Ce qu’il faut sa­voir sur ces

Aty­piques et ir­ré­sis­tibles, les joueurs ve­nus du pays des gey­sers, hé­roïques face aux An­glais en 8es, font souf­fler un air frais sur l’Eu­ro. Mais qui sont-ils ?

Aujourd'hui en France - - L’ACTUALITÉ DES RÉGIONS - Nice (Alpes-Ma­ri­times) De notre en­voyé spé­cial YVES LE­ROY

LEUR PRÉ­SENCE à l’Eu­ro était dé­jà un ex­ploit, leur qua­li­fi­ca­tion en quarts de fi­nale, qui au­ra lieu di­manche contre la France, est in­vrai­sem­blable. Tout dans le par­cours de l’Is­lande, tom­beuse de l’An­gle­terre lun­di soir, ren­voie à l’es­sence du foot­ball : la gé­né­ro­si­té, le col­lec­tif, la re­pré­sen­ta­tion d’un peuple…

Comment un pays de 330 000 ha­bi­tants (moins que la ville de Nice) peut-il réa­li­ser cette per­for­mance ? Comment près de 10 % de la po­pu­la­tion peut-elle quit­ter un caillou gla­cé de l’At­lan­tique Nord pour suivre son équipe ? Le par­cours to­ta­le­ment aty­pique de cinq membres de la sé­lec­tion éclaire l’in­croyable aven­ture des fu­turs ad­ver­saires des Bleus. Sa barbe rousse, ses traits sé­vères, ses ta­touages font pen­ser sans trop d’ef­forts aux an­cêtres du fa­meux ca­pi­taine. Pour­tant, Aron Gun­nars­son, 27 ans, au­rait pu faire par­ler sa hargne dans un tout autre uni­vers, ce­lui du hand­ball. Il s’agit du deuxième sport phare du pays qui a dé­cro­ché en 2008 une mé­daille d’ar­gent aux JO de Pé­kin. Son frère Ar­nor est pro­fes­sion­nel dans le club al­le­mand de Ber­gi­scher et en équipe na­tio­nale.

Aron n’a aban­don­né dé­fi­ni­ti­ve­ment le hand qu’à 17 ans. Avant ce­la, il a été l’un des plus jeunes joueurs à évo­luer dans le cham­pion­nat na­tio­nal, à 15 ans. Le mi­lieu de Car­diff a conser­vé un cer­tain goût pour le jeu à la main. Il est le spé­cia­liste des touches longues. C’est après l’une de ses re­mises en jeu mis­sile que l’Is­lande a éga­li­sé contre l’An­gle­terre. « On sait exac­te­ment ce que l’on fait, c’est l’une de nos armes », as­sure-t-il. Le gar­dien Hannes Hall­dors­son illustre la dif­fi­cul­té de vivre du foot­ball sur l’île où le cham­pion­nat ne se dis­pute que l’été du fait des condi­tions cli­ma­tiques. Il n’a en­dos­sé ce mé­tier à temps plein qu’il y a quatre ans, à 28 ans, quand il a été trans­fé­ré en Nor­vège, l’une des terres d’exil pri­vi­lé­giées pour Is­lan­dais (sept joueurs évo­luent en Suède, trois en Nor­vège, deux au Pays de Galles, deux en Ita­lie). Il en a pro­fi­té pour exer­cer le mé­tier de vi­déaste, sa pas­sion d’en­fance, alors qu’il jouait en pre­mière di­vi­sion lo­cale. Hall­dors­son a par­ti­ci­pé à la créa­tion de spots pu­bli­ci­taires et de courts-mé­trages.

En 2012, il réa­lise même le clip des can­di­dats de son pays à l’Eu­ro­vi­sion. Ce qui n’est pas une mince af­faire. Le concours de chant était, avant l’Eu­ro, l’évé­ne­ment le plus re­gar­dé de l’an­née à la té­lé­vi­sion is­lan­daise. Hall­dors­son a dé­jà mis ses ta­lents au ser­vice de l’équipe, en fil­mant pour une chaîne na­tio­nale le par­cours des Stra­kar­nir Ok­kar dans les qua­li­fi­ca­tions de la Coupe du monde 2014.

