rieur des êtres. On en­tend de temps en temps dans les salles la voix de To­ri Wranes qui chante des pa­roles de trolls et donne à l’ex­po­si­tion sa part de mys­tère. Ins­pi­rée par les lumières nor­vé­giennes d’Olivier De­bré, Sol­veig Løn­seth a vou­lu à son tour im­por­ter en Tou­raine la lu­mière du Nord à tra­vers une sculp­ture à la fois mi­ni­male et très incarnée. Une di­men­sion plus po­li­tique ap­pa­raît par­fois, par exemple chez Ah­mad Ghos­sein. En­fin, les images sur si­li­cone de Tho­ra Dol­ven Balke évoquent la so­li­da­ri­té et le tra­vail en com­mun, dans ce pays où les ar­tistes sont en­ga­gés dans de nom­breuses tâches de la so­cié­té.

From Tours to Oslo The CCC Reo­pens

The Centre de Créa­tion Contem­po­raine Olivier De­bré has just reo­pe­ned in a new buil­ding de­si­gned by the Por­tu­guese ar­chi­tec­tu­ral prac­tice Aires Ma­teus. Lo­ca­ted at the en­trance to Tours, fa­cing the ci­ty along the tram­way de­si­gned by Ro­ger Tal­lon and Da­niel Bu­ren, this edi­fice made of Ter­cé stone was concei­ved as a place to hang out and see art in an un­ders­ta­ted, flexible and no-dra­ma en­vi­ron­ment. The CCC has al­so ad­ded the suf­fix Olivier De­bré to its name. De­bré’s stu­dio was lo­ca­ted not far away, and his fa­mi­ly do­na­ted four ma­jor pain­tings to the cen­ter. In ho­mage to him, the new cen­ter’s inau­gu­ral events, cu­ra­ted by its foun­der and di­rec­tor Alain Ju­lienLa­fer­rière, are an ex­hi­bi­tion about De­bré’s trips to Nor­way, a mo­nu­men­tal ins­tal­la­tion by the Nor­we­gian ar­tist Per Bar­clay whose work is fa­mi­liar to the cen­ter’s vi­si­tors, and a sur­vey of Oslo’s emer­ging ar­tists, which re­so­nates well with this en­semble. Ci-des­sus / above:

Olivier De­bré. « Rouge cou­lé de Tou­raine ». Huile sur toile. 400 x 915 cm. (Do­na­tion De­bré ; Ph. F. Poi­vret). “Flo­wed Tou­raine Red.” Oil on can­vas

Page de gauche / page left: Olivier De­bré en Norvège (Olivier De­bré in Nor­way) It’s of­ten for­got­ten that at the pre­vious turn of the cen­tu­ry Nor­way was a fa­shio­nable des­ti­na­tion for ar­tists. Ed­vardMunch, Ed­vard Grieg and Hen­rik Ib­sen rei­gned over mu­sic and thea­ter. Mo­net came to paint snow in 1895. Others came as po­li­ti­cal re­fu­gees: Naum Ga­bo, in 1915, to es­ca­peWorldWar I, andKurt Sch­wit­ters from Ger­ma­ny in 1932. After mar­rying An­na-Eva Berg­man in 1931, Hans Har­tung al­so spent long in­ter­ludes in Oslo.

VOYAGE TO NOR­WAY

Fas­ci­na­ted, like his pre­de­ces­sors, by the opa­les­cent light and the sun­sets that be­gin at mid­day in win­ter, De­bré vi­si­ted Nor­way se­ve­ral times, star­ting in the 1960s. In­tro­du­ced by his Pa­ri­sian dea­ler Knoed­ler, he be­came close friends with the gal­le­rist Haa­ken and the col­lec­tor Hans Ras­mus As­trup, who both po­pu­la­ri­zed his work lo­cal­ly, in­clu­ding ma­ny land­scapes seen in this show that have ne­ver been shown in France. Pain­ted out­doors with long brushes, each in a single day, they even re­tain the bo­dies of in­sects trap­ped in the wet paint and the tur­pen­tine he ap­plied co­pious­ly. The co­lors are oc­ca­sio­nal­ly re­mi­nis­cent of the Ro­man­tic Pe­der Balke (1804-97). Hung from one end to the other of an im­mense white room, fa­cing an im­mense pain­ting of the Loire val­ley made for the CCCOD’s ear­lier in­car­na­tion, which was part of the fa­mi­ly do­na­tion, these can­vases de­pict Nor­way’s co­lo­red nights and co­lor­less days. They are al­so tes­tament to the im­por­tance, for De­bré, of giving an ac­count of a sense of place for the ter­ri­to­ries where he li­ved and tra­ve­led through. Whe­ther seen from the ground floor or from the up­per gal­le­ries over­loo­king the ex­hi­bi­tion space, these pain­tings trans­cribe this ar­tist’s fee­ling of great free­dom.

