49-3 : l’un l’aime, l’autre pas…

LOI TRA­VAIL. Tous deux dé­ci­dés à ne pas re­tou­cher la loi El Khom­ri, Hol­lande et Valls hé­sitent sur la fa­çon de la faire vo­ter.

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - Un dé­pu­té so­cia­liste PAU­LINE THÉVENIAUD ET AVA DJAMSHIDI MAR­TINE CHE­VA­LET

LE PRÉ­SIDENT et le Pre­mier mi­nistre se se­raient-ils ré­par­ti les rôles fa­çon « bon flic, mau­vais flic » ? Alors que la loi Tra­vail, adop­tée hier au Sé­nat dans la ver­sion dur­cie par la droite, re­vient mar­di pro­chain à l’As­sem­blée, les deux têtes de l’exé­cu­tif ne semblent pas tout à fait sur la même lon­gueur d’ondes quant à la fa­çon de la faire vo­ter… Ma­nuel Valls, lui, campe tou­jours sur sa po­si­tion d’in­tran­si­geance, qui agace à gauche. « Il est dans une lo­gique de ten­sion, re­grette-t-on dans les rangs de la ma­jo­ri­té. Il a tou­jours été de droite ! Sa­voir s’il agit par convic­tion ou stra­té­gie, c’est un vaste pro­gramme… » Autre com­men­taire acide d’un dé­pu­té so­cia­liste, qui n’est pour­tant pas f ron­deur : « Sur l’ar­ticle 2 (NDLR : qui pré­voit qu’un ac­cord d’en­tre­prise prime sur un ac­cord de branche), le pro­blème, c’est Valls. Il veut as­seoir l’image d’un homme au­to­ri­taire, in­flexible, qui ne plie pas face à la rue. »

A Ma­ti­gnon, pour l’heure, on re­fuse de dire si l’arme fa­tale du 49-3 se­ra à nou­veau dé­gai­née. « C’est une dis­po­si­tion que la Cons­ti­tu­tion pré­voit. On pré­fère ne pas avoir à l’uti­li­ser », éva­cue-t-on tout en… mar­te­lant « la vo­lon­té de faire adop­ter le texte avant la fin de la ses­sion ex­tra­or­di­naire », soit avant la fin juillet. La mé­thode hol­lan­daise se veut, elle, plus en ron­deur. A l’Ely­sée, on pro­meut ain­si la mé­thode douce avec les fron­deurs, plu­tôt que le pis­to­let sur la tempe : « Ce se­rait idéal que ce soit vo­té sans 49-3 », souffle-t-on dans l’en­tou­rage du chef de l’Etat. Car il n’a pas échap­pé à François Hol­lande que la pers­pec­tive de cet ar­ticle cas­tra­teur n’en­chante guère dans son camp… qu’il ne peut pas se mettre à dos main­te­nant qu’il a ac­cep­té de par­ti­ci­per à une pri­maire du PS. « Le 49-3, ce n’est pas ma ligne. Il est tou­jours bon de prendre la tem­pé­ra­ture avec les or­ga­ni­sa­tions syn­di­cales », re­lève un haut res­pon­sable du PS.

Voi­là pour la mé­thode. Mais sur le fond ? Là, c’est le même son de cloche : pas ques­tion de re­voir la co­pie gou­ver­ne­men­tale. « On ne va pas bou­ger, ou très peu », re­con­naît un proche du pré­sident. « Il faut gar­der l’équi­libre de ce texte, à part quelques mo­di­fi­ca­tions à la marge », re­lève-t-on en­core à l’Ely­sée. Les re­pré­sen­tants syn­di­caux ont été re­çus hier ma­tin au pa­lais pré­si­den­tiel par le conseill er so­cial du pré­sident, Mi­chel Ya­hiel. Le temps d’un bref ca­fé et de quelques échanges « cour­tois ». Ils le se­ront à nou­veau au­jourd’hui et de­main à Ma­ti­gnon pour « faire le point ». Mais, pré­vient Ma­ti­gnon, il n’y au­ra « pas de tête-à-queue ». En clair, si des pré­ci­sions peuvent être ap­por­tées sur le rôle et les com­pé­tences des branches, pas ques­tion pour le chef du gou­ver­ne­ment de dé­na­tu­rer le très contes­té ar­ticle 2. « On n’y touche pas. C’est le coeur du ré­ac­teur. On ne peut pas don­ner le sen­ti­ment qu’on n’était pas sûrs de nous sur ce coup-là », ex­plique l’en­tou­rage de Valls.

