Rythm and Poe­try

Psy­cho Rap, Rhythm and Poe­try. En­tre­tien entre Marc Mo­ra­li et Olivier Ca­chin

Art Press - - CONTENTS - Trans­la­tion, C. Pen­war­den

Elle se ba­la­dait en chan­tant la la la quand Je l’ai ren­con­trée, j’au­rais ai­mé être Lacan

MC So­laar, Sé­quelles, 1994 Marc Mo­ra­li Lacan rap­peur ! Co­quet­te­rie psy­cha­na­ly­tique ou rac­cour­ci ver­ti­gi­neux ? Je m’ex­plique : la psychanalyse se sé­pare de l’hypnose pour rendre compte de l’ef­fi­cace de l’acte dit psy­cha­na­ly­tique, cen­sé pro­duire chez le pa­tient la pos­si­bi­li­té de se li­bé­rer d’une sé­rie de re­pré­sen­ta­tions dont il était cap­tif, et per­mettre l’apai­se­ment ou, plus, de re­trou­ver, comme le dit Freud, la ca­pa­ci­té d’ai­mer et de tra­vailler ! À la fin de son en­sei­gne­ment, Jacques Lacan pré­cise que le mot ne fe­ra cou­pure que si le psy­cha­na­lyste prend mo­dèle sur le poète chi­nois, et chan­tonne, mo­dule, rythme le texte pour y faire ré­son­ner la di­men­sion de Réel qui s’y sai­sit au-de­là de toute in­ten­tion. Le poète est un pas­seur : pour tra­duire en mots une voix an­ces­trale, sup­po­sée in­au­dible pour le com­mun des mor­tels, il uti­lise la pa­role chan­tée, un dis­po­si­tif an­cien re­dé­cou­vert en son temps par Schön­berg sous la forme de ce qu’il ap­pelle Sprech­ge­sang, dis­po­si­tif cen­tral dans son opé­ra Moïse et Aa­ron, dis­po­si­tif dé­jà pré­sent chez les Grecs et de fa­çon gé­né­rale dans la plu­part des cultures re­li­gieuses. Rythme et poé­sie, Rythm And Poe­try. Lier / sé­pa­rer, cet opé­ra­teur est au centre de notre vie psy­chique. L’ap­pa­ri­tion du rap, dans les an­nées 1970, re­mon­te­rait à une fête d’an­ni­ver­saire. Dans une par­ty, alors que la ryth­mique bat son plein, quelque UN sort des rangs, in­vente un es­pace scé­nique ima­gi­naire, danse ou parle / chante, ap­pe­lons-le ar­tiste, poète, MC, DJ, il de­vient le hé­ros d’une voix col­lec­tive qui s’iden­ti­fie à cette sin­gu­la­ri­té. Alors le choeur ain­si consti­tué ré­pond aux pa­roles pro­non­cées, celles qui disent ce qu’est la vie en ces lieux… Boyz’N The Hood… une cave, dans le Bronx ou à Stras­bourg, un champ de co­ton en Loui­siane, ou en­core une clai­rière dans la cam­pagne grecque, au­jourd’hui ou hier. Ce mo­ment fes­tif ré­pète à son in­su le mythe de l’ap­pa­ri­tion du Su­jet dans l’es­pace tra­gique de sa vie : il y a, dans le mythe de la naissance du rap, la re­trou­vaille de l’ar­ti­cu­la­tion in­évi­table de la struc­ture du Su­jet hu­main, sin­gu­lier, à une or­ga­ni­sa­tion col­lec­tive qui se fonde à ce mo­ment même où elle pro­duit son porte-pa­role dans un double mouvement d’iden­ti­fi­ca­tion. On re­trouve cette ar­ti­cu­la­tion dans la naissance du blues, et le plus sou­vent chaque fois qu’un genre ar­tis­tique de­vient, l’es­pace d’un ins­tant, por­teur du charme d’un sem­blant de vé­ri­té (1). Cette émer­gence tire ses par­ti­cu­la­ri­tés des condi­tions éco­no­miques, so­ciales et po­li­tiques du monde dans le­quel elle ap­pa­raît. Il y a donc un rap­port étroit entre un mouvement ar­tis­tique et le po­li­tique. Ce­pen­dant, le psy­cha­na­lyste peut se faire la dupe de ce charme ! J’écoute sou­vent du blues et toutes les mu­siques qui s’en ré­clament, dont le rap. Je pense tout par­ti­cu­liè­re­ment à MC So­laar, poète du hip-hop, né au Sé­né­gal, de langue fran­çaise, ha­billé par Az­ze­dine Alaïa ! Le style, c’est l’homme au­quel on s’adresse ! UNE CATHARSIS MU­SI­CALE Olivier Ca­chin Ou plu­tôt on di­ra, pour re­prendre une fameuse pun­chline de Boo­ba, « NTM, So­laar, IAM: c’est de l’an­ti­qui­té ». On parle d’une mu­sique du pré­sent, de l’hy­per-pré­sent, c’est ce qui la si­tue dans l’ac­tua­li­té, dans le jeu de ré­fé­rences, que ce soit par rap­port à des émis­sions de té­lé­vi­sion, des faits d’ac­tua­li­té, des hommes po­li­tiques. Le rap, ce n’est pas in­tem­po­rel, c’est la grande dif­fé­rence avec les autres mu­siques. En France, on a com­men­cé à to­lé­rer le rap parce qu’il di­sait quelque chose du po­li­tique. On est dans un pays où on s’at­tache tel­le­ment aux mots, où la pa­role est tel­le­ment im­por­tante qu’il faut que ce­la dise quelque chose. Un chan­teur n’est pas un vrai chan­teur s’il n’est pas un poète, un au­teur. Et pour­tant, le rap, à sa naissance au mi­lieu des se­ven­ties, n’est pas une mu­sique po­li­tique, mais une mu­sique de dis­trac­tion, d’ou­bli, d’éva­sion. Vers 1982 ar­rivent les pre­miers textes qui vont être des nar­ra­tions de ce qui se passe dans le ghet­to : com­ment vivent les Noirs amé­ri­cains sous Rea­gan, puis com­ment les Noirs se re­bellent contre le sys­tème, contre l’État. En France, le rap est né avec ce cô­té po­li­tique, militant, par­fois avec des slo­gans. Je pense aux textes de

