The Boat Is Lea­king - The Cap­tain Lied

Fon­da­tion Pra­da / 13 mai - 25 no­vembre 2017

Art Press - - NEWS -

Qu’en est-il donc de cette his­toire de ba­teau qui sombre et d’un ca­pi­taine qui ment ? Elle fait ré­fé­rence à la cé­lèbre chan­son de Leo­nard Co­hen, Eve­ry­bo­dy Knows, dont cette phrase est ex­traite. Une ré­fé­rence par­mi d’autres dont est truf­fée cette ex­po­si­tion, qu’elles soient mu­si­cales, lit­té­raires, pic­tu­rales, théâ­trales ou ci­né­ma­to­gra­phiques. Il ne s’agit pas à pro­pre­ment par­ler d’une ex­po­si­tion col­lec­tive, mais plu­tôt d’une oeuvre d’art to­tale qui as­semble des pièces plu­tôt qu’elle ne les ras­semble. La nuance est d’im­por­tance car les trois ar­tistes al­le­mands qui en sont les pro­ta­go­nistes pro­viennent d’ho­ri­zons dif­fé­rents. L’une, An­na Vie­brock, est une cé­lèbre dé­co­ra­trice et cos­tu­mière de théâtre, Alexandre Kluge est au­teur et ci­néaste re­con­nu ; l’oeuvre du pho­to­graphe-plas­ti­cien Thomas De­mand nous est sans doute plus fa­mi­lière. Si leurs pra­tiques sont for­cé­ment dif­fé­rentes, cette ex­po­si­tion pos­sède la ca­pa­ci­té non pas de les gom­mer, mais de les faire en­trer en ré­so­nance l’une avec l’autre au point d’en­tre­te­nir par­fois la confu­sion entre les con­tri­bu­tions de cha­cun. C’est là une des clés de réus­site de cette ex­po­si­tion à nulle autre pa­reille, in­édite dans sa concep­tion comme dans sa réa­li­sa­tion, que l’on doit aus­si au cu­ra­teur Udo Kit­tel­mann. Tout est ques­tion de dé­cor, à com­men­cer par ce pa­lais ba­roque vé­ni­tien, la Ca’ Cor­ner del­la Re­gi­na, qui en est un à lui seul, avec son es­ca­lier mo­nu­men­tal, ses fresques, ses belles salles d’ap­pa­rat, ses hautes baies vi­trées. Celles-ci, oc­cul­tées pour la cir­cons­tance, par­ti­cipent à la ma­gie des lieux, en s’abs­trayant ain­si de la lu­mière de Ve­nise et du Grand Ca­nal qui borde les lieux. L’en­vers du dé­cor est par­fois in­ten­tion­nel­le­ment vi­sible et par­ti­cipe au par­cours, comme pour si­gni­fier qu’il s’agit bien d’un leurre. On au­rait par­fois ten­dance à l’ou­blier, sur­tout à l’étage prin­ci­pal où sont re­cons­ti­tuées une ga­le­rie de pein­ture, une salle de tri­bu­nal ou une classe avec ses bancs en bois, toutes réa­li­sa­tions dues à An­na Vie­brock. Dans ce pa­lais du 18e siècle, on se re­trouve ain­si avec un mo­bi­lier da­tant du 19e siècle, alors que, plus loin, des pro­jec­tions vi­déo et des ta­blettes tac­tiles nous ra­mènent à notre époque. Cette réa­li­sa­tion col­lec­tive tient au- tant de l’opé­ra, de l’ins­tal­la­tion, du théâtre, de l’en­vi­ron­ne­ment et de la mise en scène, comme la pra­tique no­tam­ment Thomas De­mand dans ses grandes pho­to­gra­phies cou­leurs. Dans ce contexte am­biant, elles pa­raissent moins fa­bri­quées que de cou­tume, se fon­dant dans cette ma­ni­fes­ta­tion où elle fait écho à d’autres mises en scène et sur­tout à des cons­truc­tions qui mé­ta­mor­phosent en par­tie le pa­lais. L’en­trée de l’étage est ain­si des plus réus­sies avec ce Ci-des­sus/ above: Au mur, à dr :

