La ca­la­mi­té sans fin

CRI­MI­NA­LI­TÉ. Les vo­leurs dits à la fausse qua­li­té conti­nuent de ci­bler les per­sonnes âgées. Un fléau en forte hausse en 2015, no­tam­ment en Es­sonne et en Seine-et-Marne.

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - Un haut fonc­tion­naire STÉ­PHANE SELLAMI

C’EST UNE DÉ­LIN­QUANCE sourde, in­si­dieuse, presque in­vi­sible, tant au re­gard de son mode opé­ra­toire que de ses vic­times, mais qui en­gendre pour­tant bien des trau­ma­tismes. Ses cibles : les per­sonnes âgées. Pas un jour ne passe sans que l’im­pla­cable duo faux plom­bier-faux po­li­cier sé­visse à Pa­ris, en ban­lieue, en pro­vince mais aus­si dans les pays fron­ta­liers. Ces vo­leurs dits à la fausse qua­li­té — adeptes de l’usur­pa­tion d’une pro­fes­sion ou d’un titre — pé­nètrent sans au­cune dif­fi­cul­té au do­mi­cile de leurs vic­times pour y faire main basse sur de pré­cieux bas de laine.

A Pa­ris et en proche ban­lieue, la pré­sence d’un faux po­li­cier est re­le­vée dans un cas sur quatre. Ce der­nier em­boîte souvent le pas à un faux plom­bier ou à un faux agent des eaux ou du gaz. « Ils prennent l’as­cen­dant psy­cho­lo­gique sur leur vic­time en lui ex­pli­quant qu’elle vient d’être la cible d’un cam­brio­leur qui s’est fait pas­ser pour un plom­bier avant de lui pré­sen­ter des ob­jets ou de l’ar­gent qui se trou­vaient chez elle, confie un en­quê­teur. En­suite, ils lui de­mandent de vé­ri­fier l’em­pla­ce­ment de ses va­leurs, comme ses bijoux ou ses lin­gots et pièces d’or, avant de les dé­ro­ber. »

Faute de biens à do­mi­cile, ces mal­frats — qui agissent souvent dans les mêmes zones — sont ca­pables de conduire leur vic­time à sa banque afin de l’ai­der à vé­ri­fier le conte­nu de son coffre puis de le vi­der… Entre 2010 et 2015, 2 115 faits de ce type ont été re­cen­sés à Pa­ris et en pe­tite cou­ronne. Un chiffre à re­la­ti­vi­ser car beau­coup de vic­times, trop âgées, ne com­prennent pas qu’elles ont été abu­sées et ne dé­posent pas plainte…

Dans la ca­pi­tale, ces vols ont pro­gres­sé de 27 % entre 2014 et 2015. En pe­tite cou­ronne, la ten­dance est in­verse, avec une baisse si­gni­fi­ca­tive de ces vols de 29 % dans les Hauts-deSeine, 10 % en Seine-Saint-De­nis, tan­dis qu’ils stag­nent dans le Val-de-Marne. En re­vanche, en grande cou­ronne — hor­mis dans le Vald’Oise, où leur nombre de­meure qua­si iden­tique (80 en 2014, 77 en 2015) —, ces vols à la fausse qua­li­té (VFQ) ont net­te­ment aug­men­té en un an en Seine-et-Marne (de 84 à 140), dans les Yve­lines (de 99 à 126) et dans l’Es­sonne (de 80 à 139). « On as­siste à un re­port de dé­lin­quance sur ces vols à la ruse, ar­gu­mente un po­li­cier. Ceux qui fai­saient avant du cam­brio­lage ou des bra­quages se sont spé­cia­li­sés

« Dans 95 % des cas, l’âge moyen des vic­times est de 80 ans »

dans les VFQ. C’est beau­coup moins ris­qué et ça peut rap­por­ter très gros. » Ces vo­leurs, dits ru­siers dans le jar­gon des po­li­ciers, s’avèrent par­ti­cu­liè­re­ment ha­biles et re­tors. « Ils peuvent par­cou­rir plu­sieurs cen­taines de ki­lo­mètres pour com­mettre leurs mé­faits, pré­cise un haut fonc­tion­naire. Ils sont très mo­biles et aguer­ris à nos tech­niques d’in­ves­ti­ga­tions. En plus, ils fonc­tionnent en cir­cuit fer­mé. Là où ha­bi­tuel­le­ment le ren­sei­gne­ment via des in­di­ca­teurs fonc­tionne, avec eux, c’est im­pos­sible. »

De ce fait, mal­gré une connais­sance pré­cise des modes opé­ra­toires de ces gangs, les po­li­ciers peinent à ju­gu­ler cette dé­lin­quance de masse. « Dans 95 % des cas, l’âge moyen des vic­times est de 80 ans, pour­suit la même source. Elles sont souvent abor­dées alors qu’elles re­viennent de leurs courses, en fin de ma­ti­née. Ces vo­leurs pri­vi­lé­gient les mar­dis, mer­cre­dis et jeu­dis pour pas­ser à l’ac­tion. Et le week-end, ils font re­lâche. »

La bri­gade de ré­pres­sion du ban­di­tisme (BRB) de Pa­ris vient de créer un groupe d’en­quê­teurs dé­dié à la lutte contre ces mal­fai­teurs pas comme les autres, dont une tren­taine d’équipes sé­vi­raient au­jourd’hui à Pa­ris, en Ilede-France et même au-de­là.

Fin mai, quatre Fran­çais de Sei­neSaint-De­nis et de la Seine-et-Marne ont été in­ter­pel­lés à Et­ter­beek, dans la ré­gion de Bruxelles (Bel­gique), par la po­lice fé­dé­rale avec le concours des en­quê­teurs de la PJ de Ver­sailles (Yve­lines). Soup­çon­nés d’avoir com­mis une quin­zaine de vols en deux mois, pour un bu­tin es­ti­mé à en­vi­ron 500 000 €, ils ont été écroués.

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