NTM contre le Front na­tio­nal, contre l’ar­gent fa­cile, contre les hommes po­li­tiques qui ne font que des pro­messes. Au­jourd’hui, après une tren­taine d’an­nées d’exis­tence, c’est presque le che­min in­verse, le rap fran­çais n’est plus un rap de conflit po­li­tique, de contes­ta­tion – je pense aux ar­tistes dont on parle en ce mo­ment – c’est plus « lé­ger ». Pour au­tant, il y a quand même de la po­li­tique. Que disent les slo­gans lors des ma­ni­fes­ta­tions contre la loi Tra­vail ? « Le monde ou rien » (PNL) ; « Bos­ser pour 1200, c’est in­sul­tant » (SCH) (2). Ce sont des ex­traits de textes qui ne sont pas des re­ven­di­ca­tions so­ciales ; ils sont de­ve­nus des slo­gans qui font sens pour qui veut pro­tes­ter contre la so­cié­té ca­pi­ta­liste dans la­quelle on vit. MM Je fais une grande dif­fé­rence entre un pro­jet mu­si­cal ou théâ­tral po­li­tique, sou- vent édu­ca­tif, et le symp­tôme qui ap­pa­raît dans le champ so­cial au­quel il convient de don­ner une di­men­sion po­li­tique au sens fort de ce mot : qui s’oc­cupe des af­faires de la ci­té. Les textes à au­teur, c’est très fran­çais, tu as rai­son ! Mais il ne faut pas ou­blier Joan Baez et le pro­test song… Les Amé­ri­cains risquent au­jourd’hui de payer très cher le fait de ne pas as­sez se pré­oc­cu­per des mots ! Ce­pen­dant, le simple fait de ra­con­ter sa vie quo­ti­dienne peut être en­ten­du comme ayant une fonc­tion po­li­tique. Tu amènes une ques­tion im­por­tante : quelle est la fonc­tion de la mu­sique ? Un mo­ment de dé­charge mo­men­ta­né cen­sé pro­cu­rer de la dé­tente, du pur plai­sir ? Les an­ciens Grecs di­saient qu’elle gué­ris­sait la fo­lie, et s’en mé­fiaient beau­coup en rai­son de son pou­voir hyp­no­tique. Aris­tote dis­tin­guait dé­jà une catharsis poé­tique, dont il at­ten­dait des ef­fets dans le champ du po­li­tique, d’une catharsis mu­si­cale tou­chant au lien pri­mor­dial dont il est ques­tion dans son trai­té sur le Po­li­tique. Le rap ac­tua­li­se­rait l’en­semble de ces vo­lets, avec pour ef­fet de per­mettre la sor­tie d’im­passes psy­chiques dans les­quelles la ré­ponse reste très sou­vent la co­lère brute, faute de pou­voir s’ex­pri­mer au­tre­ment, d’être re­con­nu comme un ac­teur à part entière dans la ci­té, et d’y lais­ser son em­preinte, sa si­gna­ture, son tag. J’ai dé­cou­vert JoeyS­tarr sur les ondes, mais aus­si à Stras­bourg, place Klé­ber, avec ce spec­tacle éton­nant de jeunes dan­seurs et leurs grandes ma­chines à son.

