La Tur­quie sous le choc

TER­RO­RISME. Le triple attentat sui­cide à l’aé­ro­port d’Is­tan­bul, qui a fait au moins 41 morts mar­di soir, montre que ce pays aux portes de l’Eu­rope reste une cible pri­vi­lé­giée.

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - D.M. ET ROBIN KORDA

LA TUR­QUIE a dé­cré­té une jour­née de deuil na­tio­nal hier. Au moins 41 per­sonnes, dont 13 res­sor­tis­sants étran­gers, ont été tuées mar­di soir, aux­quelles s’ajoutent 239 bles­sés, dans le triple attentat sui­cide à l’aé­ro­port in­ter­na­tio­nal Atatürk d’Is­tan­bul. Deux Fran­çais au­raient été lé­gè­re­ment bles­sés, a pré­ci­sé hier Fran­çois Hol­lande. L’at­taque, rap­pe­lant les at­ten­tats dji­ha­distes de Pa­ris le 13 no­vembre 2015 et de Bruxelles l e 22 mars, n’avait pas été re­ven­di­quée hier soir. Mais elle porte la marque de l’Etat is­la­mique (EI) — qui jus­qu’ici n’a ja­mais ex­pli­ci­te­ment re­ven­di­qué ses ac­tions sur le sol turc. Il s’agit de l’attentat le plus meur­trier à Is­tan­bul, dé­jà vi­sé trois fois cette an­née.

Il est en­vi­ron 22 heures mar­di quand tout le monde se met à cou­rir dans le ter­mi­nal des vols in­ter­na­tio­naux. « C’est la pa­nique, ra­conte Fe­rence Isaacs, un pho­to­graphe su­da­fri­cain de 38 ans qui at­ten­dait sa cor­res­pon­dance pour Le Cap. J’ai l’im­pres­sion d’être blo­qué dans un film, j’es­saie de com­prendre ce qui se passe. » Il aborde une hô­tesse de la com­pa­gnie Tur­kish Air­line. « Il y a eu une bombe », lui dit-elle, pré­ci­sant au Sud-Afri­cain, « com­plè­te­ment sous le choc », que l’en­droit est sûr « car il s’agit d’une zone in­ter­na­tio­nale de l’aé­ro­port ». C’est ici qu’il se­ra confi­né pen­dant ce qui lui semble du­rer deux heures. « Je tente de ré­con­for­ter des gens qui pleurent. Très peu parlent an­glais. Je suis seul. »

Une lutte com­mune contre le ter­ro­risme

Non loin, deux ex­plo­sions ont re­ten­ti et trois ka­mi­kazes ar­més de ka­lach­ni­kov ont ti­ré dans la foule avant de se faire ex­plo­ser. La po­lice ar­ri­vée sur place, les voya­geurs quittent l’aé­ro­port. « En tra­ver­sant le ter­mi­nal, pour­suit Isaacs, je sens cette odeur dis­tincte, proche de celle des feux d’ar­ti­fice, mais hor­rible. Une par­tie du pla­fond est dé­truite. Il y a du sang par terre, cou­vert par des sacs. Il semble avoir dé­jà sé­ché. » Alors que tout le sec­teur est bou­clé par la po­lice et l’ar­mée, les té­lé­vi­sions montrent le bal­let des am­bu­lances et des scènes de pa­gaille de­vant un hô­pi­tal sub­mer­gé par des proches cher­chant à avoir des nou­velles de voya­geurs.

Hier, l e pré­sident turc Re­cep Tayyip Er­do­gan a ex­hor­té la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale à une « lutte com­mune » contre le ter­ro­risme. « Cette at­taque, qui s’est dé­rou­lée pen­dant le ra­ma­dan, montre que le ter­ro­risme frappe sans consi­dé­ra­tion de foi ni de va­leurs », a dit le chef de l’Etat. Fran­çois Hol­lande a condam­né un « acte abo­mi­nable », ap­pe­lant aus­si à un ren­for­ce­ment de la co­opé­ra­tion in­ter­na­tio­nale en ma­tière de lutte an­ti­ter­ro­riste.

Les vols ont été sus­pen­dus quelques heures au dé­part de cet aé­ro­port, le plus grand de Tur­quie et le 11e dans le monde, avec ses 60 mil­lions de pas­sa­gers en 2015. Hier, le tra­fic aé­rien avait re­pris. Mais en ce dé­but d’été, la Tur­quie, dé­jà éprou­vée par les at­ten­tats de­puis l’an der­nier, sait qu’elle va sans au­cun doute su­bir une nou­velle baisse du nombre de ses tou­ristes.

Is­tan­bul (Tur­quie), hier. Les proches des vic­times de l’attentat le plus meur­trier de la mé­tro­pole turque ont com­men­cé à in­hu­mer leurs morts, alors que le pays avait dé­cré­té hier un jour de deuil na­tio­nal.

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