Skulp­tur Pro­jekte 2017

Di­vers lieux / 10 juin - 1er oc­tobre 2017

Art Press - - NEWS -

La cin­quième édi­tion de cette ex­po­si­tion in­ter­na­tio­nale qui, de­puis 1977, se tient tous les dix ans (voir art­press n°445), ras­semble trente ar­tistes à qui a été com­man­dé un pro­jet spé­ci­fique s’ins­cri­vant dans le contexte ar­chi­tec­tu­ral, his­to­rique ou so­cial de la ville de Müns­ter. Cette an­née, la no­tion de sculp­ture s’est plus am­ple­ment élar­gie à la vi­déo, aux oeuvres so­nores et à la per­for­mance afin de re­con­si­dé­rer les di­vers as­pects de la re­la­tion entre pro­jets ar­tis­tiques et sphère pu­blique. La vi­déo, mon­trée dans des ma­ga­sins, des clubs, ou à té­lé­char­ger, ré­vèle ses liens mul­tiples avec la sculp­ture. Mi­chael Smith l’uti­lise pour jouer avec hu­mour de la re­la­tion du corps à l’es­pace pu­blic, met­tant en scène une his­toire où il est ques­tion de ta­touages pro­po­sés à des groupes de vi­si­teurs du troi­sième âge. C’est le cô­té es­thé­tique et so­cial qui sé­duit dans le pro­jet de Je­re­my Del­ler, im­pli­quant les ci­toyens qui pos­sèdent une par­celle de ter­rain dans le Klein­gar­ten­ve­rein Müh­len­feld. Ceux-ci ont te­nu des ca­hiers do­cu­men­tant l’his­toire de leur jar­din. Une ex­pé­rience éton­nante se dé­gage lorsque le vi­si­teur se pro­mène dans ces par­terres fleu­ris et consulte les ca­hiers. Le pro­jet le plus am­bi­tieux est ce­lui de Pierre Huy­ghe qui a cas­sé le sol d’une pa­ti­noire afin d’y re­cons­ti­tuer un éco­sys­tème na­tu­rel à par­tir de terre, d’eau et d’abeilles. Ar­bo­rant les ap­pa­rences d’un pay­sage lu­naire, le bio­tope est contrô­lé par une tech­no­lo­gie com­plexe et le com­por­te­ment d’élé­ments vi­vants peut être sui­vi à tra­vers une ap­pli­ca­tion sur in­ter­net. Dans le hall d’en­trée du LWL-Mu­seum für Kunst und Kul­tur, No­ra Schultz a ré­duit l’in­ten­si­té de la lu­mière, re­cou­vert le sol de mo­quette et po­sé une sculp­ture de Olle Baert­ling. L’am­biance en de­vient feu­trée et la per­cep­tion de l’es­pace se trouve al­té­rée. Quant à Mi­chael Dean, il crée un lien avec l’his­toire de l’an­cien hall qu’il a en­tou­ré de bâches en plas­tique trans­pa­rentes et rem­pli de sculp­tures en bé­ton et d’ob­jets trou­vés dans la rue. La per­for­mance d’Alexan­dra Pi­ri­ci in­ves­tit la mai­rie, où fut si­gné le trai­té de la fin de la guerre de Trente Ans en 1648. Six dan­seurs se dé­placent en chan­tant, fai­sant al­lu­sion à des faits his­to­riques, créant un es­pace ima­gi­naire à tra­vers le temps. Sur le ca­nal du Da­nube Ems, Ayşe Erk­men a tra­cé un pont in­vi­sible sous le ni­veau de la sur­face du fleuve. Le pu­blic peut tra­ver­ser avec l’illu­sion de mar­cher sur l’eau. Ce pas­sage per­met d’abor­der ce lieu de fa­çon dif­fé­rente, et créé un lien entre une rive peu­plée de ca­fés, ré­sul­tat de sa gen­tri­fi­ca­tion et l’autre rive, res­tée zone in­dus­trielle. Dans cette der­nière, une sculp­ture en bé­ton pen­sée par Os­car Tua­zon oc­cupe un ter­rain vague. Struc­ture dont la forme rap­pelle la tour de guet, elle abrite un feu ou­vert. Es­pace de jeu ou de ras­sem­ble­ment, celle-ci peut ser­vir de bar­be­cue à cer­tains ou, à d’autres, de sur­face à tag­ger. L’oeuvre so­nore d’Eme­ka Og­boh créée à par­tir de sons ur­bains est dif­fu­sée dans le Ham­bur­ger Tun­nel, pas­sage cou­vert at­te­nant à la gare. Ba­sé sur les com­po­si­tions de Moon­dog, qui a vé­cu à Müns­ter, ce pro­jet ré­vèle l’in­té­rêt de l’ar­tiste pour la rue, à la fois comme source d’ins­pi­ra­tion et scène de pré­sen­ta­tion. Sur la Pro­me­nade, Ni­cole Ei­sen­man a pla­cé une fon­taine aty­pique. De grands per­son­nages de genre in­dé­ter­mi­né sont al­lon­gés sur le sol dans des po­si­tions non-conven­tion­nelles, des jets d’eau jaillis­sants de leur corps. Peu à peu le plâtre qui les consti­tue en par­tie se­ra dé­té­rio­ré par la pluie. Ce­rith Wyn Evans a ins­tal­lé une uni­té de ré­fri­gé­ra­tion au­tour des cloches de l’église de Saint Ste­pha­nus, en pé­ri­phé­rie. À des heures pré­cises, celles-ci sonnent à un vo­lume lé­gè­re­ment plus éle­vé que d’ha­bi­tude. Cette mo­di­fi­ca­tion qua­si im­per­cep­tible al­tère le quo­ti­dien des ha­bi­tants alors qu’elle de­vient at­trac­tion pour les vi­si­teurs tout en fo­ca­li­sant leur re­gard sur le clo­cher, bel exemple d’ar­chi­tec­ture bru­ta­liste. La no­tion d’éphé­mère et d’in­vi­sible est aus­si abor­dée par Joëlle Tuer­lin­ckx qui trace une ligne blanche de deux cent mètres de long à un en­droit choi­si sur la pe­louse du Skulp­tur Park de Marl. Chaque ma­tin, la ligne est re­des­si­née et lorsque l’ex­po­si­tion se­ra ter­mi­née, elle dis­pa­raî­tra. La plu­part de ces pro­jets se concentrent sur la mise en va­leur de lieux exis­tants ou sim­ple­ment sur le pou­voir de la na­ture à tra­vers des oeuvres ré­sul­tant d’une ac­tion sur l’es­pace pu­blic. Plus que ja­mais, Skulp­tur Pro­jekte pro­pose une ré­flexion au­tour de la no­tion élar­gie de sculp­ture en tant que concept et ob­jet non pé­renne.

