2017 : le FN veut dra­guer pe­tits pa­trons et ou­vriers

EX­CLU­SIF. Face aux doutes per­sis­tant sur sa ca­pa­ci­té à gé­rer le pays, Ma­rine Le Pen s’ac­tive : son pro­gramme éco­no­mique, cock­tail de pa­trio­tisme et li­bé­ra­lisme, est prêt.

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - OLI­VIER BEAUMONT ET VA­LÉ­RIE HACOT

SI MA­RINE LE PEN a (presque) dis­pa­ru des ra­dars mé­dia­tiques, elle planche en cou­lisses sur son pro­gramme pré­si­den­tiel. Et par­ti­cu­liè­re­ment sur ses me­sures éco­no­miques, su­jet ô com­bien sen­sible pour le FN. Se­lon nos in­for­ma­tions, le CAP Eco (NDLR : com­mis­sion éco­no­mique du par­ti) lui re­met­tra ses nou­velles pré­co­ni­sa­tions de­main. In­ven­taire.

Une sor­tie de l’eu­ro, ver­sion soft

At­ten­tion, la can­di­date FN ver­sion 2017 n’a pas l’in­ten­tion de faire sa ré­vo­lu­tion. Les dé­bats qui ont ani­mé le par­ti après les ré­gio­nales de dé­cembre — entre les te­nants de la ligne éta­tiste de Flo­rian Phi­li­pot et les li­bé­raux à la sauce Ma­rion Ma­ré­chal-Le Pen — n’y ont rien chan­gé. « La doc­trine reste la même. On s’est juste adap­tés aux énormes évo­lu­tions de­puis cinq ans », ex­plique un de ses lieu­te­nants. Su­jet cli­vant par ex­cel­lence, la sor­tie de l’eu­ro reste donc au pro­gramme, mais n’en est pas l’al­pha et l’omé­ga.

La pa­tronne du FN a ti­ré les en­sei­gne­ments de 2012 et veut rendre cette pro­po­si­tion moins an­xio­gène en par­lant de sor­tie « concer­tée », sans « dé­va­lua­tion » ni grand bou­le­ver­se­ment : la nou­velle mon­naie na­tio­nale co­exis­te­rait avec « l’écu », qui se­rait uti­li­sé pour les échanges in­tra-eu­ro­péens. Ce re­tour au franc et à la sou­ve­rai­ne­té de la Banque de France per­met­trait se­lon elle de faire fonc­tion­ner à plein la planche à billets. C’est, à ses yeux, la so­lu­tion mi­racle : créer de la mon­naie, à hau­teur de 100 Mds€ par an, pour désen­det­ter la France.

Les pe­tits pa­trons, sa nou­velle cible

Lors des der­nières cam­pagnes, le Front s’est éloi­gné de ses fon­da­men­taux pour se po­ser en dé­fen­seur des tra­vailleurs. Stra­té­gie payante, puisque le FN réa­lise de très bons scores au­près des ou­vriers. Ma­rine Le Pen veut dé­sor­mais s’ou­vrir à d’autres ho­ri­zons électoraux, à com­men­cer par les pa­trons de PME et TPE. Ca­jo­lés dans son pro­gramme, ils bé­né­fi­cie­raient d’al­lé­ge­ments fis­caux consé­quents et d’une prio­ri­té don­née aux en­tre­prises lo­cales dans les mar­chés pu­blics.

Des pro­po­si­tions sur me­sure pour at­ti­rer cet élec­to­rat tra­di­tion­nel­le­ment de droite, dont elle a be­soin dans sa conquête de l’Ely­sée. Le FN adopte d’ailleurs dans l’en­semble une pos­ture plu­tôt li­bé­rale, très en vogue à droite. A une nuance près : « Nous avons tou­jours dé­non­cé l’ul­tra­li­bé­ra­lisme, mais nous sommes de vrais li­bé­raux », dé­crypte une de ses têtes cher­cheuses.

Les banques dans le vi­seur

Le FN en­tend dé­cré­ter « l’état d’ur­gence ban­caire » : les éta­blis­se­ments de­vraient sor­tir de l’Union ban­caire eu­ro­péenne (qui fixe des règles com­munes aux banques de l’UE) et re­trou­ver leur sou­ve­rai­ne­té. Comme François Hol­lande en 2012, Ma­rine Le Pen veut les obli­ger à sé­pa­rer leurs ac­ti­vi­tés de dé­tail (pour les par­ti­cu­liers) et d’af­faires.

Tra­vailler plus pour ga­gner plus

Sur le vo­let so­cial, elle s’ins­pire for­te­ment du slo­gan de Ni­co­las Sar­ko­zy en 2007. A la dif­fé­rence qu’elle ne fait pas du main­tien des 35 heures un in­con­tour­nable. Les en­tre­prises se­raient libres de choi­sir leur temps de tra­vail. Mais si elles sou­haitent re­ve­nir aux 39 heures, leurs sa­la­riés se­ront payés en consé­quence.

Pour ne pas gri­gno­ter leur com­pé­ti­ti­vi­té, ces heures sup se­raient in­té­gra­le­ment fi­nan­cées par… l’Etat. Comment fi­nan­cer une me­sure aus­si coû­teuse ? « Grâce aux nou­velles re­cettes gé­né­rées par des droits de douane res­tau­rés et des éco­no­mies sur l’im­mi­gra­tion », as­sure un cadre. Autre nou­veau­té, tous les mé­nages de­vraient ac­quit­ter l’im­pôt sur le re­ve­nu, même sym­bo­lique. « Même à 15 €, on consi­dère que payer l’im­pôt est une fier­té », ex­plique un membre du bu­reau po­li­tique.

Ma­rine Le Pen va po­tas­ser et ajus­ter ce pro­gramme du­rant l’été. Elle se sait très at­ten­due sur l’éco­no­mie, elle qui jure que son par­ti est « en ca­pa­ci­té de gé­rer la France ». Pour que le mes­sage passe bien au­près de sa base, une note in­terne à des­ti­na­tion des fé­dé­ra­tions et élus est en cours de ré­dac­tion. Une sorte, sou­rit un cadre, de « pro­gramme éco­no­mique de Ma­rine Le Pen pour les nuls ». @oli­vier­beau­mont et @vha­cot1

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