ART AND DEMOCRACY IN NOR­WAY

It was not un­til 1905 that Nor­way won its in­de­pen­dence from Swe­den, which had been gi­ven control over the coun­try after cen­tu­ries of Da­nish rule. Un­til the 1970s it was among the poo­rest coun­tries in Eu­rope, but it en­joyed a stable de­mo­cra­tic system. From ear­ly on ar­tists’ unions played a cen­tral role in the art scene. The Kunst­nernes Hus, the first “house of ar­tists,” ope­ned in 1930 in a pur­pose-built, ma­gni­ficent brick buil­ding whose lob­by was de­co­ra­ted with co­lo­red marble with sky­lights de­si­gned to illu­mi­nate the art­works han­ging there, and a su­perb fres­co sur­roun­ding the stair­well, pain­ted by Per Krohg, al­so known for his wall pain­ting for the Se­cu­ri­ty Coun­cil mee­ting room at the UN’s New York head­quar­ters. This ins­ti­tu­tion, still a must-see for vi­si­tors to­day, was mo­de­led on the Lon­don

Royal Aca­de­my. Run by and for ar­tists, it ad­joins the Oslo fine arts school that once ow­ned the six avai­lable stu­dios that are now at­tri­bu­ted in­de­pen­dent­ly. In ad­di­tion to its rich re­gu­lar ex­hi­bi­tion pro­gram­ming it al­so holds a well-known an­nual show open to any ar­tist who ap­plies. The Kuns­ternes Hus is go­vern­ment fi­nan­ced, a com­mon si­tua­tion in the Nor­we­gian art scene. Queen Son­ja, whose por­trait was pain­ted by Wa­rhol, at­taches a spe­cial im­por­tance to this sub­ject. The Nor­we­gian go­vern­ment al­so backs art in pu­blic spaces, and the Mi­nis­try of Culture’s si­gni­fi­cant fun­ding is mat­ched by sup­port from ci­vil so­cie­ty. “We’re res­pon­sible for so­cie­ty,” stresses Bo Kris­ter Wall­ström of the Ko­ro pu­blic art agen­cy. For example, Nor­way paid ho­mage to the people mur­de­red by the fas­cist An­ders Brei­vik at the youth camp on Utoya is­land by com­mis­sio­ning a piece by Ah­mad Ghos­sein, a young Le­ba­nese ar­tist at­ten­ding school in Oslo. He ar­ran­ged the pre­ser­va­tion of the dis­play board in the go­vern­men­tal buil­ding where the day’s pa­per had been put up when the first bomb went off, a poi­gnant image of the mo­ment be­fore the mas­sacre. The dis­co­ve­ry of oil and gas du­ring the 1970s ra­di­cal­ly chan­ged Nor­way’s po­si­tion in the world. That was more or less the per­iod when Per Bar­clay be­came ac­tive, first stu­dying at the Ber­gen art school and then mo­ving to France and, la­ter, Ita­ly. Pe­rhaps that fin­ding was what ins­pi­red his large si­tes­pe­ci­fic ins­tal­la­tions, sur­pri­sing pieces using va­rious li­quids de­pen­ding on their context: a wine sto­re­house in Chi­non, milk in an ora­to­ry in Pa­ler­mo, and mix of oil and gas in Bou­logne-Billan­court, in a buil­ding un­der­going re­no­va­tion, and the new CCCOD in Tours. That was al­so the per­iod in which he came across a small pain­ting by Olivier De­bré in a Ber­gen gal­le­ry whose black and green tones may have al­so re­min­ded him of pe­tro­leum.