Anne-So­phie Di­nant The fifth edition of this de­cen­nial in­ter­na­tio­nal show first held in 1977 fea­tures thir­ty ar­tists, each of whom was as­ked to come up with a pro­ject re­la­ting to the ar­chi­tec­tu­ral, his­to­ri­cal or so­cial context of the ci­ty of Müns­ter. This year, the no­tion of sculp­ture has been more broad­ly ex­ten­ded to take in vi­deo, sound works and per­for­mance, in or­der to re­con­si­der the dif­ferent as­pects of the re­la­tion­ship bet­ween ar­tis­tic pro­jects and the pu­blic sphere. Vi­deo, shown in stores and clubs or avai­lable to down­load, re­veals its ma­ny links with sculp­ture. Mi­chael Smith uses it to play hu­mo­rous­ly on the bo­dy’s re­la­tion to pu­blic space, sta­ging a sto­ry about tat­toos pro­po­sed to groups of pen­sio­ner vi­si­tors. It is the aes­the­tic and so­cial side that ap­peals in Je­re­my Del­ler’s pro­ject, which in­volves ci­ti­zens ow­ning a patch of land in the Klein­gar­ten­ve­rein Müh­len­feld. They were as­ked to keep nots on the his­to­ry of their gar­den, and walking past the flo­wer­beds and rea­ding the no­te­books is a sur­pri­sing ex­pe­rience in­deed. The most am­bi­tious pro­ject is the one by Pierre Huy­ghe, who broke Pierre Huy­ghe. « Af­ter A Life Ahead ». 2017. Pa­ti­noire, ci­ment, terre, bac­té­ries, eau phréa­tique, algues, abeilles, paon, aqua­rium, in­cu­ba­teur, cel­lules can­cé­reuses hu­maines, al­go­rythme gé­né­tique, réa­li­té aug­men­tée, pla­fond au­to­ma­ti­sé, pluie amo­niaque. (Ph. O. Rin­dal) Ci-des­sous/ be­low: Je­re­my Del­ler. « Speak to the Earth and It WillTellYou ».