TER­REUR ET FAS­CI­NA­TION

OC À l’époque, « les Nique ta mère », comme di­saient cer­tains, cho­quaient le bour­geois, mais on par­lait peu de leur mu­sique. Quand on par­lait d’émeutes ou de ban­lieue qui brûle, on res­sor­tait un texte de NTM, neuf fois sur dix, c’était le Monde de de­main, le texte le plus em­blé­ma­tique de leur pre­mier al­bum Au­then­tik. À la té­lé­vi­sion, on a vu le mi­nistre Éric Raoult (3), face à NTM, leur faire la le­çon : Mais alors, qu’est-ce que vous don­nez pour les ban­lieues ? Comme si les ar­tistes avaient vo­ca­tion à être Mère Te­re­sa. Cette ca­ri­ca­ture in­di­quait qu’ils n’étaient pas consi­dé­rés comme des ar­tistes, mais soit comme des sau­va­geons, soit comme des re­pré­sen­tants de la ban­lieue. Même avec toutes les pré­cau­tions ora­toires qu’ils pre­naient, à sa­voir qu’ils n’étaient ni des porte-pa­roles de la ban­lieue ni des hommes po­li­tiques, que leur but n’était pas de chan­ger la so­cié­té comme peuvent le faire des hommes po­li­tiques, on les a tou­jours ra­me­nés à ce sta­tut de ban­lieu­sards. Avec, en sous texte : « Si vous ga­gnez de l’ar­gent, vous n’êtes plus lé­gi­times ». Dans les an­nées 1990, les quelques émis­sions de té­lé­vi­sion qui in­vi­taient des rap­peurs don­naient l’im­pres­sion qu’il y avait deux mondes qui se fai­saient face et qui ne se com­pre­naient pas du tout : les ar­tistes d’un cô­té et, de l’autre, les re­pré­sen­tants de la po­li­tique, de la so­cié­té, qui consi­dé­raient le rap avec un mé­lange de ter­reur et de fas­ci­na­tion. Sur un pla­teau de té­lé­vi­sion, JoeyS­tarr ter­ri­fiait les in­ter­lo­cu­teurs. Au dé­but des an­nées 1990, sur M6, j’ani­mais Ra­pline et Pa­trick de Ca­ro­lis, Zone in­ter­dite. Il avait eu l’idée d’in­vi­ter Mi­chèle Al­liot-Ma­rie (4) à dé­battre avec JoeyS­tarr. Mais JoeyS­tarr n’al­lait-il pas mon­ter sur la table ? Mordre les gens ? « L’ani­mal » était-il suf­fi­sam­ment domp­té pour être en di­rect sur un pla­teau de té­lé­vi­sion ? Le dé­bat eut lieu, mais deux mondes se fai­saient face : la mi­nistre Al­liot-Ma­rie était dans la po­li­tique po­li­ti­cienne et JoeyS­tarr l’a ré­duite en une phrase à un bridge (den­taire) et à sa per­ma­nente. Le sta­tut de mu­si­cien, au sens clas­sique du terme, a long­temps été re­fu­sé aux rap­peurs. Au mo­ment où le rap ap­pa­raît en France, la SACEM im­po­sait en­core un concours d’en­trée, et il fal­lait sa­voir écrire une par­ti­tion. Même si le rock n’était pas Mo­zart, c’étaient des gens qui jouaient avec des ins­tru­ments mais, avec le rap, on passe à une mu­sique as­sis­tée par or­di­na­teur, et c’est une mé­thode to­ta­le­ment dif­fé­rente. Beau­coup de per­sonnes n’ai­maient pas cette mu­sique. Elle était vue comme un « truc » de jeunes qui s’amusent, qui volent des sons à droite et à gauche. En ef­fet, le sam­pling, une des bases de la mu­sique hip-hop, est l’uti­li­sa­tion de pe­tits ex­traits re­tra­vaillés, re­dé­cou­pés, de mu­siques exis­tantes – soul, jazz, rock – et re­pla­cés dans un contexte dif­fé­rent, plus ryth­mé. La ryth­mique est es­sen­tielle, car, comme tu le di­sais tout à l’heure, le verbe existe à tra­vers la mu­sique.

MA­LAISE DANS LA CI­VI­LI­SA­TION

MM Nique ta mère : Dis­pa­rais ! Re­tourne à la trans­gres­sion pri­mor­diale dont l’in­ter­dit fonde la ci­vi­li­sa­tion en pous­sant vers l’exo­ga­mie. Le rap est sou­vent per­çu comme le pro­duit du ma­laise des ban­lieues, ce qui ne se­rait fi­na­le­ment qu’une forme par­ti­cu­lière de ce que Freud ap­pe­lait le ma­laise dans la ci­vi­li­sa­tion, s’il ne s’y glis­sait la ques­tion per­tur­bante des identités, dans une so­cié­té dé­sta­bi­li­sée so­cia­le­ment et éco­no­mi­que­ment. Le fond et la forme pro­tes­ta­taires de cette mu­sique sont en­ten­dus comme se ré­cla­mant d’un autre rap­port à l’iden­ti­fi­ca­tion que ce­lui qu’on ap­pelle in­té­gra­tion. L’in­té­gra­tion, c’est ra­me­ner les per­sonnes à une iden­ti­té moyenne, ad­mise par tous. Or, il y a là quelque chose qui va beau­coup plus loin, et que la naissance du jazz avait d’une cer­taine fa­çon dé­jà ap­pro­ché, avant d’être com- plè­te­ment ab­sor­bé par le mer­chan­di­sing : ce qui fait le lien entre tous ces mou­ve­ments, que ce soit le blues, le rock, le jazz, la mu­sique des an­nées 1960, la pop mu­sique, etc., c’est un art de vivre en­semble, un rap­port à l’autre plus ou­vert sur la no­tion de com­mu­nau­té que le lien so­cial au « un par un » de la dé­mo­cra­tie. OC Un ar­gu­ment que l’on en­tend sou­vent de la part des dé­trac­teurs du genre – et c’est ar­ri­vé au­pa­ra­vant avec le rock, le jazz et la mu­sique élec­tro­nique –, c’est de dire que « ce n’est pas de la mu­sique ». MM Éter­nelle cri­tique ! On a tou­jours mas­sa­cré au nom de la mère ! Stra­vins­ky pro­duit le Sacre du prin­temps, et c’est l’émeute ! Quand Schön­berg in­vente le do­dé­ca­pho­nique, le pu­blic est au bord du sui­cide ! Que dire du free jazz !

