Do­cu­men­ta 14

Di­vers lieux / 10 juin - 17 sep­tembre 2017

Art Press - - NEWS - Trans­la­tion, C. Pen­war­den

La der­nière Bien­nale de Ve­nise pro­cla­mait son at­ten­tion aux oeuvres et aux ar­tistes ; c’est d’abord comme un geste cu­ra­to­rial que la nou­velle édi­tion de la Do­cu­men­ta a été pen­sée par son com­mis­saire Adam Szymc­zyk. Ce­la a été cri­ti­qué, dis­cu­té, ad­mi­ré ou dé­tes­té : il a vou­lu tra­cer une ligne entre Kas­sel et Athènes où s’est te­nu le pre­mier vo­let de la ma­ni­fes­ta­tion (voir art press n°446). Sur Frie­drichs­platz, le Par­thé­non des livres de Mar­ta Mi­nu­jín, un temple dont les murs sont consti­tués de livres cen­su­rés, en­tre­tient un étrange dia­logue avec le fron­ton néo­clas­sique du Fri­de­ri­cia­num. Plus en­core que d’autres an­nées, et plus en­core qu’à Athènes, le contexte de Cas­sel im­porte. Les com­mis­saires de la Do­cu­men­ta ont sou­vent eu des ré­ti­cences à s’en em­pa­rer tout en étant ir­ré­pres­si­ble­ment at­ti­ré par lui. Le fait que la ville soit une an­cienne terre prin­cière mar­quée par les Lu­mières, dé­truite pen­dant la Se­conde Guerre mon­diale et bâ­tie à neuf dans les an­nées 1950, le fait que la Do­cu­men­ta ait été créée en 1955 dans cet es­prit de re­cons­truc­tion, tout ce­la par­ti­cipe de l’in­ter­pré­ta­tion que l’on fait des oeuvres et de ces rap­ports Nord/Sud qu’évoque Adam Szymc­zyk, si com­plexes que les mal­en­ten­dus guettent à chaque ins­tant, en dé­pit des bonnes in­ten­tions. Comme une sorte de pré­am­bule, l’ex­po­si­tion qui se tient dans l’an­cienne Poste cen­trale, nom­mée pour l’oc­ca­sion Neue Neue Ga­le­rie, fait écho à la des­ti­na­tion d’ori­gine du bâ­ti­ment : on y traite de mo­bi­li­tés et de mi­gra­tions entre l’Al­le­magne et la Grèce, avec par exemple Oto­bong Nkan­ga qui vend des sa­vons à l’huile d’olive et au char­bon – un ma­té­riau qui ab­sorbe les arômes. L’une des plus belles oeuvres est une scène dé­cons­truite par Ma­ria Has­sa­bi ( Sta­ging) : des lu­mières de théâtre ac­cro­chées à même la ci­maise éclairent les vi­si­teurs comme des spec­ta­teurs ; des groupes de dan­seurs, que l’on dé­couvre par­fois par sur­prise au dé­tour d’un es­ca­lier, oc­cupent dif­fé­rents es­paces du bâ­ti­ment par des com­po­si­tions très pic­tu­rales ani­mées de mou­ve­ments lents qui dé­gagent se­lon les moments une im­pres­sion d’an­goisse ou de sé­ré­ni­té. De même qu’il a choi­si d’in­ver­ser les rap­ports de force entre le Nord et le Sud, Adam Szymc­zyk a mis en avant des es­paces qui ne sont pas les ren­dez-vous ha­bi­tuels de la Do­cu­men­ta, comme la cou­pole