SÉ­RI­GNAN Si­mon Star­ling

Art Press - - ÉVÉNEMENT -

MRAC / 5 no­vembre 2017- 18 mars 2018 Quatre pro­jets dé­ve­lop­pés dans quatre salles consti­tuent cette exposition, dont l’es­pace pen­sé avec soin in­duit un par­cours à la fois so­nore, poé­tique, théâ­tral et dan­sé. Ces pro­jets forment une par­ti­tion dans la­quelle s’ar­ti­cule un tra­vail de tra­duc­tion : du son vers l’ob­jet, du pas­sé vers le pré­sent, d’une culture vers une autre. À l’ombre du pin tor­du, titre de l’exposition, ar­ti­cule une ré­flexion fluide et pré­cise où les tem­po­ra­li­tés et les géo­gra­phies s’étirent et cor­res­pondent. Tout ici est ques­tion de trans­for­ma­tion. Nous sommes ac­cueillis dans le pre­mier es­pace par l’af­fiche de l’exposition, pen­sée par l’ar­tiste, qui a choi­si de la dif­frac­ter dans les dif­fé­rentes salles. L’af­fiche dé­cons­truite prend alors la forme d’un en­semble de car­tels qui ac­com­pagne le vi­si­teur au fil de sa dé­am­bu­la­tion. Le son d’une com­po­si­tion de pia­no at­tire l’at­ten­tion. Au centre d’un es­pace est dis­po­sé un pia­no­la (un pia­no mé­ca­nique) qui, toutes les quinze mi­nutes, joue la Mac­chi­na Tes­sile (2014) de Ri­nal­do Bel­luc­ci. La par­ti­tion y est trans­crite sur une carte per­fo­rée per­met­tant à l'ins­tru­ment de se pas­ser des mains hu­maines. Il faut en­suite tra­ver­ser un ri­deau de fi­lins blancs et gris pour dé­cou­vrir une oeuvre vi­déo tour­née dans une fa­brique tex­tile fa­mi­liale, ba­sée à Tu­rin, où, une fois de plus, l’hu­main n’a plus vrai­ment sa place. Les mé­tiers à tis­ser mé­ca­niques exé­cutent leur tra­vail à leur ca­dence. Les ma­chines pro­duisent des sons, une mu­sique mé­ca­nique qui dia­logue avec le pia­no­la. Les mé­tiers tissent des fils verts, bleus et rouges pour don­ner lieu à une tra­duc­tion tex­tile de la par­ti­tion de Bel­luc­ci. Le son passe de l’im­ma­té­riel au ma­té­riel. Le se­cond pro­jet, At Twi­light (20142016), nous plonge dans un uni­vers plus théâ­tral, dans le­quel les fi­gures de W.B. Yeats et d’Ez­ra Pound dia­loguent au coeur d’un théâtre Nô. Alors qu’une vi­déo pré­sente une lec­ture de At the Hawk’s Well, pièce de Yeats, nous sommes in­vi­tés à tra­ver­ser une fo­rêt de sculp­tures for­mée de branches d’arbres cal­ci­nées et de masques por­tés par les ac­teurs. Les masques font au­tant ré­fé­rence à l’art moderne qu’à la lit­té­ra­ture eu­ro­péenne ou à la culture ja­po­naise. Le troi­sième pro­jet nous trans­porte vers le Mexique avec El Eco (2014), une oeuvre vi­déo pré­sen­tant Pi­lar Pel­li­cer, une dan­seuse âgée de 76 ans qui re­joue une per­for­mance réa­li­sée soixante ans plus tôt lors de l’ou­ver­ture du mu­sée de Mexi­co Ci­ty. Au moyen d’un mon­tage per­cu­tant, l’ar­tiste té­les­cope images d’archives et temps pré­sent. Une di­men­sion ac­cen­tuée dans la der­nière salle, où se joue la ren­contre de trois mu­si­ciens (hol­lan­dais, rou­main et ita­lien), qui, au dé­but du 20e siècle, ont mi­gré aux États-Unis. Leurs cos­tumes folk­lo­riques taillés dans des tis­sus noirs, blancs et gris, ain­si que les sons de leurs ins­tru­ments semblent pro­ve­nir d’un autre es­pace-temps, dont Si­mon Star­ling étire les fils avec fi­nesse et poé­sie.

