ARLES Jean Prou­vé

Art Press - - ÉVÉNEMENT -

Parc des Ate­liers, La Grande halle, Fon­da­tion Lu­ma / 21 oc­tobre 2017 - prin­temps 2018 Sous son ap­pa­rente ba­na­li­té, le titre de cette exposition, Ar­chi­tecte des jours meilleurs, est à double sens. Il re­flète le rap­port am­bi­gu qu’a tou­jours en­tre­te­nu Jean Prou­vé avec les ar­chi­tectes de son époque, mais aus­si son sou­ci constant du bien com­mun. Jean Prou­vé, ha­bile tech­ni­cien du mé­tal et do­té d’une so­lide for­ma­tion de fer­ron­nier d’art – il se nom­mait d’ailleurs construc­teur plu­tôt qu’ar­chi­tecte –, se lan­ça très vite dans l’éla­bo­ra­tion de mai­sons dé­mon­tables et re­po­si­tion­nables. Théo­ri­que­ment, leur construc­tion ne de­vait pas né­ces­si­ter l’in­ter­ven­tion de plus de deux per­sonnes, comme le montrent les pe­tites vi­déos contem­po­raines qui font par­tie in­té­grante de la par­tie do­cu­men­taire ex­trê­me­ment bien four­nie de l’exposition. Il convient de se re­mé­mo­rer le contexte de l’époque, ce­lui de l’im­mé­diat après-guerre où la réelle ur­gence était de re­cons­truire le pays, créer des écoles et sur­tout four­nir un lo­ge­ment à ceux qui en étaient dé­mu­nis. Son com­bat et son en­ga­ge­ment sont iden­tiques à ceux de l’ab­bé Pierre, qu’il croise no­tam­ment en 1956. C’est à son in­ten­tion qu’il conçoit le pro­to­type de la Mai­son Les Jours Meilleurs. Plé­bis­ci­tée par les pro­fes­sion­nels comme par le grand pu­blic, elle ne se­ra réa­li­sée, faute d’ho­mo­lo­ga­tion of­fi­cielle, qu’en quel- ques exem­plaires, comme ce fut sou­vent et mal­heu­reu­se­ment le lcasde ses réa­li­sa­tions. Sont ras­sem­blées ici pas moins de douze de ses struc­tures pré­fa­bri­quées. Seules sont à voir des réa­li­sa­tions com­plètes, ou par­fois ce qu’il en reste. Les pre­mières datent de ses dé­buts en 1939 (les Ba­raques mi­li­taires), puis viennent les Mai­sons dé­mon­tables, en­suite l’école pro­vi­soire de Ville­juif (1957) et, en­fin, une de ses réa­li­sa­tions les plus aty­piques, la Sta­tion-ser­vice To­tal da­tant de 1969. Construite à une cen­taine d’exem­plaires, elle a la forme d’une ro­tonde. On y re­trouve néan­moins ses élé­ments de construc­tion ha­bi­tuels : l’acier, l’alu­mi­nium, le verre, seul le bois fai­sant dé­faut, rem­pla­cé par du po­ly­es­ter. Si nous sommes loin des Mai­sons dé­mon­tables des dé­buts en 1944, le prin­cipe est res­té le même : la hau­teur est tou­jours de 3 mètres et les mo­dules ont gar­dé leur di­men­sion usuelle de 2 x 2 mètres. Il s’agit des di­men­sions maxi­males pour que ces élé­ments puissent être ma­ni­pu­lés fa­ci­le­ment. À l’ex­cep­tion de la Mai­son Mé­tro­pole, par­fois pré­sen­tée sur­éle­vée, fon­da­tions et caves sont de fac­to ex­clues ; tout doit pou­voir s’as­sem­bler sans bé­ton, un peu comme les mo­bile-homes d’au­jourd’hui. À l’heure où l’Eu­rope est confron­tée à la crise des mi­grants et à son co­rol­laire – la pro­blé­ma­tique des struc­tures d’ac­cueil pour les abri­ter tem­po­rai­re­ment au­tre­ment que dans des tentes ou des bi­don­villes –, cette ma­ni­fes­ta­tion consa­crée à Jean Prou­vé dé­montre que les so­lu­tions tech­niques et ar­chi­tec­tu­rales existent, mais, comme il y a soixante ans, la ré­ac­tion po­li­tique est tou­jours prise en dé­faut.