de la Gies­shaus, aus­si belle que gla­çante, an­cienne usine d’armes de l’époque na­zie, au­jourd’hui oc­cu­pée par l’uni­ver­si­té. On y dé­couvre une ins­tal­la­tion vi­déo d’An­ge­la Me­li­to­pou­los sur la ques­tion de l’eau au Moyen-Orient ; la di­men­sion do­cu­men­taire qui la ca­rac­té­rise est sou­vent un piège pour les jeunes ar­tistes en­ga­gés dans des dis­cours po­li­tiques. Un peu plus loin, Adam Szymc­zyk a eu la bonne idée d’oc­cu­per d’an­ciens com­merces au­jourd’hui aban­don­nés, qui étaient ins­tal­lés dans des pe­tits cubes de verre sur la Kurt-Schu­ma­cher Strasse. Cette grande ave­nue est une fron­tière sym­bo­lique entre le centre ville et le Nord de la ville ha­bi­té par les im­mi­grés. On peut en­trer dans cer­tains de ces Glass Pa­villons comme ce­lui que Vi­vian Su­ter a rem­pli de grandes toiles peintes. D’autres oeuvres ne sont vi­sibles que de l’ex­té­rieur comme les vi­déos d’An­ge­lo Ples­sas, et les tas de lin­gots en fer de Dan Pe­ter­man, pré­sent aus­si dans trois ou quatre autres lieux. Après ces dé­am­bu­la­tions, le vé­ri­table éclai­rage de la Do­cu­men­ta in­ter­vient au Fri­de­ri­cia­num. Y est ex­po­sée la col­lec­tion du nou­veau mu­sée d’art contem­po­rain d’Athènes (EMST), dont le bâ­ti­ment a été oc­cu­pé par la Do­cu­men­ta, en échange, semble-t-il, de cette ex­po­si­tion à Cas­sel. En faire le tour est un voyage dans l’es­pace et dans le temps. Il y a des ar­tistes grecs his­to­riques comme Ta­kis et Yan­nis Kou­nel­lis, et d’autres plus jeunes comme Yan­nis Sa­pount­zis, pré­sent aus­si à la Bien­nale de Ve­nise, et en­core An­dreas An­ge­li­da­kis (dont la pièce dé­çoit par rap­port à l’ins­tal­la­tion qu’il mon­trait dans son ate­lier d’Athènes). Il y a aus­si des ar­tistes in­ter­na­tio­naux his­to­riques comme Jo­seph Ko­suth, Hans Haacke, et des plus jeunes comme An­drea Bo­wers, Ber­tille Bak, Kha­lil Jo­reige et Joa­na Had­ji­tho­mas. Les salles sont belles et, hor­mis le nom des ar­tistes, to­ta­le­ment dé­pour­vues de textes ex­pli­quant la rai­son d’être de ces oeuvres à Cas­sel. Ce­la ren­force le cô­té concep­tuel et sur­tout po­li­tique de ce geste, avec toute l’am­bi­guï­té qu’il porte. L’at­ten­tion est-elle por­tée au dis­cours plus qu’aux oeuvres ? Des oeuvres, on en voit pour­tant, à la Do­cu­men­ta Halle, qui est consa­crée au son, à la scène et au corps. Un es­pace in­tro­duc­tif ras­semble plu­sieurs mu­si­ciens comme Ja­ni Ch­ris­tou qui don­nait la clef de lec­ture des ex­po­si­tions athé­niennes, et Cor­ne­lius Car­dew qui éclaire lar­ge­ment celles de Cas­sel par ses par­ti­tions li­vrées

