Hol­lande cible « Ma­dame Frexit »

PRÉSIDENTIELLE. Pour le chef de l’Etat, la cam­pagne de 2017 se joue­ra en par­tie sur l’Eu­rope après le Brexit. Hier, il a lan­cé l’of­fen­sive contre les eu­ros­cep­tiques, Jean-Luc Mé­len­chon et Ma­rine Le Pen en tête.

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - Bruxelles (Bel­gique) De notre en­voyé spé­cial ÉRIC HACQUEMAND

C’EST L’INVITÉE SURPRISE de cette fin de man­dat. Avec le Brexit, voilà l’Eu­rope qui bous­cule la préc a mpag n e f r a n ç a i s e d e 2 0 1 7 . « L’élec­tion présidentielle va se jouer aus­si sur la par­ti­ci­pa­tion de la France à l’Union eu­ro­péenne », a vo­lon­tiers dra­ma­ti­sé Fran­çois Hol­lande hier au deuxième et der­nier jour du Conseil eu­ro­péen ex­cep­tion­nel de Bruxelles. A moins d’un an de l’élec­tion, le pré­sident se sait as­sailli par les po­pu­listes de tout poil. Il a donc d’ores et dé­jà en­ga­gé la ri­poste. « Le Brexit peut ser­vir de le­çon », a-t-il pré­ve­nu, alors que la livre ster­ling plonge et que la Ci­ty est dé­sta­bi­li­sée. « Les po­pu­listes et ex­tré­mistes doivent sa­voir quelles sont les consé­quences. »

L’ob­jec­tif du pré­sident, qui se rêve en rem­part des eu­ro­philes, est clair : dé­mon­trer par l’ab­surde aux élec­teurs de Ma­rine Le Pen ou de Jean-Luc Mé­len­chon que « le Brexit est da­van­tage un pro­blème qu’une so­lu­tion ». Il ne fau­dra donc pas comp­ter sur Hol­lande pour avoir une at­ti­tude conci­liante à l’égard de Da­vid Ca­me­ron dans les né­go­cia­tions qui vont s’ou­vrir en vue du re­trait an­glais de l’UE. Sauf à of­frir une prime à ceux qui veulent, dit-il, « la dis­lo­ca­tion de l’Union ».

Bien dé­ci­dé à me­ner une of­fen­sive an­ti­po­pu­liste, il a aus­si dur­ci le ton sur l’im­mi­gra­tion illé­gale et « la pro­tec­tion » de l’Eu­rope de­ve­nue, tout un sym­bole, la prio­ri­té nu­mé­ro un. Certes, le pré­sident ne ré­clame pas la sus­pen­sion de l’es­pace Schen­gen, qui ga­ran­tit la libre cir­cu­la­tion des per­sonnes. Mais il plaide pour « le ré­ta­blis­se­ment d’un contrôle ef­fec­tif des fron­tières » ex­té­rieures de l’UE. Comment ? « Par un ren­for­ce­ment consi­dé­rable des gardes-côtes et gardes-fron­tières eu­ro­péens ». « Les pro­chaines se­maines vont être dé­ci­sives », af­firme-t-il. En sep­tembre, lors d’une nou­velle ren­contre à Bra­ti­sla­va (Slo­va­quie), les 27 ren­dront leur co­pie. Outre la pro­tec­tion face au ter­ro­risme, la jeu­nesse et la crois­sance é c o n o mi q u e c o n s t i t u e r o n t la feuille de route dé­fi­nie avec la chan­ce­lière An­ge­la Mer­kel et l’Ita­lien Mat­teo Ren­zi. Avec un ob­jec­tif dans les six mois qui suivent : « Des ini­tia­tives ! » Car, in­siste Fran­çois Hol­lande, « rien ne se­rait pire que le sta­tu quo ». Au­cun nou­veau Mec­ca­no ins­ti­tu­tion­nel n’est donc à l’ordre du jour. An­ge­la Mer­kel l’a re­dit hier, quitte à contre­dire son ex-al­lié Ni­co­las Sar­ko­zy : « On ne va pas chan­ger les trai­tés. Il faut agir de la fa­çon la plus simple et la moins bu­reau­cra­tique pos­sible. » En ce qui concerne l’or­ga­ni­sa­tion d’un ré­fé­ren­dum, Hol­lande, plom­bé en 2005 par la vic­toire du non à la Cons­ti­tu­tion eu­ro­péenne en France, n’y songe sur­tout pas.

« On ne dé­cide pas d’un ré­fé­ren­dum par conve­nance per­son­nelle ou ha­bi­le­té po­li­tique »

« On ne dé­cide pas d’un ré­fé­ren­dum par conve­nance per­son­nelle ou ha­bi­le­té po­li­tique », cri­tique-t-il en poin­tant du doigt « Ma­dame Frexit » (pour « French exit »). Com­prendre : Ma­rine Le Pen. En outre, seuls 45 % des Fran­çais sont fa­vo­rables à un ré­fé­ren­dum se­lon un son­dage Elabe pu­blié hier, soit moins d’un sur deux. Sauf que, à lire les conclu­sions du som­met eu­ro­péen, ré­con­ci­lier les Fran­çais avec l’Eu­rope en moins d’un an pa­raît com­pli­qué. Au­cun pon­cif ne manque au texte. De la né­ces­si­té d’ap­por­ter « plus de crois­sance, plus d’em­plois », à la mise en place d’une « ré­flexion po­li­tique pour al­ler plus loin dans les ré­formes ». Un ro­bi­net d’eau tiède qui fe­ra plai­sir… aux ad­ver­saires de l’Eu­rope. @eri­chac­que­mand Ce que pensent les Fran­çais d’un « Frexit »

Bruxelles (Bel­gique), hier. Fran­cois Hol­lande, ac­com­pa­gné de Har­lem Dé­sir, se­cré­taire d’Etat char­gé des Af­faires eu­ro­péennes (à gauche), s’ap­prête à don­ner une con­fé­rence de presse lors du som­met eu­ro­péen.

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