Ber­nard Mar­ce­lis ——— Un­der the ap­pa­rent ba­na­li­ty of this ex­hi­bi­tion’s title, Ar­chi­tecte des jours meilleurs (An Ar­chi­tect of Bet­ter Days), lurks a double mea­ning. It re­flects Jean Prou­vé’s al­ways am­bi­guous re­la­tion­ship with the ar­chi­tects of his time, and al­so his concern for the com­mon wel­fare. A skilled me­tal tech­ni­cian with a so­lid back­ground in me­tal­wor­king (he pre­fer­red to call him­self a construc­tor ra­ther than an ar­chi­tect), ve­ry ear­ly in his ca­reer he be­gan de­si­gning and ma­nu­fac­tu­ring pre­fa­bri­ca­ted homes that could be ea­si­ly dis­mant­led and re­lo­ca­ted. He in­ten­ded that their as­sem­bly would re­quire the la­bor of no more than two people, as can be seen in the short films from that epoch that are part of the ex­tre­me­ly tho­rough do­cu­men­ta­tion this ex­hi­bi­tion of­fers. Du­ring the per­iod fol­lo­wing the Se­cond World War there was an ex­tre­me­ly urgent need to re­build the country’s hou­sing stock and in­fra­struc­ture, which meant above all the construc­tion of schools and the re­pla­ce­ment of sub­stan­dard hou­sing. His po­li­ti­cal com­mit­ment on this front was si­mi­lar to that of Ab­bé Pierre, the left-wing French priest fa­mous for laun­ching an emer­gen­cy cam­pai­gn to im­me­dia­te­ly house the ho­me­less free­zing to death on the streets of Pa­ris (the two men met in 1956).That was his mo­ti­va­tion for de­si­gning the pro­to­type for La Mai­son Les Jours Meilleurs. Al­though ad­mi­red by buil­ding pro­fes­sio­nals and the ge­ne­ral pu­blic, it was never mass­pro­du­ced for lack of of­fi­cial ap­pro­val. On­ly a few examples were built, which, un­for­tu­na­te­ly, was the case for ma­ny of his de­si­gns. This ex­hi­bi­tion com­prises a do­zen of his built pre­fab struc­tures, al­though not all are still in­tact. The ear­liest date to his ear­ly days, in 1939 (por­table mi­li­ta­ry bar­racks), fol­lo­wed by his kit houses, the Ville­juif tem­po­ra­ry school (1957) and, fi­nal­ly, his pre­fab gas sta­tion (1969). About a hun­dred of these round­house ser­vice sta­tions were built. Al­though this was his most unique de­si­gn, it em­ployed his usual ma­te­rials: steel, alu­mi­num, glass. On­ly his cus­to­ma­ry wood was la­cking, re­pla­ced by po­ly­es­ter. If Prou­vé’s de­si­gns de­ve­lo­ped far beyond the por­table homes of the 1940s, the prin­ciples never chan­ged. The buil­dings were al­ways th­ree me­ters high and each mo­dule al­ways mea­su­red two by two me­ters.These di­men­sions en­abled the struc­tures to be as­sem­bled by hand. Aside from his Mai­son Mé­tro­pole, so­me­times shown on a rai­sed plat­form, he ex­clu­ded foun­da­tions and ba­se­ments on prin­ciple. Eve­ry­thing had to be as­sem­bled wi­thout concrete, not un­like to­day’s mo­bile homes. At a time when Eu­rope faces a mi­grant cri­sis and its co­rol­la­ry, the need for decent tem­po­ra­ry hou­sing and not just tents and shacks, this ex­hi­bi­tion of Prou­vé’s work de­mons­trates that tech­no­lo­gi­cal and de­si­gn so­lu­tions exist, but, just like six­ty years ago, what’s still la­cking is the po­li­ti­cal will.

Trans­la­tion, L-S Tor­goff

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