Crys­tal Maze VIII bis - Con­fi­dences pour con­fi­dences

Art Press - - CONTENTS - Au­ré­lie Ca­van­na

URDLA - Centre in­ter­na­tio­nal es­tampe & livre / 8 avril - 13 mai 2017

Tout part du Bou­qui­niste Men­del (1930), une nou­velle de Ste­fan Zweig re­la­tant la vie, à Vienne, d’un éton­nant bi­blio­phile qui se­ra bri­sée par la Pre­mière Guerre mon­diale. L’Agence du doute – col­lec­tif fon­dé par Brice Do­mingues, Jé­rôme Du­pey­rat et Ca­the­rine Gui­ral, qui ex­plore l’uni­vers des livres et de l’édi­tion –, en col­la­bo­ra­tion avec Lau­rence Ca­tha­la – dont la pra­tique s’in­té­resse éga­le­ment au livre et à l’écri­ture –, en a ti­ré son hui­tième Crys­tal Maze. Une pre­mière ver­sion de cette per­for­mance avait eu lieu à l’ENSBA de Pa­ris en 2015. À l’URDLA, ce « bis » marque l’ou­ver­ture d’une ex­po­si­tion por­tant le même titre, Con­fi­dences pour con­fi­dences. Le soir du ver­nis­sage, les ar­tistes ma­ni­pulent des do­cu­ments po­sés de­vant eux et font dé­fi­ler des fi­chiers sur un or­di­na­teur. Les mon­tages qu’ils ef­fec­tuent sont pro­je­tés en di­rect sur trois écrans. On peut voir au centre le livre de Ste­fan Zweig. Ses pages, an­no­tées par en­droits, sont tour­nées au fur et à me­sure : la lec­ture dé­ter­mine le temps de la « confé­rence ». De part et d’autre, au tra­vers no­tam­ment de journaux ou de pho­to­gra­phies, des ra­mi­fi­ca­tions se tissent. Ain­si, l’In­for­ma­teur (1971) d’Ed Ru­scha, lu à haute voix et vi­sible sur l’écran de gauche, ren­voie tant au per­son­nage du Bou­qui­niste Men­del, qui « maî­tri­sait les bi­blio­thèques mieux que leurs bi­blio­thé­caires », qu’au livre comme ob­jet qu’on uti­lise et qui cir­cule. En ef­fet, dans ce court texte, Ed Ru­scha rêve d’un per­son­nage qui se­rait ca­pable de le ren­sei­gner très pré­ci­sé­ment sur les livres qu’il a pu­bliés : com­bien ont été per­dus, ou com­bien voyagent. Les ré­fé­rences à Ara­gon – dont Qu’est-ce que l’art, Jean-Luc Go­dard ? (1965) – et à Jean-Luc Go­dard – dans un ex­trait d’in­ter­view – ré­sonnent avec les pro­cé­dés de l’Agence du doute : créer à par­tir d’une phrase pour le pre­mier, s’ex­pri­mer à l’aide de ci­ta­tions pour le se­cond. L’ex­po­si­tion est aus­si un jeu de ri­co­chets. Qua­rante et une es­tampes ont été sé­lec­tion­nées par­mi le fonds de l’URDLA. L’ac­cro­chage se lit comme une constel­la­tion : les es­tampes se dé­ploient au­tour de ci­ta­tions du texte fai­sant of­fice de car­tels et ré­pondent, à leur ma­nière, au Bou­qui­niste Men­del. Ain­si, l’étrange buste d’une créa­ture mi-femme mi-chau­ve­sou­ris, li­tho­gra­phié puis mar­qué en braille par Phi­lippe Fa­vier, fait écho au bi­blio­phile dé­crit par Ste­fan Zweig comme un « as­tro­nome so­li­taire en son ob­ser­va­toire ». C’est tout l’in­té­rêt, presque jouis­sif, de cette pro­po­si­tion à l’URDLA: sai­sir, au fil des dé­cou­vertes, les ré­mi­nis­cences qui, comme des sou­ve­nirs, dia­loguent entre elles. On re­pense au mo­tif du pa­pillon : il ap­pa­raît sur une cou­ver­ture do­mi­no­tée des édi­tions In­sel Ver­lag dans les an­nées 1920-30 ; il est re­tra­cé au po­choir, sty­li­sé, du­rant la per­for­mance; il se re­trouve, li­no­gra­vé, dans