Ju­lie Crenn ——— Four pro­jects in four rooms consti­tute this ex­hi­bi­tion. Its ca­re­ful­ly concei­ved space of­fers a se­quence that is at once au­ral, poe­tic, thea­tri­cal and dan­ced. These pro­jects form a score in which the work of trans­la­tion is ar­ti­cu­la­ted: from sound to­wards ob­ject, from past to present, from one culture to ano­ther. “In the sha­dow of the twis­ted pine,” the title of this ex­hi­bi­tion, ar­ti­cu­lates a fluid and pre­cise re­flec­tion in which tem­po­ra­li­ties and geo­gra­phies stretch and cor­res­pond. Eve­ry­thing here is a mat­ter of trans­for­ma­tion. We are gree­ted in the first space by the ex­hi­bi­tion pos­ter, concei­ved by the ar­tist, who has cho­sen to dif­fract it in the dif­ferent rooms.The de­cons­truc­ted pos­ter then takes the form of an en­semble of la­bels that ac­com­pa­ny vi­si­tors as they walk around. The sound of a pia­no com­po­si­tion at­tracts the at­ten­tion. At the cen­ter of a space stands a pia­no­la which, eve­ry fif­teen mi­nutes, plays Mac­chi­na Tes­sile (2014) by Ri­nal­do Bel­luc­ci. The score is trans­cri­bed on a per­fo­ra­ted card and the ins­tru­ment plays it wi­thout the in­ter­ven­tion of hu­man hands. We then go through a cur­tain of white and gray ropes to find a vi­deo shot in a fa­mi­ly tex­tile fac­to­ry ba­sed in Tu­rin. Once again, hu­ma­ni­ty doesn’t have much of a role here. The me­cha­ni­cal looms work at their own rhythm, and their me­cha­ni­cal mu­sic dia­logues with the pia­no­la.The looms weave green, blue and red threads, pro­du­cing a tex­tile trans­la­tion of Bel­luc­ci’s score. The sound goes from im­ma­te­rial to ma­te­rial. The se­cond project, At Twi­light (2014–16), im­merses us in a more thea­tri­cal world in which the fi­gures of W. B. Yeats and Ez­ra Pound dia­logue in a Noh thea­ter. A vi­deo shows a rea­ding of Yeats’s At the Hawk’s Well, and we are in­vi­ted to cross a fo­rest of sculp­tures for­med by bur­ned tree branches and masks worn by the ac­tors.The masks re­fer at once to mo­dern art, Eu­ro­pean li­te­ra­ture and Ja­pa­nese culture. The third project takes us to Mexi­co with El Eco (2014), a vi­deo pre­sen­ting Pillar Pel­li­cer, a dan­cer aged 76 who re­plays a per­for­mance put on six­ty years ear­lier du­ring the ope­ning of a mu­seum in Mexi­co Ci­ty. In an in­ci­sive mon­tage the ar­tist te­les­copes pre­sent­day and ar­chi­val images. This di­men­sion is heigh­te­ned in the last room, where we wit­ness the en­coun­ter of th­ree mu­si­cians (Dutch, Ro­ma­nian and Ita­lian) who mi­gra­ted to the Uni­ted States in the ear­ly twen­tieth cen­tu­ry. Their folk­lo­ric cos­tumes cut from black, white and gray cloth and the sounds of their ins­tru­ments seem to come from ano­ther time, whose threads Star­ling draws out with great subt­le­ty and poe­tic ef­fect.

Trans­la­tion, C. Pen­war­den

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