THE NOR­WE­GIAN ART SCENE

In the CCCOD’s great hall Bar­clay filled a ba­sin with a mix­ture of pe­tro­leum and crank­case oil. The rec­tan­gu­lar ba­sin is a bit out of whack with the geo­me­try of the room, and con­se­quent­ly the mo­ving li­quid re­flects not on­ly the buil­ding but al­so the bells of the Saint-Ju­lien church and the Saint-Ga­tien ca­the­dral around it. The piece is in constant mo­tion due to vi­bra­tions in the air and ground. “It’s one big mo­no­chrome,” Bar­clay re­marks. He likes to use oil be­cause of the vi­sual ef­fect pro­du­ced by its re­flec­tive qua­li­ty. His ins­tal­la­tions usual­ly last on­ly a few days and are concei­ved to be pho­to­gra­phed. This time the CCCOD gives us a lon­ger view—the piece will be in place for the du­ra­tion of an ex­hi­bi­tion. Du­ring the 1970s se­ve­ral art cen­ters were the main dri­vers of the coun­try’s art scene. One was the He­nie Ons­tad cen­ter, run for two de­cades by Ka­rin Hel­land­sjo. To­day new mu­seums are bur­geo­ning. Ope­ned in 1993, the As­trup-Fearn­ley Mu­seum of Mo­dern Art hel­med by Gun­nar Kva­ran mo­ved to a new port­side lo­ca­tion, a buil­ding de­si­gned by Ren­zo Pia­no, in 2012. Its tem­po­ra­ry ex­hi­bi­tions com­ple­ment a col­lec­tion com­pri­sing works by some of con­tem­po­ra­ry art’s mar­quee names, from Jeff Koons to Da­mien Hirst, with a strong se­lec­tion of French ar­tists like Da­do and Ger­maine Ri­chier. A new na­tio­nal art mu­seum is under construc­tion, fruit of the fusion of four mu­seums of con­tem­po­ra­ry art, de­co­ra­tive art, ar­chi­tec­ture and ol­der art. Some people in the arts com­mu­ni­ty are wor­ried about what will hap­pen to the mu­seums’ for­mer buil­dings. “Oslo is the smal­lest of the world’s big ci­ties,” ex­plains Au­ro­ra As­pen, co-di­rec­tor of the OSL gal­le­ry, which took part in the Pa­ris In­ter­na­tio­nal Art Fair (Fiac) last Oc­to­ber. Hers is one of the capital’s main con­tem­po­ra­ry gal­le­ries, along with the Stan­dard. But the

mar­ket is not all-po­wer­ful in Nor­way. Fol­lo­wing in the Kuns­ternes Hus tra­di­tion, ma­ny young people are in­vol­ved in the ci­ty’s ten or so dy­na­mic ar­tist-run spaces like the Re­kord and the Po­dium, set up in for­mer squats in in­dus­trial areas. They are both ex­hi­bi­tion ve­nues and sites for in­di­vi­dual and col­lec­tive pro­duc­tion whose bu­si­ness mo­del pre­sup­poses pu­blic sub­si­dies. Ad­di­tio­nal ener­gy comes from unique or­ga­ni­za­tions like OCA, di­rec­ted by Ka­tia GarcíaAntón and fi­nan­ced by the Mi­nis­try of Fo­rei­gn Af­fairs. This hy­brid es­ta­blish­ment mounts ex­hi­bi­tions, or­ga­nizes the Nor­we­gian Pa­vi­lion at the Ve­nice Bien­nale, car­ries out trans­la­tion pro­jects, of­fers ar­tist re­si­den­cies and holds se­mi­nars on cur­rent to­pics such as the Sa­mi (Lapp) com­mu­ni­ties in nor­thern Scan­di­na­via and con­tem­po­ra­ry art in South Asia.