2007-2017. (Ph. H. Rogge)

Ayse Erk­men. « On wa­ter ». ( Ph. H. Rogge) up the floor of a ska­ting rink in or­der to re­cons­ti­tute a na­tu­ral eco­sys­tem of earth, wa­ter and bees.Ta­king on the ap­pea­rance of a lu­nar land­scape, the bio­tope here is control­led by a com­plex tech­no­lo­gy and the be­ha­vior of the li­ving ele­ments can be fol­lo­wed using an In­ter­net app. In the en­trance hall of the LWL-Mu­seum für Kunst und Kul­tur, No­ra Schultz has re­du­ced the in­ten­si­ty of the ligh­ting, co­ve­red the floor with car­pet and ins­tal­led a sculp­ture by Olle Baert­ling, crea­ting a more hu­shed at­mos­phere and chan­ging per­cep­tions of the space. As for Mi­chael Dean, he crea­ted a connec­tion with the his­to­ry of the old hall, which he swadd­led with trans­pa­rent plas­tic sheets and filled with con­crete sculp­tures and ob­jects found in the street. The per­for­mance by Alexan­dra Pi­ri­ci takes over the ci­ty hall, which is where the trea­ty mar­king the end of the Thir­ty Years War was si­gned in 1648. Six dan­cers sing as the move around, al­lu­ding to the his­to­ri­cal events and crea­ting an ima­gi­na­ry space that opens up time. On the Da­nube Ems ca­nal, Ayşe Erk­men has built an in­vi­sible bridge just be­low wa­ter le­vel: vi­si­tors can cross and have the illu­sion they are walking on wa­ter. This cros­sing al­lows a dif­ferent ap­proach to this place and connets the gen­tri­fied bank and its abun­dant ca­fés with the other bank, which is still an in­dus­trial zone. On the lat­ter, a con­crete sculp­ture by Os­carTua­zon oc­cu­pies a waste ground. The form of this struc­ture re­calls that of a watch­to­wer. It houses an open fire. A space for play and as­sem­bly, it can serve as a bar­be­cue area, or a sur­face for graf­fi­ti.The work crea­ted by Eme­ka Og­boh using am­bient ur­ban sounds can be heard in the Ham­bur­ger Tun­nel, next to the sta­tion. Ba­sed on com­po­si­tions by Moon­dog, who li­ved in Müns­ter, this pro­ject re­calls that ar­tist’s in­ter­est in the street as both source of ins­pi­ra­tion and stage. On the Pro­me­nade, Ni­cole Ei­sen­man has pla­ced an unu­sual foun­tain. Large, sexual­ly in­de­ter­mi­nate fi­gures lie on the ground in un­con­ven­tio­nal po­si­tions, with jets of wa­ter spou­ting from their bo­dies. The rain will gra­dual­ly cause the plas­ter of which they par­tial­ly made to crumble and flake. Ce­rith Wyn Evans has ins­tal­led a re­fri­ge­ra­tion unit around the bells of the church of Saint Ste­pha­nus, on the outs­kirts. At a spe­ci­fic time, these ring slight­ly lou­der than usual. This al­most im­per­cep­tible al­te­ra­tion changes re­si­dents’ eve­ry­day en­vi­ron­ment while being an at­trac­tion for vi­si­tors and fo­cu­sing their gaze on the bell tower, a fine example of bru­ta­list ar­chi­tec­ture. The no­tion of the ephe­me­ral and the in­vi­sible is al­so ad­dres­sed by Joëlle Tuer­lin­ckx, who traces a white line two me­ters long at a chosen spot on the lawn in the Marl Skup­tur Park. Eve­ry mor­ning the line is drawn again and it will di­sap­pear on­ly when the ex­hi­bi­tion ends. Most of these pro­jects concen­trate on high­ligh­ting exis­ting spots or sim­ply the po­wer of na­ture. More than ever, Skulp­tur Pro­jekte of­fers a re­flec­tion on the wi­de­ned no­tion of sculp­ture as a concept and non­per­ma­nent ob­ject.

Trans­la­tion, C. Pen­war­den

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