Thomas De­mand. « Pa­tio ». 2014. Dé­cor de An­na Vie­brock. (Ph. D. Sis­to Le­gna­ni e Mar­co Cap­pel­let­ti). Ci-des­sous/ be­low: Alexan­der Kluge. « Ter­ror : Furcht und Schre­cken ». faux pa­lier de bu­reau et ses portes d’une rare ba­na­li­té qui ouvrent sur des en­vi­ron­ne­ments in­soup­çon­nés, fai­sant déam­bu­ler le vi­si­teur dans le temps et les es­paces. Il lui est donc tout à fait loi­sible d’y créer son propre par­cours, au fur et à me­sure qu’il pousse ou re­ferme les portes, per­met­tant de se trans­por­ter d’une am­biance à une autre. Pa­ra­doxa­le­ment, l’en­semble ne manque pas de co­hé­rence, no­tamm­ment par rap­port à l’ex­pé­rience qu’il pro­duit. On se rend vite compte que l’on se trouve ici de­vant un for­mat d’ex­po­si­tion à nul autre pa­reil, d’au­tant qu’il a été conçu spé­ci­fi­que­ment pour les lieux et n’est pas ap­pe­lé à être re­con­fi­gu­ré ailleurs.

Ber­nard Mar­ce­lis What is this sto­ry about a boat that is lea­king and the cap­tain who lied? The words, of course, come from that fa­mous song by Leo­nard Co­hen, “Eve­ry­bo­dy Knows.” This ex­hi­bi­tion is stuf­fed full of such re­fe­rences, whe­ther mu­si­cal, li­te­ra­ry, pic­to­rial, thea­tri­cal, or ci­ne­ma­tic. Strict­ly spea­king, this is not so much a group show as a to­tal art­work that as­sembles pieces ra­ther than brin­ging them to­ge­ther. The nuance is im­por­tant, be­cause the three Ger­man ar­tists who are the pro­ta­go­nists here come from ve­ry dif­ferent back­grounds. One, An­na Vie­brock, is a fa­mous set and cos­tume de­si­gner; ano­ther, Alexan­der Kluge, is an

au­thor and film­ma­ker, al­so wellk­nown, while the third, Thomas De­mand, an ar­tist-pho­to­gra­pher, will no doubt be most fa­mi­liar to rea­ders of this ma­ga­zine. Their prac­tices are ne­ces­sa­ri­ly dif­ferent, and yet this show cu­ra­ted by Udo Kit­tel­mann makes their work re­so­nate so ef­fec­ti­ve­ly that it is so­me­times dif­fi­cult to tell who did what.That is the si­gn of its suc­cess. It is unique in both its concep­tion and its rea­li­za­tion. It’s all a mat­ter of set­ting and sets, star­ting with the Ca' Cor­ner del­la Re­gi­na, this Ve­ne­tian Ba­roque pa­lace with its mo­nu­men­tal stair­case, fres­coes, fine ce­re­mo­nial rooms, and tall win­dows.The lat­ter have been bla­cked out, cut­ting out views of the Grand Ca­nal whic h flows past the buil­ding, and heigh­te­ning the ma­gic at­mos­phere in­side. At t he same time, we are de­li­be­ra­te­ly gi ven glimpses be­hind the scenes: the show confesses to its own illu­sions. Still, it’s ea­sy to for get this, es­pe­cial­ly on the main floor, which has re­cons­ti­tu­tions of a pain­ting gal­le­ry, a cour troom, and a class­room com­plete with woo­den benc hes. All are the work of An­na Vie­brock. In this eigh­teenth-century pa­laz­zo, we thus come to ni­ne­teenth-century fur­ni­ture, while vi­deo pro­jec­tions and touch screens bring us back to our own times. This col­lec­ti ve rea­li­za­tion is an equal mix of ope­ra, ins­tal­lat ion, thea­ter, en­vi­ron­ment and sta­ging, of the kind prac­ti­ced by Thomas De­mand in his big co­lor pho­to­graphs. The en­trance to the up­per floor is ex­tre­me­ly suc­cess­ful with its f alse of­fice lan­ding and über­ba­nal doors ope­ning on­to sur­prise en­vi­ron­ments where the vi­si­tor moves through dif­ferent times and spaces. This is a show where you can create your own se­quence, fol­low your in­tui­tion. Pa­ra­doxi­cal­ly, the en­semble does not lac k co­he­rence, no­ta­bly as re­gards the ex­pe­rience it af­fords.We soon rea­liz e that this is a form of ex­hi­bi­tion quite un­like anything else, all the more so in that it has been concei­ved for this ve­nue and there are no plans to re­con­fi­gure it el­sew­here.

Trans­la­tion, C. Pen­war­den

An­na Vie­brock. (Ph. Del­fi­no Sis­to Le­gna­ni e Mar­co Cap­pel­let­ti)

Alexan­der Kluge. « Bar­be­ro­pa». 2017. (Ph. A. Ma­ran­za­no)

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