UNION EU­RO­PÉENNE.

Que la jour­née fut longue pour le Pre­mier mi­nistre bri­tan­nique, convié hier au Conseil eu­ro­péen ex­tra­or­di­naire de Bruxelles pour se faire re­mon­ter les bre­telles par ses pairs. Un vrai cal­vaire.

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - Bruxelles (Bel­gique) De notre en­voyé spé­cial Un membre de la dé­lé­ga­tion fran­çaise ÉRIC HACQUEMAND

« WE WILL MISS YOU (vous al­lez nous man­quer) ! » Ce pe­tit mot d’amour à des­ti­na­tion des Bri­tan­niques est af­fi­ché en grand sur les fe­nêtres du Par­le­ment eu­ro­péen. Et pour­tant, à Bruxelles, le pre­mier Conseil eu­ro­péen d’après-Brexit a tour­né à la mau­vaise blague belge pour Da­vid Ca­me­ron qui, de­puis son pa­ri per­du du ré­fé­ren­dum, vit un vrai cal­vaire. « La honte », « le jour le plus sombre », « l’hu­mi­lia­tion », ti­traient hier les jour­naux outre-Manche. Leur cible ? Pas leur Pre­mier mi­nistre, mais le sé­lec­tion­neur an­glais Roy Hodg­son après la dé­faite face aux Is­lan­dais di­man- che. Court ré­pit, en réa­li­té, pour Ca­me­ron. Car hier soir, il a dû af­fron­ter ses pairs lors d’un dî­ner ten­du à 28 consa­cré au Brexit. Et pour­tant, avait pré­ve­nu un membre de la dé­lé­ga­tion fran­çaise, « on va tout faire pour ne pas l’hu­mi­lier lors du re­pas… ». Le Pre­mier mi­nistre de Sa Ma­jes­té a tout de même été contraint de s’ex­pli­quer de­vant des di­ri­geants es­to­nien, hon­grois ou en­core slo­vaque. De la clar­té, voi­là ce que lui ont de­man­dé les convives échau­dés par ses ater­moie­ments des der­niers jours.

« Ici, on n’est pas sur Fa­ce­book, où c’est com­pli­qué. On est ma­riés ou on n’est pas ma­riés », a pré­ve­nu le Pre­mier mi­nistre luxem­bour­geois, Xa­vier Bettel, en fai­sant ré­fé- rence aux di­verses pos­si­bi­li­tés de sta­tut conju­gal que per­met de renseigner le fa­meux ré­seau so­cial. Même An­ge­la Mer­kel a haus­sé le ton en met­tant en garde son al­lié tra­di­tion­nel contre toute ten­ta­tion d’ Eu­rope « à l a carte ». En clair, pas ques­tion pour Ca­me­ron, qui sou­haite né­go­cier une sor­tie de l’Union eu­ro­péenne « la plus construc­tive pos­sible », de prendre les avan­tages (comme l’ac­cès au mar­ché unique) en ne par­ta­geant pas les res­pon­sa­bi­li­tés (comme l’ac­cueil des ré­fu­giés). « Pour le Royaume-Uni, l’his­toire s’ar­rête avec l’Union eu­ro­péenne », a préve- nu François Hol­lande, qui ré­clame l’ou­ver­ture « sans tar­der » de la pro­cé­dure de re­trait des An­glais. Do­nald Tusk, le pré­sident du Conseil eu­ro­péen, n’a même pas in­vi­té Ca­me­ron ce ma­tin pour un pe­tit dé­jeu­ner in­for­mel à 27 sur l’ave­nir de la construc­tion eu­ro­péenne…

Ça tombe bien. Car à Londres, le feu couve aus­si. « C’est un nau­frage et Da­vid Ca­me­ron est le ca­pi­taine qui a conduit le porte-avions Grande-Bre­tagne contre les ré­cifs. C’est son héritage », lit-on dans la presse an­glaise. Car à l’aga­ce­ment des Eu­ro­péens s’ajoutent la dé­grin­go­lade de la livre ster- ling et les ap­pé­tits qui s’ai­guisent pour sa suc­ces­sion. Per­sua­dé qu’il al­lait avec ce ré­fé­ren­dum cou­per l’herbe sous le pied des eu­ro­phobes de l’Ukip, Ca­me­ron a per­du son pa­ri po­li­tique. Un an après avoir été ré­élu pour un nou­veau man­dat, le voi­là contraint de quit­ter le 10 Dow­ning Street d’ici au 9 sep­tembre, date à la­quelle son suc­ces­seur se­ra connu. Qui ? Le conser­va­teur Bo­ris John­son, is­su du camp du non à l’Eu­rope, est le fa­vo­ri des book­ma­kers. L’ex­cen­trique an­cien maire de Londres est le grand ri­val de Ca­me­ron de­puis qu’ils ont es­suyé en­semble les bancs de l’uni­ver­si­té d’Ox­ford. Su­prême hu­mi­lia­tion…

« On va tout faire pour ne pas l’hu­mi­lier lors du re­pas… »

@eri­chac­que­mand

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