Il y a Aron Gun­nars­son, le hand­bal­leur Il y a Hannes Hall­dors­son, le réa­li­sa­teur Il y a Hei­mir Hall­grim­sson, le den­tiste

Hei­mir Hall­grim­sson, 49 ans, est le par­fait sym­bole de l’Is­lande. Co­sé­lec­tion­neur mais aus­si den­tiste tou­jours en exer­cice, sur l’une des pe­tites îles de Vest­mann. Des terres à une de­mi­heure de fer­ry de l’île prin­ci­pale et à trois heures de la ca­pi­tale, Reyk­ja­vik, qui en­dur­cissent le cuir et le ca­rac­tère. « Rien n’est trop gros pour nous », a-t-il cla­mé lun­di. Une fier­té et une confiance for­gées dans l’ADN lo­cal. « On est uniques et on aime ça », tra­duit An­dri Yr­kill Vals­son, jour­na­liste pour « Mor­gun­bla­did », le plus grand quo­ti­dien is­lan­dais.

Ce­lui-ci pré­sente Hall­grim­sson comme « une co­pie conforme » de Lars Lä­ger­back, l’autre sé­lec­tion­neur de l’équipe. Le Sué­dois a d’abord en­ga­gé Hall­grim­sson comme ad­joint, en 2011, avant de lui faire prendre du ga­lon. Il lui cé­de­ra la main après l’Eu­ro. Il se­ra alors peut-être temps de ti­rer le ri­deau du ca­bi­net den­taire.

Il y a Ei­dur Gud­john­sen, qui a rem­pla­cé… son père

Ei­dur Gud­john­sen au­ra 38 ans en sep­tembre et il n’est plus que l’ombre de l’at­ta­quant qui a brillé à Chel­sea et à Bar­ce­lone (de 2000 à 2009). L’his­toire du bu­teur avec la sé­lec­tion is­lan­daise a com­men­cé d’une ma­nière sans doute unique au monde. Il a por­té ce maillot pour la pre­mière fois à l’âge de 17 ans, en rem­pla­çant son père Ar­nor, qui a re­pré­sen­té le pays à plus de soixante re­prises.

Gud­john­sen fils n’a dis­pu­té que sept mi­nutes de­puis le dé­but du tour­noi, mais il reste un lea­deur in­con­tes­té. Il in­fuse son ex­pé­rience à l’en­traî­ne­ment ou dans le se­cret du camp de base d’Annecy. A mi-che­min entre deux mondes : « Il fait un bou­lot vi­tal. Il parle aux joueurs, aide les en­traî­neurs », sou­ligne Hall­grim­sson. Vingt ans après son père, c’est au tour d’Ei­dur de pas­ser le re­lais à une nou­velle gé­né­ra­tion.

Al­lianz Ri­vie­ra (Nice), lun­di. Après un match hé­roïque, les Is­lan­dais sa­luent leurs sup­por­teurs pré­sents dans les tri­bunes. Ci-des­sous, les sé­lec­tion­neurs Hei­mir Hall­grim­sson (à gauche), tou­jours den­tiste dans une pe­tite île au large de l’Is­lande, et Lars Lä­ger­back, qui ar­rê­te­ra après l’Eu­ro. Al­lianz Ri­vie­ra, lun­di. Ei­dur Gud­john­sen, an­cien joueur du Bar­ça, em­brasse son fils à la fin de la ren­contre contre l’An­gle­terre. Al­lianz Ri­vie­ra, lun­di. Aron Gun­nars­son, 27 ans, est le spé­cia­liste des touches longues dans l’équipe. Et pour cause, il a été hand­bal­leur jus­qu’à ses 17 ans.

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