Pou­vait-on ar­rê­ter plus tôt Sa­lah Ab­des­lam ?

TER­RO­RISME. L’en­quête par­le­men­taire sur les at­ten­tats du 13 no­vembre cherche à sa­voir si le lo­gis­ti­cien pré­su­mé des at­taques de Pa­ris au­rait pu être in­ter­pel­lé plus vite.

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - ÉRIC PELLETIER ET STÉ­PHANE SELLAMI

DES PARLEMENTAIRES, membres de la com­mis­sion d’en­quête me­née par les dé­pu­tés Georges Fe­nech (LR) et Sé­bas­tien Pie­tra­san­ta (PS), s’in­ter­rogent sur d’éven­tuels ra­tés dans l’iden­ti­fi­ca­tion de Sa­lah Ab­des­lam. Et ce­la quelques heures seule­ment après les at­ten­tats du 13 no­vembre 2015, comme l’a rap­por­té hier « le Ca­nard en­chaî­né ». La chro­no­lo­gie de la nuit sui­vant les at­taques de Daech à Pa­ris et à Saint-De­nis semble in­di­quer qu’une op­por­tu­ni­té a été man­quée au mi­lieu d’un mael­ström où se mê­laient les im­pé­ra­tifs de se­cours (130 morts et plus de 400 bles­sés) et l’ur­gence d’une en­quête ju­di­ciaire hors normes.

Vers 22 heures, alors que trois ter­ro­ristes sèment la mort au Ba­ta­clan, les po­li­ciers dé­couvrent une voi­ture sus­pecte sta­tion­née presque de­vant la salle, à l’angle du bou­le­vard Vol­taire (XIe) et de la rue Ame­lot, porte pas­sa­ger avant et coffre ou­verts. Cette Volks­wa­gen Po­lo noire porte une plaque d’im­ma­tri­cu­la­tion belge : 1 LKE 369. Deux bri­ga­diers re­çoivent l’ordre d’ef­fec­tuer une pre­mière ins­pec­tion, sans at­tendre la ve­nue de la po­lice tech­nique et scien­ti­fique (PTS). Ils doivent pro­cé­der à de pre­mières consta­ta­tions avant l’en­lè­ve­ment de la Po­lo. L’ur­gence com­mande : des as­sas­sins sont dans la ville, prêts à tuer de nou­veau. « Il s’agis­sait de me­ner une fouille som­maire, des­ti­née avant tout à trou­ver des armes ou des ex­plo­sifs », ex­plique une source proche du dos­sier. A 2 heures du ma­tin, les en­quê­teurs consignent le ré­sul­tat de leurs in­ves­ti­ga­tions.

Un con­trat de lo­ca­tion à son nom dans la voi­ture

De la voi­ture, ils ne savent qu’une chose : elle a été louée à l’agence Rent a car d’Et­ter­beek, en Bel­gique. Rien à ce stade sur l’uti­li­sa­teur. A l’in­té­rieur, une veste Za­ra, des lu­nettes, un sac à dos conte­nant un cou­teau de cui­sine… Ils poussent les vé- ri­fi­ca­tions jus­qu’à la boîte à gants, dans la­quelle ils dé­couvrent un GPS et « di­vers pa­piers cor­res­pon­dant au vé­hi­cule ». Sans plus de pré­ci­sion.

La voi­ture est trans­por­tée au ga­rage de la pré­fec­ture de po­lice, bou­le­vard Mac­do­nald à Pa­ris, dans le XIXe ar­ron­dis­se­ment. Les ex­perts l’exa­minent à par­tir de 7 h 30, après le pas­sage de dé­mi­neurs. Pen­dant des heures, l’ha­bi­tacle est pas­sé au peigne fin, jus­qu’au moindre mor­ceau de che­wing-gum sur la mo­quette : pré­lè­ve­ment de che­veux, re­cherche d’em­preintes et d’odeurs… En­fin, en dé­but d’après-mi­di, on place sous scel­lés les pa­piers du vé­hi­cule, plu­tôt dif­fi­ciles à trou­ver dans la boîte à gants.

« Re­mar­quons ce­pen­dant une pe­tite trappe […], que nous ou­vrons, et où nous dé­cou­vrons les do­cu­ments construc­teurs du vé­hi­cule. Re­le­vons éga­le­ment […] un con­trat de lo­ca­tion au nom de Ab­des­lam Sa­lah », écrit la PTS. La pre­mière men­tion du nom du lo­gis­ti­cien des at­ten­tats de Pa­ris et de Saint-De­nis ap­pa­raît en pro­cé­dure le sa­me­di 14 no­vembre, en dé­but d’après-mi­di.

Les po­li­ciers qui ont ins­pec­té la boîte à gants dans la nuit de­vant le Ba­ta­clan sont ap­pa­rem­ment pas­sés à côté. La rai­son est-elle la dif­fi­cul­té à ac­cé­der à cette fa­meuse trappe dans une se­mi-obs­cu­ri­té ?

En tout cas, quelques heures plus tard, à 9 h 10, près de Cam­brai, les gen­darmes contrôlent une Golf re­mon­tant vers Bruxelles avec trois jeunes gens à son bord. Dont un cer­tain Sa­lah Ab­des­lam, fi­ché par les Belges comme simple dé­lin­quant. En l’ab­sence de fiche de re­cherche, les mi­li­taires fran­çais n’ont au­cune rai­son de l’ar­rê­ter. Ils les laissent re­par­tir après avoir dis­crè­te­ment pho­to­co­pié leur carte d’iden­ti­té. La ca­vale d’Ab­des­lam à Bruxelles se pro­lon­ge­ra pen­dant quatre longs mois.

Res­sons-sur-Matz (Oise), le 11 no­vembre. Sa­lah Ab­des­lam (ici avec Mo­ha­med Abri­ni, fil­més par la vi­déo­sur­veillance d’une sta­tion-ser­vice), le lo­gis­ti­cien pré­su­mé des at­taques de Pa­ris, au­rait pu être iden­ti­fié plus ra­pi­de­ment après les at­ten­tats de la ca­pi­tale.

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