à di­verses in­ter­pré­ta­tions, comme l’ex­plique Pierre Bal-Blanc, com­mis­saire as­so­cié. La sé­rie Sound of Pa­per, d’Al­vin Lu­cier, est par­ti­cu­liè­re­ment émou­vante ; ce sont des feuilles de pa­pier en­ca­drées, sous les­quelles sont pla­cées des haut-par­leurs qui les font vi­brer dans de nom­breuses nuances so­nores. Après la belle ins­tal­la­tion per­for­mée de Ma­rie Co­ol et Fa­bio Bal­duc­ci, le par­cours perd ce­pen­dant en li­si­bi­li­té. Des oeuvres, on en voit sur­tout à la Neue Ga­le­rie où un cer­tain nombre de salles mo­no­gra­phiques sont har­mo­nieu­se­ment ac­cro­chées, par exemple avec Ma­ria Lei et Ge­ta Bra­tes­cu. On fait d’heu­reuses dé­cou­vertes, comme les pe­tites pein­tures d’Eli­sa­beth Wild et les ta­pis­se­ries d’Yves La­loy. Mais ce lieu est aus­si tein­té d’un dis­cours po­li­tique sou­vent ma­ni­chéen, par exemple dans une salle in­tro­duc­tive où un des­sin de Cour­bet re­pré­sen­tant l’au­mône de­vient le pré­texte de pro­pos sur l’éco­no­mie. À l’étage, une cer­taine lour­deur se dé­gage d’oeuvres his­to­riques sur Ar­nold Bode, fon­da­teur de la Do­cu­men­ta, et Cor­ne­lia Gur­litt, la soeur de Hil­de­brand Gur­litt, qui sont uti­li­sées pour ce qu’elles re­pré­sentent plus que pour ce qu’elles sont. Lour­deur qui at­teint son pa­roxysme dans la dé­sas­treuse War Ma­chine de Ser­gio Ze­val­los. Il faut res­ter long­temps, juste en face, dans la salle où est pro­je­tée la très belle vi­déo d’Amar Kan­war, Such a Mor­ning, pour faire re­tom­ber cette vio­lence. Par­mi les lieux ha­bi­tuel­le­ment oc­cu­pés par la Do­cu­men­ta, le Mu­sée d’his­toire na­tu­relle (Ot­to­neum) pro­pose comme il y a cinq ans des tra­vaux liés à la terre, mais l’en­semble n’est pas très mar­quant. À l’Oran­ge­rie, une vi­déo de Ro­muald Kar­ma­kar montre des chants gré­go­riens par des prêtres or­tho­doxes dans une église. L’in­ter­pré­ta­tion qui en est faite, liée aux conquêtes de l’em­pire by­zan­tin, laisse per­plexe. À tra­vers la fe­nêtre ou­verte, on voit l’orée du Parc Karl­saue – où peu d’oeuvres sont ins­tal­lées cette an­née. Au Pa­lais Bel­le­vue, dont l’ac­cro­chage dis­pa­rate a trait au pay­sage, et aux rap­ports entre na­ture et culture, la vi­déo de Roee Ro­sen in­ti­tu­lée The Dust Chan­nel, a le grand mé­rite d’al­lier la lé­gè­re­té et le sé­rieux, une grande drô­le­rie et un ar­rière-fond gla­çant. Un de ses livres d’ar­tiste était aus­si mon­tré non loin de là au Grimm­welt Am Wein­berg Ter­ras­sen. L’in­ter­ven­tion d’Ibra­him Ma­ha­ma sur les deux portes de la ville ( Tor­wache) se voyait de loin ; il les avait re­cou­vertes de sacs de jute ayant pro­ba­ble­ment ser­vi à trans­por­ter du ca­cao, un mes­sage aus­si mo­no­li­thique que l’ar­chi­tec­ture de ces bâ­ti­ments. À l’in­té­rieur, étaient ac­cro­chées les ma­gni­fiques pein­tures de pay­sages oni­riques et abs­traits d’Edi Hi­la, très re­mar­quées aus­si dans l’Odéon d’Athènes. Juste en face, le hall du Hes­sisches Lan­des­mu­seum (un mu­sée d’art po­pu­laire où la scé­no­gra­phie de Georges-Hen­ri Ri­vière au­rait été adap­tée à au­jourd’hui) était ha­bi­té par une ins­tal­la­tion réus­sie de Nai­ry Bagh­ra­mian in­ti­tu­lée Iron Table, ré­fé­rence à une nou­velle de Jane Bowles. Si l’on consi­dère qu’une ex­po­si­tion se com­prend mieux quand on en com­mence la vi­site par la fin, ter­mi­ner la vi­site par la Kul­tur Bahn­hof, qui de­vait te­nir lieu d’in­tro­duc­tion au par­cours, n’est pas une mau­vaise so­lu­tion. Au lieu d’en­trer dans l’an­cienne gare de Cas­sel, on des­cend, par un contai­ner po­sé sur le par­vis, dans une spec­ta­cu­laire sta­tion de mé­tro aban­don­née. Une ins­tal­la­tion vi­déo de Mi­chel Au­der (un peu dé­ce­vante par rap­port à l’ex­po­si­tion qu’Adam Szymc­zyk lui avait or­ga­ni­sée en 2013 à la Kuns­thalle de Bâle qu’il di­ri­geait alors) dresse un por­trait du monde et de ses vio­lences. À la sor­tie des rails vers la voie fer­rée man­gée par l’herbe verte, Za­fos Xa­go­ra­ris a dres­sé un pan­neau qui in­dique « Bien­ve­nue » en grec,