OC Ce qui m’in­té­resse, c’est de com­prendre la clé de la dé­tes­ta­tion sys­té­ma­tique à l’égard des nou­velles mu­siques et des nou­veaux au­teurs. Car, soyons très clairs, prin­ci­pa­le­ment en France – aux États-Unis l’histoire est dif­fé­rente –, cette dé­tes­ta­tion dure de­puis plus de vingt ou trente ans pour tout ce qui est culture hip-hop et concerne ma­jo­ri­tai­re­ment des Noirs et des Arabes de ban­lieue. On ne peut pas com­prendre à quel point le rap est une mu­sique qui fait peur si on ne met pas ce fac­teur en cause. Dans une émis­sion de France In­ter, en 2006, étaient in­vi­tés Pierre De­la­noë et Abd Al Ma­lik. Pierre De­la­noë – le grand au­teur, le grand pa­ro­lier pour de nom­breux ar­tistes dont Mi­chel Sar­dou – et Abd Al Ma­lik – le rap­peur, le pré­fé­ré des in­tel­lec­tuels, ce­lui qui cite Der­ri­da et De­leuze, dont l’al­bum Gi­bral­tar, entre slam et rap, est mu­si­ca­le­ment as­sez so­phis­ti­qué, qui a tra­vaillé avec Gérard Jouan­nest (le pia­niste de Jacques Brel) et des « vrais mu­si­ciens ». S’an­nonce donc une émis­sion qui ap­pa­raît des plus in­té­res­santes entre le plus « ac­cep­table » des rap­peurs et un grand au­teur. Abd Al Ma­lik n’a pas d’hos­ti­li­té à l’égard de De­la­noë. En face de lui, De­la­noë re­con­naît que le rap peut, à la ri­gueur, faire dan­ser les simples d’es­prit, on sent qu’il bouillonne in­té­rieu­re­ment, qu’il est prêt à ex­plo­ser, que le mot qui lui reste dans la gorge, c’est le mot nègre. Il lui dit as­sez clai­re­ment « Re­tourne dans ta jungle jouer ta mu­sique tri­bale ». C’est très violent. MM L’histoire de la mu­sique four­mille d’in­ter­dits : la quinte du diable, par exemple. Dia­bo­lus, le bi­naire, ce qui sé­pare, sur­tout de nous-mêmes, de notre ori­gine. Le corps, cet étran­ger, sé­pa­ré de l’âme, re­trou­ve­rait alors son au­to­no­mie païenne. À mu­sique tri­bale, nou­velle éro­tique : le corps ré­pond danse ! La mu­sique nous ren­voie à une image du corps dans la­quelle nous nous re­con­nais­sons, avec notre culture, notre histoire, notre sup­po­sée har­mo­nie ou même la dys­har­mo­nie que nous sup­por­tons, car nous avons en nous, comme le dit Rim­baud, cet autre, ce je qui éro­tise nos rêves, nos trou­vailles et nos ra­tages. Mais quand jaillit dans une mu­sique une hé­té­ro­gé­néi­té ra­di­cale, elle convoque un af­fect me­na­çant, tein­té de re­pré­sen­ta­tions sexuelles, ce qui a pa­ra­doxa­le­ment comme ef­fet de créer une iden­ti­fi­ca­tion d’op­po­si­tion, de dé­fense contre la forme que prend pour cha­cun l’an­gois­sant, l’in­as­si­mi­lable, le Réel. Le rap porte sans doute la vé­ri­té d’un mo­ment, mais c’est aus­si un symp­tôme, et, comme tel, po­ten­tiel­le­ment condam­né à l’ex­tinc­tion. Il faut reconnaître, dans sa ryth­mique, la ré­pé­ti­tion lan­ci­nante pul­sa­tile d’une trace ori­gi­nelle qui as­signe à l’au­di­teur la place du UN, le temps fort, érec­tile, par­fois même sur­moïque, culpa­bi­li­sant. Ce UN ré­pé­té, pousse-au-dan­ce­floor, à la transe, en vient à faire ou­blier son autre ver­sant, l’écla­te­ment des mots en lettres et pho­nèmes, vé­ri­table créo­li­sa­tion de la langue do­mi­nante, rea­dy-made ins­tan­ta­né d’un nou­veau droit de ci­ter, tout ce qui avec la danse des mots et des corps vient, comme pur écart, comme au­tant de sin­gu­la­ri­tés, per­tur­ber l’or­don­nan­ce­ment d’une jouis­sance fos­sile.

