« Ces types sont hé­las très forts… »

Ro­ger*,

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - Ro­ger*, à pro­pos des faux po­li­ciers STÉ­PHANE SELLAMI

IL SE SOU­VIENT par­fai­te­ment de cet ins­tant où il a com­pris. « Les po­li­ciers ve­naient de sor­tir, je me suis pré­ci­pi­té pour les rat­tra­per mais ils ont re­fer­mé la porte de ma grille, dont l’ou­ver­ture se com­mande à dis­tance, der­rière eux. Il était trop tard… »

Ro­ger*, 88 ans, n’a pas de tré­mo­los dans la voix lors­qu’il se re­mé­more le vol dont il a été vic­time, le 3 mai, dans sa jo­lie mai­son, quelque part en Seine- Saint- De­nis. Ce j our- l à, vers 13 h 30, ce chef d’en­tre­prise à la re­traite en­tend son­ner. « Il y avait deux hommes, en te­nue de ville, qui se sont pré­sen­tés comme de la Com­pa­gnie des eaux, re­late Ro­ger. Là, j’au­rais dû com­prendre. La com­pa­gnie des eaux n’existe plus sous ce nom-là. Elle s’ap­pelle Veo­lia… »

Après avoir ex­hi­bé deux cartes pro­fes­sion­nelles, les in­con­nus in­diquent qu’ils sont ve­nus vé­ri­fier la qua­li­té de l’eau, puis lui de­mandent d’en faire cou­ler dans une cas­se­role, d’y ajou­ter du sel et de faire bouillir le tout. « Pen­dant ce temps-là, un des deux faux agents a fouillé et s’est em­pa­ré de quelques me­nus ob­jets et de 300 € que je gar­dais dans un ti­roir pour faire les courses, pré­cise-t-il. Ils sont res­tés dix mi­nutes maxi­mum. Je ne me suis dou­té de rien. » Quelques ins­tants après leur dé­part, Ro­ger en­tend à nou­veau son­ner. « Là, c’étaient deux types cos­tauds, avec des cas­quettes po­lice et un bras­sard orange au­tour du bras, qui étaient de­vant la grille de mon pa­villon, dé­taille la vic­time. Ils m’ont dit : c’est la po­lice ! On vient d’ar­rê­ter vos vo­leurs ! »

La suite du scé­na­rio im­pla­cable éla­bo­ré par l’équipe de mal­frats se met alors en place. « Ils m’ont mon­tré des cartes de po­lice, mais d’un an­cien mo­dèle, se sou­vient Ro­ger. Ils m’ont dit qu’ils fi­laient ces deux vo­leurs de­puis le ma­tin et qu’ils avaient fi­ni par les ar­rê­ter. L’un d’eux m’a pré­sen­té les ob­jets et les 300 € qu’ils ve­naient de dé­ro­ber. Mais je ne pou­vais pas en­core com­prendre ce qui était en train de se tra­mer. » Puis le piège se re­ferme. « L’un des po­li­ciers m’a dit qu’il de­vait vé­ri­fier une der­nière chose : le cof­fre­fort où je gar­dais mes va­leurs afin de consta­ter que rien ne m’avait été dé­ro­bé de plus. »

Ro­ger se rap­pelle en avoir com­po­sé la com­bi­nai­son, avant d’évo­quer « un trou noir ». « Je ne com­prends pas comment ils ont réus­si à me dis­traire pour m’écar­ter du coffre et faire en sorte que je ne puisse pas voir si mes biens étaient tou­jours là, souffle Ro­ger, per­du dans ses pen­sées. Ces types sont hé­las très, très forts… » Ces faux po­li­ciers ont vo­lé un lin­got d’or et des na­po­léons, pour une va­leur de près de 80 000 €, avant de quit­ter pres­te­ment le do­mi­cile de l’oc­to­gé­naire.

Ce der­nier se re­mé­more que les deux faux po­li­ciers por­taient dé­jà des gants en pé­né­trant chez lui. « J’au­rais dû me dire que ce n’était pas nor­mal. Quand les po­li­ciers ar­rivent chez vous, ils ne sont pas gan­tés, c’est seule­ment au mo­ment de faire leurs consta­ta­tions qu’ils en en­filent ! Ils ont aus­si fait sem­blant d’as­per­ger un pro­duit sur les en­droits où les faux agents de la Com­pa­gnie des eaux avaient po­sé leurs mains, comme pour re­le­ver leurs em­preintes. »

A pro­pos du pré­ju­dice, Ro­ger se veut phi­lo­sophe. « Vous sa­vez, j’ar­rive à un âge où les biens ma­té­riels ont moins d’im­por­tance, confie-t-il. La seule chose qui me gêne est de ne pas avoir pu trans­mettre ces va­leurs à mes en­fants. Je les gar­dais pour eux… Ces types ont pro­fi­té de ma po­si­tion d’in­fé­rio­ri­té au re­gard de mon âge. En­fin, main­te­nant, ils peuvent tou­jours re­ve­nir, je n’ai plus rien ! »

« Ils m’ont dit qu’ils fi­laient ces deux vo­leurs de­puis le ma­tin »

*Le pré­nom a été chan­gé.

Ce chef d’en­tre­prise à la re­traite a ou­vert son coffre-fort de­vant de faux po­li­ciers qui ont réus­si à l’en écar­ter pour s’em­pa­rer de ses biens.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.