évoque la li­ber­té et l’em­pri­son­ne­ment, ré­fé­rence à un épi­sode de la Pre­mière Guerre mon­diale au cours du­quel des sol­dats grecs ont été em­pri­son­nés par des Al­le­mands. C’est un ren­dez-vous de ques­tions ir­ré­so­lues. C’est la li­mite, et c’est le mé­rite de cette Do­cu­men­ta.

Anaël Pi­geat

This year’s Ve­nice Bien­nale de­clares its at­ten­ti­ve­ness to works and ar­tists. As for the new Do­cu­men­ta, ge­ne­ral cu­ra­tor Adam Szymc­zyk has concei­ved it pri­ma­ri­ly as a cu­ra­to­rial ges­ture. The re­sult has been cri­ti­ci­zed, de­ba­ted, ad­mi­red or loa­thed. He set out to draw a line lin­king Kas­sel and Athens where the first part of the event was held (see art press 446). On the Frie­drichs­platz, the Par­the­non of Books by Mar­ta Mi­nu­jín, a temple whose walls are cen­so­red books, opens up a strange dia­logue with the neo­clas­si­cal pe­di­ment of the Frie­dri­cia­num. Even more than other years, and than in Athens, the context, Kas­sel it­self, is im­por­tant here. The cu­ra­tors of Do­cu­men­ta have of­ten been re­luc­tant to take over the ci­ty while ne­ver­the­less being ir­re­sis­ti­bly at­trac­ted to the idea. The fact that the ci­ty is an old part of a for­mer prin­ci­pa­li­ty mar­ked by the En­ligh­ten­ment, and was bom­bed to the ground du­ring World War 2 and re­built in the 1950s, the fact that Do­cu­men­ta was crea­ted in 1955 in the same spi­rit of re­cons­truc­tion—all these things are part of the in­ter­pre­ta­tion of the works and the North-South re­la­tions evo­ked by Szymc­zyk , which are so com­plex that there is a constant risk of mi­sun­ders­tan­ding, des­pite all the good in­ten­tions. As a kind of preamble, the ex­hi­bi­tion held in the old Cen­tral Post Of­fice, re­na­med the Neue Neue Ga­le­rie for the oc­ca­sion, echoes the buil­ding’s ori­gi­nal func­tion. Its sub­ject is the mo­bi­li­ty and mi­gra­tion bet­ween Ger­ma­ny and Greece, with for example Oto­bong Nkan­ga sel­ling soap made with olive oil and coal—a ma­te­rial that ab­sorbs aro­mas. One of the fi­nest works is a stage de­cons­truc­ted by Ma­ria Has­sa­bi (a Sta­ging): thea­ter lights hung from the pic­ture wall light the way for vi­si­tors as if they were spec­ta­tors; groups of dan­cers, which we so­me­times come upon by sur­prise on a stair­case, say, oc­cu­py dif­ferent spaces in the buil­ding by high­ly pic­to­rial com­po­si­tions en­li­ve­ned by slow mo­ve­ments that convey im­pres­sions of ang­st and se­re­ni­ty, de­pen­ding on the mo­ment. Just as he has cho­sen to re­verse the po­wer re­la­tions bet­ween North and South, so Szymc­zyk has concen­tra­ted on spaces that are not the usual Do­cu­men­ta ve­nues, like the Gies­shaus dome, as beau­ti­ful as it is chil­ly. A mu­ni­tions fac­to­ry in