C’EST MIEUX PEN­DANT

OC Cette dis­cus­sion pour­rait du­rer aus­si long­temps qu’un loop in­fi­ni de bat­te­rie pi­qué à James Brown (qui lui aus­si théo­ri­sa avec bon­heur sur le « One », ce pre­mier temps qui condamne à la danse). Elle s’achève uni­que­ment parce que les contin­gences de la presse écrite im­posent une lon­gueur dé­fi­nie à la pa­role re­trans­crite sur pa­pier. Histoire de conclure sur une pun­chline, plu­tôt que de dire C’était mieux avant, comme cer­tains nos­tal­giques (car oui, la nos­tal­gie est désormais par­tie in­té­grante de ce mouvement qua­ran­te­naire), je pré­fère em­prun­ter la for­mule ci­se­lée par Nek­feu et son groupe 1995: « Le rap, c’est mieux pen­dant. » Parce que PNL, parce que Vald, parce que Yous­sou­pha, Li­no, Mé­dine, parce que rien n’existe à part le pré­sent, ce­lui d’une mu­sique qui le com­mente, le met en rythme, lui donne un sens. Les mots meurent, les ar­tistes mour­ront, mais le style sur­vi­vra, en­vers et contre tous ceux qui l’ont voué aux gé­mo­nies et ont nié sa lé­gi­ti­mi­té. (1) Se­lon l’ex­pres­sion d’Alain Ba­diou. (2) PNL (abré­via­tion de Peace N’ Loves) est un groupe de rap­peurs fran­çais créé en 2015 et com­po­sé de deux frères. Leur 1er al­bum est in­ti­tu­lé Que la fa­mille, le se­cond : le Monde ou rien. SCH est un rap­peur fran­çais dont le 1er al­bum in­ti­tu­lé l’Anar­chie est sor­ti en 2016. (3) Mi­nistre char­gé de l’in­té­gra­tion et de la lutte contre l’ex­clu­sion, de 1995 à 1997. (4) Mi­nistre de la jeu­nesse et des sports, de 1993 à 1995. Marc Mo­ra­li est psy­chiatre, psy­cha­na­lyste, à Stras­bourg, membre de l’As­so­cia­tion la­ca­nienne in­ter­na­tio­nale (A.L.I.), an­cien di­rec­teur de le re­vue APERTURA (Eres). Il est éga­le­ment mu­si­cien. Olivier Ca­chin est fon­da­teur du ma­ga­zine l’Af­fiche et de l’émis­sion té­lé­vi­sée Ra­pline. Il a été ré­dac­teur en chef du ma­ga­zine hip-hop Ra­di­kal et a écrit une ving­taine de livres, par­mi les­quels Soul For One/l’Aven­ture de la soul ; les 100 Al­bums lé­gen­daires du pap, ain­si que les bio­gra­phies de Prince et Mi­chael Jack­son. Il est sur l’an­tenne du Mouv (92.1) de­puis sep­tembre 2009. Lacan Rap­peur, le 10 juin 2017, de 9h30 à 18h30, Centre Sèvres, 35 bis, rue de Sèvres, 75007 Pa­ris. In­ter­ven­tions, entre autres, d’Olivier Ca­chin, du rap­peur So­lo Di­cko, et de Charles Mel­man, Marc Mo­ra­li, Ma­nuel­la Re­bo­ti­ni, An­toine Pas­quiou, Co­rinne Tysz­ler. Tous les ren­sei­gne­ments sur le site ephep.com Elle se ba­la­dait en chan­tant la la la quand Je l’ai ren­con­trée, j’au­rais ai­mé être Lacan (1)

MC So­laar, Sé­quelles, 1994

Marc Mo­ra­li Jacques Lacan the rap­per! A psy­cho­ana­ly­tic pi­rouette or diz­zying short­cut? Let me ex­plain: psy­cho­ana­ly­sis se­pa­rates it­self from hyp­no­sis in or­der to take in­to ac­count the ef­fi­ca­cy of the so-cal­led psy­cho­ana­ly­tic act that is sup­po­sed to ge­ne­rate in the pa­tient the pos­si­bi­li­ty of freeing them­selves from a se­ries of im­pri­so­ning re­pre­sen­ta­tions, and help them find peace or, more, and as Freud says, re­dis­co­ver the ca­pa­ci­ty to love and work! At the end of his les­son, Lacan points out that the word can take ef­fect on­ly if the psy­cho­ana­lyst fol­lows the Chi­nese poet and hums, mo­du­lates and im­parts rhythm to the text to make re­so­nant the di­men­sion of the Real that is gras­ped there beyond all in­ten­tion. The poet is an in­ter­me­dia­ry: to trans­late in­to words an an­ces­tral voice, pur­por­ted­ly in­au­dible to or­di­na­ry mor­tals, he uses sung speech, an old tech­nique re­dis­co­ve­red in his day by Schoen­berg in the form of what he calls Sprech­ge­sang, a cen­tral de­vice in his ope­ra Moses and Aa­ron, and one that was al­rea­dy used by the Greeks and can be found ge­ne­ral­ly in most re­li­gious cultures. Rhythm and poe­try. Bin­ding/se­pa­ra­ting. This ope­ra­tor is cen­tral to our psy­chic life. The emer­gence of rap in the 1970s is said to have be­gun with a bir­th­day par­ty. At a par­ty, where the rhythm is full-on, some ONE step­ped out of the crowd and in­ven­ted an ima­gi­na­ry sce­nic space, dan­ced or spoke/sang. We can call him an ar­tist or a poet, an MC, a DJ. He be­came the he­ro of a col­lec­tive voice that iden­ti­fies with this sin­gu­la­ri­ty. And so the cho­rus, consti­tu­ted as such, re­sponds to the words spo­ken, the ones that say what life is about in this place. Boyz’n the Hood… a cel­lar, in the Bronx or in Stras­bourg, a cot­ton field in Loui­sia­na, or again a glade in the Greek coun­try­side, to­day or yes­ter­day. This fes­tive mo­ment un­wit­tin­gly re­peats the myth of the ap­pea­rance of the Sub­ject in the tra­gic space of his life: in the birth myth of rap we find the re­co­ve­ry of the in­evi­table ar­ti­cu­la­tion of the struc­ture of the hu­man Sub­ject, a sin­gu­la­ri­ty, to a col­lec­tive or­ga­ni­za­tion that is foun­ded at that ve­ry mo­ment when it pro­duces its spea­ker in a two­fold mo­ve­ment of iden­ti­fi­ca­tion. We al­so find this ar­ti­cu­la­tion in the birth of the blues, and more of­ten eve­ry time an ar­tist be­comes, in a brief mo­ment, the bea­rer of the charm of a sem­blance of truth.(2) This emer­gence de­rives its par­ti­cu­la­ri­ties from the eco­no­mic, so­cial and po­li­ti­cal condi­tions of the world in which it ap­pears. There is thus a ve­ry close re­la­tion bet­ween an ar­tis­tic mo­ve­ment and po­li­tics. Ho­we­ver, the psy­cho­ana­lyst can let him­self

be foo­led by this charm! I lis­ten a lot to the blues and all kinds of mu­sic that make this claim, in­clu­ding rap. I am thin­king in par­ti­cu­lar of MC So­laar, a poet of hip-hop born in Se­ne­gal, a French spea­ker, dres­sed by Az­ze­dine Alaïa! Style is how you ad­dress the man!

