« Ça va se jouer dans la rue… »

SO­CIAL. Au gou­ver­ne­ment qui pro­pose d’as­sou­plir — un peu — sa loi Travail, Phi­lippe Mar­ti­nez, le nu­mé­ro un de la CGT ré­pond que ça ne suf­fit pas. Le bras de fer conti­nue.

Aujourd'hui en France - - ÉCONOMIE - Pro­pos re­cueillis par BORIS CASSEL ET VINCENT VÉRIER

C’EST L’IMPASSE. Hier, le Pre­mier mi­nistre, Ma­nuel Valls a re­çu les or­ga­ni­sa­tions syn­di­cales, sur la loi El Khom­ri. Et, pour ten­ter de trou­ver une is­sue au conflit qui dure de­puis quatre mois, le gou­ver­ne­ment leur a pré­sen­té deux mo­di­fi­ca­tions du texte de loi. S’il n’est pas ques­tion de re­ve­nir sur le fa­meux ar­ticle 2 qui donne la pri­meur des ac­cords d’en­tre­prise sur les ac­cords de branche (temps de travail, dé­clen­che­ment des heures sup­plé­men­taires etc.), le gou­ver­ne­ment dit être prêt à y mettre des garde-fous. Ain­si, la pé­ni­bi­li­té et l’éga­li­té pro­fes­sion­nelle ne se­ront né­go­ciées qu’au ni­veau de la branche. Phi­lippe Mar­ti­nez, se­cré­taire gé­né­ral de la CGT, consi­dère ces avan­cées « lar­ge­ment in­suf­fi­santes ». In­ter­view. Fran­çois Hol­lande, af­firme, une nou­velle fois, dans une in­ter­view aux « Echos » pu­bliée au­jourd’hui, qu’il ne tou­che­ra pas à l’ar­ticle 2. Il n’écarte pas non plus de re­cou­rir au 49.3. Qu’en pen­sez-vous ? PHI­LIPPE MAR­TI­NEZ. Ce n’est pas un scoop. Comme son Pre­mier mi­nistre, le Pré­sident de la Ré­pu­blique n’écoute pas le peuple. Pour le 49.3, on peut en­tendre qu’il se trompe une fois. Mais deux, ça confirme que lui et son gou­ver­ne­ment sont bien éloi­gnés de la vie des ci­toyens et des tra­vailleurs. Ils ne veulent pas trou­ver de so­lu­tions. Face à un tel mur, comme sou­vent, ça va se jouer dans la rue. Le gou­ver­ne­ment a com­men­cé à adap­ter sa loi. Y voyez-vous l’ef­fet de votre mou­ve­ment ? Evi­dem­ment. Le gou­ver­ne­ment peut dire ce qu’il veut, mais la mo­bi­li­sa­tion pèse et l’a obli­gé à lâ­cher du lest. Ce qui est pris, n’est plus à prendre. Ma­nuel Valls re­cule pe­tit à pe­tit. Mais nous sommes en­core très loin du compte. Ma­nuel Valls ne peut pas faire comme si rien ne se passe dans le pays. L’opi­nion pu­blique est clai­re­ment dé­fa­vo­rable à ce texte. La ques­tion de la hié­rar­chie des normes (NDLR : le f a me u x a r t i c l e 2 ) de­meure. Nous avons re­dit au Pre­mier mi­nistre qu’il y avait un risque de dum­ping so­cial. Il nous a ré­pon­du : j’as­sume ce risque. Valls ne veut pas dia­lo­guer. En adap­tant son texte, comme il vient de le pro­po­ser, le gou­ver­ne­ment peut-il di­vi­ser

« L’opi­nion pu­blique est clai­re­ment dé­fa­vo­rable à ce texte »

le front syn­di­cal ? Entre la CGT et les autres or­ga­ni­sa­tions syn­di­cales, dont Force Ou­vrière, il n’y a au­cun pro­blème. J’ai croi­sé Jean-Claude Mailly au­jourd’hui (hier), nous avons exac­te­ment les mêmes po­si­tions sur le res­pect de la hié­rar­chie des normes. Nous n’avons au­cune dif­fé­rence d’ap­pré­cia­tion sur le pro­jet gou­ver­ne­men­tal. L’été est sou­vent fa­tal aux mou­ve­ments so­ciaux. Le temps joue-t-il contre vous ? On a mo­bi­li­sé et nous al­lons conti­nuer à le faire Il y au­ra de nom­breuses ini­tia­tives cet été, no­tam­ment dans les villes dé­parts du Tour de France pour dis­cu­ter avec la po­pu­la­tion. En­suite, à la ren­trée, nous au­rons de nou­veau l’oc­ca­sion de mon­trer que nous en sommes pas d’ac­cord avec cette loi. Oui, mais elle se­ra alors dé­fi­ni­ti­ve­ment adop­tée… Une loi vo­tée peut ne ja­mais être ap­pli­quée. Le­con­trat pre­mière em­bauche, en est l’exemple. La loi avait été adop­tée en 2006 mais les dé­crets n’ont ja­mais été pu­bliés. Comment in­ter­pré­tez-vous la fer­me­té de Ma­nuel Valls ? On a l’im­pres­sion que, pour lui, ce qui se passe dans la rue n’existe pas. C’est grave. La loi travail est pour le Pre­mier mi­nistre une fa­çon de se construire son ave­nir po­li­tique. L’en­jeu de cette loi, c’est l’ave­nir des sa­la­riés et pas de dé­ter­mi­ner qui se­ra can­di­dat à l’élec­tion présidentielle. J’ai l’im­pres­sion que ces échéances élec­to­rales le pré­oc­cupent plus que la loi travail ! Y’au­ra-t-il dans les heures qui viennent d’autres contacts avec Ma­ti­gnon ? Je sors au­jourd’hui (hier) du bu­reau de Ma­nuel Valls sans date de ren­dez­vous. Mais, bon, il a mon nu­mé­ro de té­lé­phone Et, au cas où il n’au­rait pas bien com­pris, je veux bien lui ré­ex­pli­quer les choses.

Pa­ris, mar­di. Pour Phi­lippe Mar­ti­nez, se­cré­taire gé­né­ral de la CGT, l’été ne de­vrait pas en­ta­mer la mo­bi­li­sa­tion contre la loi travail.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.