Na­zi times, the buil­ding is now oc­cu­pied by the uni­ver­si­ty. There we see a vi­deo ins­tal­la­tion by An­ge­la Me­li­to­pou­los on the ques­tion of wa­ter in the Middle East; the do­cu­men­ta­ry di­men­sion cha­rac­te­ris­tic of this piece is of­ten a trap for young ar­tists en­ga­ging with po­li­ti­cal dis­course. Fur­ther in, Szymc­zyk had the good idea of oc­cu­pying the small glass cubes on Kurt-Schu­ma­cher Strasse that used to house shops. This ma­jor ave­nue is a sym­bo­lic fron­tier bet­ween down­town and the nor­thern part of the ci­ty, which has a large im­mi­grant po­pu­la­tion. Vi­si­tors can en­ter these Glass Pa­vi­lions, like the one Vi­van Sut­ter has filled with big pain­ted can­vases. Other works are vi­sible on­ly from the out­side, like the vi­deos by An­gleo Ples­sas, and the piles of gold in­gots by Dan Pe­ter­man, al­so present in other sites around the ci­ty. Af­ter these ex­plo­ra­tions, the pith of this Do­cu­men­ta is at the Frie­dri­cia­num, which is ex­hi­bi­ting the col­lec­tion of Athens’ new mu­seum of contem­po­ra­ry art (EMST)—in ex­change, it would seem, for Do­cu­men­ta’s use of the mu­seum buil­ding on its Greek leg. The works take us on a tour in time and space. There are Greek ar­tists like Ta­kis and Jan­nis Kou­nel­lis, and other youn­ger fi­gures such as Yan­nis Sa­pount­zis, al­so at Ve­nice this year, and An­dreas An­ge­li­da­kis (whose piece is a bit of a di­sap­point­ment af­ter the one he sho­wed at his stu­dio in Athens). There are al­so in­ter­na­tio­nal ar­tists of his­to­ric im­por­tance such as Jo­seph Ko­suth and Hans Haacke and youn­ger fi­gures like An­dréa Bo­wers, Ber­tille Bak, Kha­lil Jo­reige and Joa­na Had­ji­tho­mas. The rooms are hand­some and, apart from the ar­tists’ names, of­fer zilch in­for­ma­tion as to why these works should be here, in Kas­sel. This un­ders­cores the concep­tual and, above all, po­li­ti­cal na­ture of this ges­ture, with all the am­bi­gui­ty this kind of thing can car­ry. Has more care been ta­ken over the dis­course than the ac­tual works, you won­der? And yet, there is no shor­tage of them, these works, at the Do­cu­men­ta Halle, which is de­di­ca­ted to sound, the stage and the bo­dy. An in­tro­duc­to­ry space as­sembles se­ve­ral mu­si­cians, among them Ja­ni Ch­ris­tou, who gave the key to in­ter­pre­ting the Athe­nian ex­hi­bi­tions, and Cor­ne­lius Car­dew, who sheds consi­de­rable light on the shows in Kas­sel with his scores, whose di­verse in­ter­pre­ta­tions are ex­plai­ned by as­so­ciate cu­ra­tor Pierre BalB­lanc. Al­vin Lu­cier’s Sound of Pa­per se­ries is par­ti­cu­lar­ly mo­ving: it consists of fra­med sheets of pa­per made to vi­brate to va­rious types of sound by the spea­kers pla­ced un­der them. The works that we see are above all at the Neue Ga­le­rie, where a num­ber of mo­no­gra­phic rooms form har­mo­nious ex­hi­bits, no­ta­bly those by Ma­ria Lei and Gre­ta Bra­tes­cu. There are some fe­li­ci­tous dis­co­ve­ries, too, like the small pain­tings by Eli­sa­beth Wild and the ta­pes­tries by Yves La­loy. But this space is al­so mar­red by a po­li­ti­cal dis­course that is of­ten black-andw­hite, as in the in­tro­duc­to­ry room where a Cour­bet dra­wing of alm­sgi­ving trig­gers a dis­course on eco­no­mics. On the up­per floor, there is so­me­times a ra­ther