Olivier Ca­chin Or ra­ther, we can say, to bor­row a fa­mous pun­chline by Boo­ba, “NTM, So­laar, IAM: is an­ti­qui­ty.” We are tal­king about a mu­sic of the present, of the hy­per­present. That is what lo­cates it in to­pi­cal rea­li­ty, in the play of re­fe­rences, whe­ther in re­la­tion to TV pro­grams, cur­rent events or po­li­ti­cians. Rap is not ti­me­less, that is its big dif­fe­rence com­pa­red to other mu­sics. In France, we have be­gun to to­le­rate rap be­cause it said so­me­thing about po­li­tics. We are in a coun­try where people set so much store by words, where speech is so im­por­tant that it has to say so­me­thing. A sin­ger is not a true sin­ger if he is not a poet, an au­thor. And yet, at its birth in the mid-1970s, rap was not po­li­ti­cal mu­sic but mu­sic for en­ter­tain­ment, for­get­ting, get­ting away from it all. In around 1982 you saw the first texts that were nar­ra­tives of what was going on in the ghet­to: how the Blacks were li­ving under Rea­gan, and then how the Blacks re­bel­led against the system, against the state. In France, rap was born with this po­li­ti­cal, militant side, so­me­times with slo­gans. I’m thin­king of the texts by NTM against the Front Na­tio­nal, against ea­sy mo­ney, against po­li­ti­cians who make on­ly pro­mises. To­day, after some thir­ty years of exis­tence, rap is going al­most in the op­po­site di­rec­tion: French rap is no lon­ger a rap of po­li­ti­cal conflict, of contes­ta­tion—I’m re­fer­ring to the sin­gers we talk about now—it’s “ligh­ter.” But there’s still po­li­tics. What do the slo­gans say in the de­mons­tra­tions against la­bor re­forms? “The world or no­thing” (PNL); “Wor­king for 1200 is an in­sult” (SCH).(3) These are ex­cerpts from texts that are not so­cial pro­test, but they have be­come slo­gans for those who want to pro­test against the ca­pi­ta­list so­cie­ty we live in.

MU­SI­CAL CATHARSIS

MM For me there is an im­por­tant dis­tinc­tion bet­ween a mu­si­cal or thea­tri­cal mu­si­cal pro­ject, which is of­ten edu­ca­tio­nal, and the symp­tom that ap­pears in the so­cial field, to which we need to give a po­li­ti­cal di­men­sion in the strong sense of the word: that which concerns it­self with the af­fairs of the ci­ty. Sin­ger-song­wri­ter texts are a ve­ry French thing, you’re right. But we mustn’t for­get Joan Baez and the pro­test song. The Ame­ri­cans now risk paying a high price for not paying en­ough at­ten­tion to words. Ho­we­ver, the simple fact of tal­king about your eve­ry­day life can be un­ders­tood as ha­ving a po­li­ti­cal func­tion. You raise an im­por­tant ques­tion: what is the func­tion of the mu­sic? A mo­ment of tem­po­ra­ry catharsis sup­po­sed to pro­vide re­laxa­tion, pure plea­sure? The An­cient Greeks said that it cu­red mad­ness and were ex­tre­me­ly wa­ry of its hyp­no­tic po­wer. Aris­totle dis­tin­gui­shed bet­ween poe­tic catharsis, whose ef­fects he ob­ser­ved in po­li­tics, and mu­si­cal catharsis, tou­ching on the pri­mor­dial bond that is the sub­ject of his trea­tises on po­li­tics. Rap can be said to up­date all these as­pects, its ef­fect being to get us past psy­chic dead ends where the ans­wer has ve­ry of­ten been mere raw an­ger for lack of other means of ex­pres­sion, of being re­co­gni­zed as a full-fled­ged ac­tor in the life of the ci­ty, and to leave one’s mark there, one’s si­gna­ture, one’s tag. I dis­co­ve­red JoeyS­tarr on the air, but al­so in Stras­bourg, on Place Kle­ber, with that as­to­ni­shing show with the young dan­cers and their big sound ma­chines.

