La du­pli­ci­té des deux amants

AS­SISES. Qui a tué Lau­rence Dro­mard, coif­feuse d’un vil­lage de la Marne, en 2010 ? Son ma­ri et la maî­tresse de ce der­nier, ju­gés de­puis lun­di à Reims, se re­jettent la res­pon­sa­bi­li­té de l’as­sas­si­nat.

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - Reims (Marne) De notre envoyée spé­ciale Le frère de Mu­rielle Bo­nin LOUISE COLCOMBET

UN ÉPAIS BROUILLARD s’est ins­tal­lé sur la cour d’as­sises de la Marne. Au deuxième jour du pro­cès de Syl­vain Dro­mard, 57 ans, ju­gé pour l’as­sas­si­nat de sa femme Lau­rence en 2010, et de Mu­rielle Bo­nin, 52 ans, sa maî­tresse et com­plice pré­su­mée, dif­fi­cile de cer­ner les contours de cette af­faire com­plexe dans la­quelle les preuves ma­té­rielles font dé­faut.

Après les ca­fouillages des pre­mières se­maines, puis quatre mois d’une en­quête s er r ée, l es gen­darmes avaient pour­tant conclu à la culpa­bi­li­té de l’ar­ti­san, pa­tron d’une me­nui­se­rie de Saint-Mar­tin-d’Ablois, un vil­lage de 1 500 âmes au coeur du vi­gnoble de Cham­pagne. Dès le dé­part, ils avaient dou­té de ce ma­ri vo­lage, prompt à par­ler d’un cam­brio­lage qui au­rait mal tour­né, au « com­por­te­ment for­cé et or­ches­tré », dé­bi­tant ma­chi­na­le­ment le ré­cit de sa jour­née et très in­quiet de sa­voir si son épouse, la coif­feuse du vil­lage re­trou­vée ago­ni­sante dans une mare de sang, « avait par­lé ou pour­rait par­ler ». S’ap­puyant sur les aveux de Mu­rielle Bo­nin, qui a seule­ment re­con­nu avoir adhé­ré au pro­jet et ache­té l’arme du crime — une batte de base-ball ja­mais re­trou­vée — le di­rec­teur d’en­quête est ve­nu lun­di re­dire sa convic­tion, lis­tant les in­dices ac­ca­blant Syl­vain Dro­mard.

« Elle avait peur, étant la maî­tresse, qu’on la soup­çonne »

« Ce n’est pas une dé­po­si­tion, c’est un ré­qui­si­toire ! » s’est d’ailleurs vi­gou­reu­se­ment in­di­gné Me Pierre Lum­bro­so, l’avo­cat du me­nui­sier pré­sen­té en fin stra­tège, qui se se­rait fa­bri­qué un ali­bi en se ren­dant os­ten­si­ble­ment à un ren­dez-vous pro­fes­sion­nel, ca­chant arme et ha­bits avant de les brû­ler — un bra­se­ro a été re­trou­vé et Syl­vain Dro­mard vu à proxi­mi­té. Mais, à la fa­veur de plu- sieurs té­moi­gnages, et sur l’in­sis­tance de Me Gé­rard Chem­la, avo­cat d’une des filles Dro­mard qui sou­tient l’in­no­cence de son père, c’est Mu­rielle Bo­nin qui s’est trou­vée hier en dif­fi­cul­té. Au mo­ment du crime, celle-ci n’a pas d’ali­bi et elle en a cher­ché un au­près d’une proche, qui a n’a pas ap­pré­cié. « Quand j’ai vu le jour­nal le len­de­main, je me suis dit la sa­lope ! Ce n’est pas ma concep­tion de l’ami­tié », a as­su­ré l’in­té­res­sée. Mu­rielle Bo­nin a en­suite je­té son té­lé­phone dans la Marne, ra­che­té la même batte de base-ball… en li­quide et à 400 km de chez elle, ra­con­té à des proches que Syl­vain Dro­mard était cou­pable, puis de­man­dé à son frère de net­toyer son or­di­na­teur com­por­tant une re­cherche sur In­ter­net, « comment se pro­cu­rer une arme ? ».

« Elle avait peur, étant la maî­tresse, qu’on la soup­çonne », a dit le frère. Mu­rielle Bo­nin a sou­te­nu du­rant l’en­quête qu’elle avait com­pris trop tard que son amant avait choi­si ce 15 juillet 2010 pour agir. Les échanges de SMS dans son té­lé­phone, re­pê­ché par les en­quê­teurs, montrent en tout cas son in­sis­tance : « Tu m’as dit avant le 17 », écrit-elle le 1er juillet. Puis, « s’il ne se passe rien […] ce­la vou­dra dire que tu re­fuses de la quit­ter et que tu pré­fères me perdre », me­nace en­core celle qui en­tre­tient de­puis deux ans une re­la­tion tor­ride avec Dro­mard, dont elle est folle amou­reuse. Une re­la­tion qui a per­du­ré après le crime, grâce à des lignes té­lé­pho­niques ca­chées et à des ré­ser­va­tions d’hô­tels sous des noms d’em­prunt.

As­sis cha­cun à une ex­tré­mi­té du banc qu’ils doivent par­ta­ger toute la se­maine, les ex-amants n’ont plus un re­gard l’un pour l’autre. Qui ma­ni­pule qui ? Qui a pié­gé qui ? Les deux amants — qui en­courent la per­pé­tui­té — ont-ils pu agir de concert ? Et à qui ap­par­tient donc cette em­preinte de chaus­sures poin­ture 39-40, celle de Mu­rielle Bo­nin, re­trou­vée sur le lieu du crime ? Preuve de sa pré­sence sur les lieux ou mise en scène du ma­ri pour l’ac­ca­bler ? Les in­ter­ro­ga­toires des deux pro­ta­go­nistes, pré­vus au­jourd’hui, de­vraient sans doute per­mettre quelques éclair­cies. Ver­dict ven­dre­di.

Cour d’as­sises, Reims (Marne), hier. As­sis cha­cun à une ex­tré­mi­té du banc qu’ils doivent par­ta­ger toute la se­maine, Syl­vain Dro­mard et Mu­rielle Bo­nin n’ont plus un re­gard l’un pour l’autre.

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