Iso­la, l’es­tampe im­pri­mée pour l’oc­ca­sion. It all be­gan with the Ste­fan Zweig short sto­ry “Buch­men­del” (1929) about an ama­zing Vien­na book pedd­ler whose life is shat­te­red by World War I. L’Agence du Doute— a group foun­ded by Brice Do­mingues, Jé­rôme Du­pey­rat and Ca­the­rine Gui­ral, who ex­plore the world of books and pu­bli­shing— in col­la­bo­ra­tion with Lau­rence Ca­tha­la, whose work al­so in­volves books and wri­ting—ba­sed their eighth Crys­tal Maze on it. It was first per­for­med at the Pa­ris Fine Arts School (ENSBA) in 2015. This se­cond ite­ra­tion at the URDLA marks the ope­ning of an ex­hi­bi­tion of the same name, Con­fi­dences pour con­fi­dences. On ope­ning night, ar­tists hand­led do­cu­ments set in front of them and scrol­led down through files on a com­pu­ter. The mon­tages they made were pro­jec­ted live on­to three screens. In the cen­ter was Zweig’s book. The pages, some gar­ni­shed with notes, were tur­ned one by one, and the rea­ding time de­ter­mi­ned the du­ra­tion of the “lec­ture.” Ra­mi­fi­ca­tions be­gan to arise and in­ter­t­wine, es­pe­cial­ly through news­pa­pers and pho­tos. Thus Ed Ru­scha’s 1971 The In­for­mer, read aloud and vi­sible on the left screen, re­fers to both the cha­rac­ter Men­del, “who mas­te­red li­bra­ries bet­ter than li­bra­rians,” and books as ob­jects to be used and cir­cu­la­ted. In this short text Ru­scha ima­gines a cha­rac­ter ca­pable of giving him ve­ry pre­cise in­for­ma­tion about the books he has pu­bli­shed—how ma­ny have been lost, and how ma­ny are cir­cu­la­ting? The re­fe­rences to Ara­gon—in­clu­ding his 1965 “Qu’est-ce que l’art, Jean-Luc Go­dard?”—and to Go­dard him­self, in an ex­cerpt from an in­ter­view—re­so­nate with the Agence du Doute’s stan­dard pro­ce­dures, crea­ting ba­sed on a phrase in the first case, and ex­pres­sing one­self through quo­ta­tions in the se­cond. This ex­hi­bi­tion is al­so full of ri­co­chets. The Agence du Doute and Ca­tha­la se­lec­ted for­ty-one prints from the URDLA’s col­lec­tion. The han­ging can be read like a constel­la­tion: the prints are de­ployed around quo­ta­tions pos­ted in the form of wall texts, re­spon­ding, in dif­ferent ways, to the Zweig short sto­ry. For example, a strange bust of a crea­ture that is half wo­man and half bat, li­tho­gra­phed and then mar­ked in Braille by Phi­lippe Fa­vier, is an al­lu­sion to the bi­blio­phile Men­del, des­cri­bed as “a so­li­ta­ry as­tro­no­mer in his ob­ser­va­to­ry.” What’s in­ter­es­ting and amu­sing about this show at the URDLA is the way we gra­dual­ly be­come aware of me­mo­ries conver­sing among them­selves. This is cap­tu­red by the fi­gure of the but­ter­fly that ap­pea­red on the co­py of a book prin­ted on do­mi­no pa­per pu­bli­shed by In­sel Ver­lag in the 1920s. A sty­li­zed ver­sion of this leit­mo­tif is sten­ci­led du­ring the per­for­mance, and al­so ap­pears in Iso­la, the en­gra­ving prin­ted for this oc­ca­sion.

Trans­la­tion, L-S Tor­goff

Agence du doute et Lau­rence Ca­tha­la « Crys­tal Maze VIII bis - Con­fi­dences pour con­fi­dences ». 8 avril 2017 (Ph. Jules Roe­ser)

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.