TERROR AND FAS­CI­NA­TION

OC At the time, the “Nique ta mere,” as some cal­led them, sho­cked the bour­geois but not ma­ny people tal­ked about their mu­sic. When there was talk of the ghet­tos in flames, they brought out a text by NTM, and nine times out of ten it was Le Monde de de­main, the most em­ble­ma­tic text from their first al­bum, Au­then­tik. On te­le­vi­sion we saw the mi­nis­ter Éric Raoult (3) fact to face with NTM, tel­ling them off: So tell me, what would you give for the sub­urbs? As if ar­tists were sup­po­sed to be Mo­ther Te­re­sa. This ca­ri­ca­ture in­di­ca­ted that they were not seen as ar­tists but as ei­ther wild men or as re­pre­sen­ta­tives of the sub­urbs. Even with all the ver­bal ca­veats that they is­sued, na­me­ly, that they were nei­ther spo­kes­men for the sub­urbs nor po­li­ti­cians, that their aim was not to change so­cie­ty the way po­li­ti­cians can, they have always been re­du­ced to their sta­tus as boys from the pro­jects. The sub­text being, “If you earn mo­ney, you lose your le­gi­ti­ma­cy.” In the 1990s the few TV shows that in­vi­ted rap­pers on gave the im­pres­sion that there were two worlds, fa­cing and not un­ders­tan­ding each other at all: ar­tists on one side, and, on the other, the re­pre­sen­ta­tives of po­li­tics, of so­cie­ty, who vie­wed rap with a mix­ture of terror and fas­ci­na­tion. In a TV stu­dio, JoeyS­tarr used to ter­ri­fy his in­ter­lo­cu­tors. In the ear­ly 1990s, on M6, I was hos­ting Ra­pline on M6 and Pa­trick de Ca­ro­lis was on Zone in­ter­dite. He had the idea of in­vi­ting Mi­chèle Al­liot-Ma­rie (4) to de­bate with JoeyS­tarr. Wasn’t JoeyS­tarr going to clam­ber up on the table? To bite people? Was the “ani­mal” tame en­ough to let him come live in a TV stu­dio? The de­bate did take place, but it was two worlds fa­cing off: the mi­nis­ter Al­liot-Ma­rie was playing po­li­tics and JoeyS­tarr found a one- sen­tence put down, re­du­cing her to a den­tal bridge and a perm. For ma­ny years the sta­tus of mu­si­cian was de­nied to rap­pers. At the mo­ment when rap ap­pea­red in France, the SACEM, the au­thors’ and com­po­sers’ so­cie­ty, still had an obli­ga­to­ry en­trance exam, and you had to be able to write a score. Even if rock wasn’t Mo­zart, it was people who played ins­tru­ments, but with rap it was mu­sic as­sis­ted by com­pu­ter and the me­thod was to­tal­ly dif­ferent. There were a lot of people who didn’t like this mu­sic. It was seen as a gim­mick, so­me­thing just for kids mes­sing around, stea­ling sounds here and there. Sam­pling, one of the foun­da­tions of hip-hop, is the use of short ex­cerpts from exis­ting mu­sics— soul, jazz, rock—that are re­wor­ked, cut up and put in a dif­ferent, more rhyth­mic context. The rhythm is es­sen­tial be­cause, as you were saying ear­lier, the word exists on­ly through mu­sic.

MM Nique ta mère: Di­sap­pear! Go back to pri­mor­dial trans­gres­sion whose ta­boo founds ci­vi­li­za­tion by pu­shing it to­wards exo­ga­my. Rap is of­ten per­cei­ved as the pro­duct of unease in the sub­urbs, which would re­present a par­ti­cu­lar ver­sion of Freud’s ci­vi­li­za­tion and its dis­con­tents, if it wasn’t ad­mixed with the dis­rup­tive ques­tion of iden­ti­ties in a so­cial and eco­no­mi­cal­ly des­ta­bi­li­zed so­cie­ty. The pro­tes­ta­to­ry form and content of this mu­sic are un­ders­tood as cal­ling for ano­ther re­la­tion to iden­ti­fi­ca­tion than the one that goes by the name of in­te­gra­tion. In­te­gra­tion means re­du­cing per­sons to an ave­rage iden­ti­ty ac­cep­ted by all. Now, there is so­me­thing that goes much fur­ther, and that the birth of jazz had, to a cer­tain extent, al­rea­dy come close to be­fore it was com­ple­te­ly ab­sor­bed by mer­chan­di­sing. What connects all these mo­ve­ments, be it blues, rock, jazz, the mu­sic of the 1960s, pop, etc., is an art of li­ving to­ge­ther, a re­la­tion to the other that is more open to the no­tion of com­mu­ni­ty than the “one by one” so­cial bond of democracy.

CI­VI­LI­ZA­TION AND ITS DIS­CON­TENTS

OC An ar­gu­ment we of­ten hear from de­trac­tors of the genre—and it hap­pe­ned be­fore with rock, jazz, elec­tro­nic mu­sic—is to say “it’s not mu­sic.”

MM The same old cri­ti­cism! People have always killed in the name of the mo­ther! Stra­vins­ky pro­du­ced the Rite of Spring and people rio­ted! When Schön­berg in­ven­ted do­de­ca­pho­nic mu­sic, the pu­blic was al­most sui­ci­dal. And don't men­tion free jazz.

OC What in­ter­ests me is un­ders­tan­ding the sys­te­ma­tic de­tes­ta­tion of new mu­sics