pon­de­rous qua­li­ty to the his­to­ri­cal works about Ar­nold Bode, the foun­der of Do­cu­men­ta, and Cor­ne­lia Gur­litt, daugh­ter of Cor­ne­lius, which are used more for what they re­present than for what they are. We are in lead bal­loon ter­ri­to­ry with the di­sas­trous War Ma­chine by Ser­gio Ze­val­los. Af­ter­wards, you need a long ses­sion wat­ching Amar Ka- war’s fine vi­deo, Such a Mor­ning, in the room just op­po­site, for the vio­lence to wear off. Among the ha­bi­tual Do­cu­men­ta ve­nues, the na­tu­ral his­to­ry mu­seum, or Ot­to­neum, is pre­sen­ting works re­la­ted—as they were five years ago—to the Earth, but the en­semble lacks bite. In the Oran­ge­rie, a vi­deo by Ro­muald Kar­ma­kar shows Gre­go­rian chants per­for­med by Or­tho­dox priests in a church. The in­ter­pre­ta­tion pro­vi­ded, which talks about the conquests of the By­zan­tine em­pire, is per­plexing. Through the open win­dow you can see the edge of the Karl­saue park, spar­se­ly ins­tal­led with art this year. At the Pa­lais Bel­le­vue, which has a ra­ther dis­pa­rate han­ging on the sub­ject of landscape and na­tu­re­cul­ture re­la­tions, Ro­see Ro­sen’s vi­deo The Dust Chan­nel has the great me­rit of com­bi­ning light­ness and se­rious­ness, and of wrap­ping a chil­ling mes­sage be­hind its drol­le­ry. One of Ro­sen’s ar­tist’s books was al­so shown at the near­by Grimm­welt Am Wein­berg Ter­ras­sen. Ibra­him Ma­ha­ma’s in­ter­ven­tion on the two ci­ty gates ( Tor­wache) was vi­sible from a good dis­tance: he had co­ve­red them with jute sacks of the kind no doubt used to trans­port ca­cao, in a mes­sage as mo­no­li­thic as the ar­chi­tec­ture ser­ving as its sup­port. In­side were ma­gni- ficent pain­tings of dream land­scapes and abs­trac­tions by Edi Hi­la, who was al­so a stan­dout at the Odeon in Athens. Just op­po­site, the hall­way of the Hes­sisches Lan­des­mu­seum was oc­cu­pied by a suc­cess­ful ins­tal­la­tion by Nai­ry Bagh­ra­mian tit­led Iron Table, in re­fe­rence to a short sto­ry by Jane Bowles. If you take the view that an ex­hi­bi­tion is ea­sier to un­ders­tand if you start at the end, then conclu­ding Do­cu­men­ta with the Kul­tur Bahn­hof, which was sup­po­sed to in­tro­duce the se­quence, is not a bad idea. Ra­ther than en­ter Kas­sel’s old rail­way sta­tion, we des­cend, via a contai­ner pla­ced on the concourse, in­to a spec­ta­cu­lar aban­do­ned sub­way sta­tion. A vi­deo ins­tal­la­tion by Mi­chel Au­der (a bit di­sap­poin­ting com­pa­red to the show that Szymc­zyk cu­ra­ted as di­rec­tor of the Kuns­thalle Ba­sel in 2013) of­fers a por­trait of the world and its vio­lence. Where the rails start to get over­grown by grass, Za­fos Xa­go­ra­ris has stuck a pa­nel saying “Wel­come” in Greek. This piece evokes free­dom and im­pri­son­ment, with re­fe­rence to an epi­sode du­ring World War 1 when Greek sol­diers were im­pri­so­ned by the Ger­mans. This is a confluence of unans­we­red ques­tions. Such are the me­rits, and the li­mits, of this Do­cu­men­ta.

Ci-des­sus/ above: Roee Ro­sen. « The Dust Chan­nel ». Pa­lais Bel­le­vue. (Ph. D. Wim­mer) À droite/ right: Mar­ta Mi­nu­jin. « The Par­the­non of Books ». Frie­drich­platz. (Ph. R. Maerz)

Ma­ria Has­sa­bi. « Sta­ging So­lo Neue ». Neue Ga­le­rie. (Ph. F. Dott)

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