L’ac­cès aux soins ne s’amé­liore pas

SANTÉ. Pu­blié hier par l’UFC-Que choi­sir, l’ob­ser­va­toire de l’ac­cès aux soins ré­vèle que, de­puis 2012, les me­sures prises n’ont pas em­pê­ché les dé­serts mé­di­caux de s’étendre ni ré­duit les dé­pas­se­ments d’ho­no­raires.

Aujourd'hui en France - - ÉCONOMIE - DANIEL ROSENWEG D.R.

« AGGRAVATION de la frac­ture sa­ni­taire », « me­sures contre-pro­duc­tives »… L’as­so­cia­tion de consom­ma­teurs UFC-Que choi­sir n’avait pas de mots as­sez durs hier pour qua­li­fier le bi­lan de la mi­nistre de la Santé, Ma­ri­sol Tou­raine, en ma­tière d’ac­cès aux soins. Son der­nier ob­ser­va­toire de l’ac­cès aux soins, pu­blié hier, pointe une aug­men­ta­tion des dé­serts mé­di­caux et une hausse de la pra­tique des dé­pas­se­ments d’ho­no­raires : « 10 mil­lions de ci­toyens re­noncent à se soi­gner. On n’a pas pris les bonnes dé­ci­sions au bon mo­ment », as­sure Daniel Bi­daut, en charge de la com­mis­sion santé à l’UFC.

Pu­blié au mo­ment où les mé­de­cins li­bé­raux et l’as­su­rance ma­la­die tentent de s’ac­cor­der sur de nou­velles pra­tiques et de nou­veaux ta­rifs pour les cinq ans à ve­nir, cette étude dé­bouche sur deux re­com­man­da­tions. Contre les dé­serts, l’UFC pro­pose de ré­duire la li­ber­té d’ins­tal­la­tion. Contre les dé­pas­se­ments, elle pré­co­nise de fer­mer l’ac­cès au sec­teur 2, où les ho­no­raires sont libres.

Da­van­tage de dé­serts mé­di­caux. « S’agis­sant des gé­né­ra­listes, 3,2 mil­lions de Fran­çais vivent en­cor e dans un dés e r t mé­di­cal , e t 14,6 mil­lions ré­sident à plus de trente mi­nutes d’un mé­de­cin », ex­plique Daniel Bi­daut. Chez les spé­cia­listes, c’est pire : « De­puis 2012, pour trou­ver un pé­diatre, gy­né­co­logue ou oph­tal­mo, la si­tua­tion s’est dé­gra­dée pour 59 % de la po­pu­la­tion », dé­taille-il. « Le re­cul de la pré­sence des mé­de­cins est gé­né­ra­li­sé, au­cune ré­gion n’est épar­gnée », ré­sume Alain Ba­zot. Des chiffres que conteste le

De très chères éco­no­mies

mi­nis­tère, qui s’ap­puie sur une étude de la Drees, la Di­rec­tion de la re­cherche, des études, de l’éva­lua­tion et des sta­tis­tiques se­lon la­quelle, en 2013, 93 % des Fran­çais vi­vaient dans une com­mune comp­tant au moins un gé­né­ra­liste.

Des dé­pas­se­ments d’ho­no­raires plus fré­quents. Se­conde rai­son de « l’aggravation de la frac­ture sa­ni­taire » dé­non­cée par l’UFC ; sans être plus éle­vés, « les dé­pas­se­ments d’ho­no­raires ont été plus fré­quents ». Les ho­no­raires des trois spé­cia­li­tés étu­diées (pé­diatres, gy­né­cos et oph­tal­mos) ont aug­men­té « de +3,5 à + 8,8 % de­puis 2012 », as­sure l’as­so­cia­tion qui a scru­té « les ta­rifs af­fi­chés ». Des chiffres contes­tés là en­core par le mi­nis­tère se­lon le­quel les dé­pas­se­ments ne cessent de bais­ser de­puis 2012. En re­vanche, l’UFC pas- se sous si­lence les « contrats res­pon­sables », qui re­pré­sentent 95 % des contrats d’as­su­rance santé.

Ins­tau­rés en 2015 sur in­ci­ta­tion fis­cale, ils im­posent aux as­su­reurs de moins prendre en charge les dé­pas­se­ments d’ho­no­raires, alour­dis­sant d’au­tant la fac­ture des pa­tients, comme vient de s’en alar­mer le CISS, un col­lec­tif réunis­sant les as­so­cia­tions de pa­tients. Une fausse bonne re­cette ? Pro­po­sé de­puis fin 2013, le con­trat d’ac­cès aux soins (CAS) a créé un nou­veau sec­teur entre le sec­teur 1, à ho­no­raires to­ta­le­ment rem­bour­sables, et le sec­teur 2, où les ho­no­raires sont libres. Le CAS avait pour ob­jec­tif d’at­ti­rer les mé­de­cins de sec­teur 2 (es­sen­tiel­le­ment des spé­cia­listes) et ain­si de ré­duire le reste à charge des pa­tients. Les si­gna­taires (pour une du­rée de trois ans) s’en­gagent en ef­fet à mo­dé­rer leurs dé­pas­se­ments et à en ré­duire la fré­quence. Peu de mé­de­cins se sont lais­sés sé­duire (12 % des oph­tal­mos, par exemple) et ceux qui ont si­gné, note l’UFC, pra­ti­quaient les plus faibles dé­pas­se­ments de leur spé­cia­li­té. Au fi­nal, in­dique l’as­so­cia­tion de consom­ma­teurs, ce dis­po­si­tif a per­mis d’évi­ter 59 M€ de dé­pas­se­ments d’ho­no­raires. Mais, s’em­presse d’ajou­ter l’UFC, les contre­par­ties ac­cor­dées aux mé­de­cins si­gna­taires (prise en charge des charges so­ciales no­tam­ment…) ont coû­té, elles, 470 M€ ! Ain­si, chaque eu­ro de dé­pas­se­ment d’ho­no­raires évi­té coûte à l’As­su­rance ma­la­die… 8 €.

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