Fer­me­té d’au­tant plus as­su­mée qu’il s’agit de ne pas perdre un pré­cieux al­lié, Laurent Ber­ger, le pa­tron de la CFDT, pour qui un re­cul du gou­ver­ne­ment se­rait une « pro­fonde er­reur ». « A par­tir du mo­ment où on se met d’ac­cord avec la CGT, on perd la CFDT », cal­cule-t-on rue de Va­renne. La faible mo­bi­li­sa­tion dans les rues hier n’a pas échap­pé au plus haut som­met de l’Etat. « On voit qu’on n’est pas dans un sur­saut du mou­ve­ment », eu­phé­mise-t-on dans l’en­tou­rage du Pre­mier mi­nistre. Alors que la CGT ap­pelle à une nou­velle jour­née d’ac­tion mar­di pro­chain, Ma­ti­gnon s’ac­croche à son cre­do : « On doit te­nir. » « Il y a un en­jeu psy­cho­lo­gique pour le pays. Il faut que la France se dé­montre à el­le­même qu’elle est ca­pable de me­ner une ré­forme », ana­lyse un de ses proches. Ma­nuel Valls en fait une ques­tion de prin­cipe. Ce qui ar­range bien, au fi­nal, François Hol­lande.

« Valls veut as­seoir l’image d’un homme au­to­ri­taire, in­flexible, qui ne plie pas face à la rue »

@Pau­li­ne_Th @AvaD­jam­shi­di

A l’As­sem­blée, les fron­deurs ne désarment pas

La pa­tate chaude de la loi Tra­vail se­ra de re­tour à l’As­sem­blée le 5 juillet. Pro­vo­que­ra-telle les mêmes ef­fets dé­vas­ta­teurs à gauche que lors de sa pre­mière lec­ture en mai ? C’est pro­bable. Chez les dé­pu­tés so­cia­listes, le scé­na­rio d’un nou­veau 49-3, qui re­don­ne­rait aux fron­deurs l’oc­ca­sion de ten­ter de mettre le gou­ver­ne­ment en mi­no­ri­té, fait fré­mir. Ce ma­tin, ils re­ce­vront la mi­nistre du Tra­vail, My­riam El Khom­ri. Et en cou­lisses, cer­tains évoquent la pos­si­bi­li­té d’ul­times re­touches sus­cep­tibles d’ama­douer les op­po­sants. Il pour­rait ain­si y avoir une nou­velle écri­ture, « plus af­fi­née », du rôle des branches dans les ac­cords so­ciaux, LE su­jet de désac­cord avec les syn­di­cats. Le rap­por­teur PS du texte, Ch­ris­tophe Si­rugue, a lui aus­si re­pris son bâ­ton de pè­le­rin pour dia­lo­guer avec les fron­deurs.

Cer­tains rêvent tou­jours de mo­tion de cen­sure

« Un ac­cord est pos­sible, il est tout près. Mais il dé­pend du pré­sident. Et comme j’ai re­non­cé à exa­mi­ner les brèches entre lui et Ma­nuel Valls, peu dis­po­sé au com­pro­mis, on ver­ra bien », sou­pire Ch­ris­tian Paul, chef de file des dé­pu­tés re­belles au PS. La câ­li­no­thé­ra­pie ne convainc pas non plus Pas­cal Cher­ki. « Né­go­cier ? Ça fait quatre mois que l’exé­cu­tif ne le fait pas, s’agace le dé­pu­té fron­deur de Pa­ris. S’il existe un es­pace, qu’ils l’ouvrent s’ils veulent vrai­ment évi­ter le sketch à ré­pé­ti­tion du 49-3. » Le même as­sure que les 58 si­gna­tures né­ces­saires pour dé­po­ser une mo­tion de cen­sure de gauche se­ront cette fois au ren­dez-vous (la der­nière ten­ta­tive avait échoué à deux voix près). Le re­belle Laurent Bau­mel en­fonce le clou : « Si Hol­lande veut évi­ter un nou­veau 49-3, qu’il s’en donne les moyens et as­sume un ar­bi­trage ! Si­non, la lo­gique se­ra de re­dé­po­ser une mo­tion de cen­sure. »

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