Les Bleus face à un piège psy­cho­lo­gique...

Quart de fi­nale (di­manche).

Aujourd'hui en France - - L’ACTUALITÉ DES RÉGIONS - LIo­nel Char­bon­nier, cham­pion du monde 1998 DO­MI­NIQUE SÉVÉRAC

DI­DIER DES­CHAMPS va de­voir lut­ter toute la se­maine contre l’idée que la France a de la chance, qu’elle ne pou­vait rê­ver mieux que cette Is­lande pour un quart de fi­nale, qu’elle lui est bien su­pé­rieure. Psy­cho­lo­gi­que­ment, l’ap­proche de cette ren­contre res­semble à un piège.

« Il n’y a pas pire ! juge Ch­ris­tophe Du­gar­ry, cham­pion du monde 1998. C’est hor­rible à pré­pa­rer en termes de mo­ti­va­tion et de pré­pa­ra­tion. » « Oui, c’est le match de Coupe par ex­cel­lence, note Luis Fer­nan­dez, cham­pion d’Eu­rope en 1984. Si les Bleus pensent que ce sont que des Is­lan­dais en face, ils sont morts ! »

« Je l’ai vé­cu avec Bordeaux contre Ca­lais qui ta­pait des Ligue 1 à chaque tour, se sou­vient Du­gar­ry. On s’est dit : Pas nous quand même ! Eh ben si ! Tu as beau te dire et te re­dire que c’est un piège, tu tombes de­dans ! In­cons­ciem­ment, tu as ten­dance à en mettre moins que l’ad­ver­saire. »

Toute la France ima­gine ain­si dé­jà les Bleus pas­ser. Ils sont fa­vo­ris, parce que c’est l’Eu­ro en France, parce que c’est l’Is­lande, une na­tion qu’ils au­raient rê­vé de ren­con­trer si on leur avait lais­sé le choix avant le dé­but de la com­pé­ti­tion. « Or, les Bleus ont du mal à as­su­mer ce sta­tut de­puis le dé­but du tour­noi, rap­pelle Em­ma­nuel Pe­tit, autre cham­pion du monde 1998. A chaque pre­mière pé­riode, ils sont ner­veux. C’est une équipe de France en per­ma­nence à deux vi­sages. Elle se­ra face une sé­lec­tion dé­com­plexée qui a dé­jà réus­si son Eu­ro. L’Is­lande n’a rien à perdre, bien au contraire. » Luis Fer­nan­dez ap­puie dans le même sens : « On n’y ar­rive pas pour l’ins­tant avec ce sta­tut de fa­vo­ri. On ne se lâche pas. »

Lio­nel Char­bon­nier, cham­pion du monde aus­si, pré­vient : « Il s’agi­ra de la même pres­sion que lors du match d’ou­ver­ture France - Rou­ma­nie. On n’aime pas du tout être fa­vo­ris. On n’a pas les épaules so­lides pour ça. Jus­qu’à main­te­nant, l’en­jeu a pris le des­sus. Pa­ra­doxa­le­ment, j’es­time que le scé­na­rio contre l’Eire nous a ser­vis. Ce pé­nal­ty d’em­blée a mis les Bleus dos au mur et ils n’ont plus eu le choix. »

Comment ré­agit un joueur quand il lit ou en­tend pen­dant six jours qu’il va se qua­li­fier ? Fi­nit-il par le croire ? Peut-il in­cons­ciem­ment faire preuve de suf­fi­sance ? « Non, ce­la ne dé­teint pas sur les joueurs, juge Thier­ry Lau­rey, le nou­vel en­traî­neur de Stras­bourg. C’est im­pos­sible avec ces joueurs-là et ce sé­lec­tion­neur-là. Llo­ris, Kos­ciel­ny, Ma­tui­di, Pog­ba, Gi­roud et com­pa­gnie savent exac­te­ment à quoi s’at­tendre grâce à leur ADN de joueurs de très haut ni­veau. Il n’y au­ra pas de re­lâ­che­ment. Ce qui a tué l’An­gle­terre, c’est d’ou­vrir le score ra­pi­de­ment, d’être dans le confort et de croire que le plus dur avait été fait. Pour que les Bleus prennent le match par le bon bout, ils doivent al­ler cher­cher le pu­blic. Certes, les spec­ta­teurs ne marquent pas des buts mais ils vont les ai­der dans quand ça va être dur. Il faut em­me­ner le pu­blic avec soi. »

Luis Fer­nan­dez conclut : « Il faut se dire qu’en face, ce sont des cham­pions du monde, re­le­ver le ni­veau d’im­pli­ca­tion et ne ja­mais les lais­ser rê­ver. »

« On n’aime pas du tout être fa­vo­ris »

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