and new au­thors. Be­cause, let’s be clear, main­ly in France—in the Uni­ted States it’s a dif­ferent his­to­ry—this de­tes­ta­tion has been going on for more than twen­ty or thir­ty years as re­gards hip-hop culture, which concerns main­ly Blacks and sub­ur­ban Arabs. You can’t un­ders­tand why it is that rap is a mu­sic that frigh­tens people if you don’t consi­der this fac­tor. In a ra­dio show on France In­ter, in 2006, the guests were Pierre De­la­noë and Abd Al Ma­lik: De­la­noë, the great wri­ter and ly­ri­cist for ma­ny sin­gers, in­clu­ding Mi­chel Sar­dou, and Abd Al Ma­lik, the rap­per, the in­tel­lec­tuals’ fa­vo­rite, who quotes Der­ri­da and De­leuze, whose al­bum Gi­bral­tar, a mix of slam and rap, is mu­si­cal­ly quite so­phis­ti­ca­ted, and who has wor­ked with people like Gérard Jouan­nest (Jacques Brel’s pia­nist) and “real mu­si­cians.” We loo­ked set for a ve­ry in­ter­es­ting show, with the most “ac­cep­table” rap­per mee­ting a great song­wri­ter. Abd Al Ma­lik was not hos­tile to De­la­noë. Fa­cing him, De­la­noë re­co­gni­zed that rap might, at a stretch, get simple-min­ded people dan­cing. You could sense that he was boi­ling in­side, rea­dy to ex­plode, and that the word sti­cking in his throat was ne­gro. He said it pret­ty clear­ly: “Go back to your jungle and play your tri­bal mu­sic.” It was ve­ry violent. IT’S BET­TER DU­RING MM The his­to­ry of mu­sic teems with ta­boos: the de­vil’s cough, for example. Dia­bo­lus, the bi­na­ry, that which se­pa­rates, es­pe­cial­ly our­selves from our­selves, from our ori­gins. The bo­dy, that stran­ger, se­pa­rate from the soul, would thus re­co­ver its pa­gan au­to­no­my. Tri­bal mu­sic means a new ero­tics: the bo­dy ans­wers, dance! Mu­sic confronts us with an image of the bo­dy that we can iden­ti­fy with, with our culture, our his­to­ry, or sup­po­sed har­mo­ny or even the dis­har­mo­ny that we en­dure, for we have wi­thin us, as Rim­baud says, that other, that which ero­ti­cizes our dreams, our dis­co­ve­ries and our fai­lures. But when a ra­di­cal he­te­ro­ge­nei­ty leaps out of a mu­sic, it evokes a threa­te­ning af­fect, tin­ged with sexual re­pre­sen­ta­tions, the pa­ra­doxi­cal ef­fect of which is to create an iden­ti­fi­ca­tion of op­po­si­tion, of de­fense against that form ta­ken for each of us by what is frigh­te­ning, in­as­si­mi­lable, the Real. Rap no doubt bears the truth of a mo­ment, but it is al­so a symp­tom and, as such, po- ten­tial­ly condem­ned to ex­tinc­tion. In its rhythm we must re­co­gnize the throb­bing, pul­sing re­pe­ti­tion of an ori­gi­nal trace that as­si­gns the lis­te­ner the place of the ONE, the strong, erec­tile, so­me­times even su­per­e­go­tist, guilt-in­du­cing self. This re­pea­ted ONE, pu­shing us on­to the dance floor, in­to trance states, al­most makes us for­get its other side, the frag­men­ta­tion of words in­to let­ters and pho­nemes, a ve­ri­table creo­li­za­tion of the do­mi­nant lan­guage, an ins­tan­ta­neous rea­dy­made of a new right to quote, eve­ry­thing that, with the dance of words and bo­dies, comes and, as pure dif­fe­rence, as a se­ries of sin­gu­la­ri­ties, dis­rupts the or­der of a fos­sil plea­sure. OC This dis­cus­sion could go on fo­re­ver like an in­fi­nite drum loop fil­ched from James Brown (who al­so theo­ri­zed ef­fec­ti­ve­ly about the “One,” that first time that condem­ned us to dance). This is a wrap on­ly be­cause the contin­gen­cies of the prin­ted press im­pose a de­fi­nite length on speech trans­cri­bed on pa­per. Just to conclude on a pun­chline, ra­ther than saying It was bet­ter be­fore, like cer­tain nos­tal­gics (be­cause yes, nos­tal­gia is now an in­te­gral part of this qua­dra­ge­na­rian mo­ve­ment), I pre­fer to bor­row the words chi­se­led by Nek­feu and his group 1995: “Rap, is bet­ter du­ring.” Be­cause PNL, be­cause Vald, be­cause Yous­sou­pha, Li­no, Mé­dine, be­cause no­thing exists apart from the present, that of a mu­sic which com­ments on it, puts it to a rhythm, gives it a mea­ning. Words die, ar­tists will die, but the style will sur­vive, against all those who have dam­ned it and de­nied its le­gi­ti­ma­cy.

(1) “She was wal­kin’ and sin­ging la la la when/I met here, if on­ly I’d been Lacan.” (2) To bor­row Alain Ba­diou’s ex­pres­sion. (3) PNL (ab­bre­via­tion of Peace N’ Loves) is a group of French rap­pers crea­ted in 2015 by two bro­thers. Their first al­bum was tit­led Que la fa­mille, the se­cond, Le

Monde ou rien. SCH is a French rap­per whose first al­bum, L’Anar­chie, came out in 2016. (4) Mi­nis­ter for in­te­gra­tion and the fight against ex­clu­sion from 1995 to 1997. (5) Mi­nis­ter of Youth and Sports from 1993 to 1995.

Marc Mo­ra­li is a psy­chia­trist and psy­cho­ana­lyst in Stras­bourg, a mem­ber of the As­so­cia­tion La­ca­nienne In­ter­na­tio­nale (A.L.I.), and for­mer edi­tor of the jour­nal APERTURA (Eres). He is al­so a mu­si­cian. Olivier Ca­chin is foun­der of the ma­ga­zine L’Af­fiche and crea­tor of the TV show Ra­pline. He was edi­tor of the hip-hop ma­ga­zine Ra­di­kal and has writ­ten some twen­ty books, in­clu­ding Soul For One/l’Aven­ture de la soul, Les 100 Al­bums lé­gen­daires du rap, and bio­gra­phies of Prince and Mi­chael Jack­son. He has had a ra­dio slot on Mouv (92.1) since Sep­tem­ber 2009.

NTM. À gauche/ left: Kool Shen À droite/ right: JoeyS­tarr Les vieilles char­rues, juillet 2010. (© MarOne)

De haut en bas/ from top: Abd al Ma­lik sur le tour­nage du clip (shoo­ting the clip) « Ma jo­lie ». Oc­tobre 2010. (© MarOne). JoeyS­tarr à l’Ély­sée Mont­martre, Pa­ris. Sep­tembre 2010. (© MarOne)

Yann La­zoo. « Drip­pin Gil ». 2012. Aé­ro­sol sur toile. (© Adagp/ La­zoo). Spray paint on can­vas

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