INNLAND

Roun­ding out the CCCOD’s rei­nau­gu­ral of­fe­rings is the ex­hi­bi­tion Innland (the Nor­we­gian spel­ling of in­land), a sur­vey of the coun­try’s emer­ging at scene cu­ra­ted by Elodie Stroe­cken, along with Tho­ra Dol­venBalke. The lat­ter had ini­tial­ly been in­vi­ted to par­ti­ci­pate as an ar­tist, but her skills as an art cri­tic, cu­ra­tor, trans­la­tor and foun­der of an ar­tist-run space made her ove­rall gui­dance in­dis­pen­sable. Since the ni­ne­teenth cen­tu­ry land­scapes have been the through­line in Nor­we­gian art, a prac­tice An­na-Eva Berg­man per­pe­tua­ted, in her own way, in the twen­tieth cen­tu­ry. But it would be dif­fi­cult to dis­cern any lea­ding ap­proach for to­day’s young ar­tists, since their ge­ne­ra­tion has grown up in a glo­ba­li­zed world in­ter­con­nec­ted by cheap flights. Ins­tead of ap­plying na­tio­na­list cri­te­ria, the cu­ra­tors have sought to bring out a cer­tain re­la­tion­ship with the coun­try’s land­scape. This op­tic brings in­to view a real, ef­fec­tive and tan­gible link—an un­ders­ta­ted­ness, the re­cur­ring pre­sence of nar­ra­tives and a re­la­tion­ship with time re­la­ted to the lo­cal light. Dol­ven-Balke al­so em­pha­sizes the strong hu­ma­nism, a re­jec­tion of the neo-concep­tua­lism of the pre­vious ge­ne­ra­tion of ar­tists like Ma­tias Fald­bak­ken. But what most marks this en­semble of art is the com­mon ex­pe­rience of Oslo life among ar­tists used to li­ving and wor­king to­ge­ther. These ele­ven ar­tists are not all na­tive Nor­we­gians, but their com­mon thread is that they live there, whe­ther for work or stu­dy. The title Innland trans­lates the idea of wi­th­dra­wing in­to the in­ter­ior of a ter­ri­to­ry or one­self. Punc­tua­ting this show from time to time is the voice of To­ri Wranes, who sings about trolls and lends the ex­hi­bi­tion an air of mys­te­ry. Ins­pi­red by the Nor­we­gian light as cap­tu­red by De­bré, Sol­veig Løn­seth al­so wan­ted to bring the nor­thern lights to cen­tral France with a mi­ni­ma­list but high­ly em­bo­died sculp­ture. There is a more po­li­ti­cal di­men­sion to some of this work—Ghos­sein’s, for example. Fi­nal­ly, Dol­ven-Balke’s images on si­li­cone evoke the sense of so­li­da­ri­ty and wor­king to­ge­ther cha­rac­te­ris­tic of this coun­try where ar­tists take part in car­rying out ma­ny of so­cie­ty’s tasks. Page de gauche /Page left: Linn Pe­der­sen.

« Ivo­ry To­wer ». 2016-2017. Chaises en plas­tique, bois, cya­no­types, pho­to­gra­phies ar­gen­tiques. Chairs, wood, cya­no­types, ana­logue print

Ci-des­sous / be­low: Sol­veig Lon­seth. « At cer­tain hours sun­light falls in oblique lines ». 2017. Pin / pi­ne­wood. À g./ left: Tho­ra Dol­ven Balke. « In Good Hands ». 2017. Si­li­cone dé­cou­pé, barres mé­tal­liques, pinces, pho­to Po­la­roïd / si­li­cone cut-outs, me­tal bars, clips, Po­la­roïd. À dr./ right: Ka­mi­la Lan­ge­land. « Char­mer n°1, Char­mer n°2, De­sire ». 2016. Ti­rage ar­gen­tique ba­ry­té, huile et pas­tel gras, di­vers ma­té­riaux / Hand prin­ted sil­ver ge­la­tin ba­ry­ta print, va­rious ma­te­rials

Per Bar­clay. « Chambre vide ». Ins­tal­la­tion.

(Ph. F. Tho­ma­si). “Empty Room”

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