Faut-il les in­ter­dire au concert ?

TEN­DANCE. Les smart­phones sont de plus en plus pré­sents pen­dant les spec­tacles. Cer­tains spec­ta­teurs y voient une pos­si­bi­li­té de fil­mer le show en sou­ve­nir, d’autres une vraie nui­sance. Les ar­tistes sont par­ta­gés.

Aujourd'hui en France - - LOISIRS ET SPECTACLES - Pro­pos re­cueillis par ANTOINE TERREL ÉRIC BU­REAU

dé­ci­dé de fil­mer tout le concert. « Vous pou­vez ar­rê­ter s’il vous plaît ? » L’un des deux va alors cher­cher un vi­gile… qui dé­fend le droit de fil­mer même si ça dé­range la moi­tié du pu­blic.

Voilà ce que l’in­tru­sion des smart­phones aux concerts peut pro­vo­quer comme ré­ac­tion et in­com­pré­hen- sion. Avec le dé­ve­lop­pe­ment des ré­seaux so­ciaux Twit­ter, Fa­ce­book et Ins­ta­gram, des ap­pli­ca­tions Snap­chat et Pe­ri­scope, qui per­mettent de fil­mer et dif­fu­ser en di­rect, beau­coup de salles sont t rans­for­mées en champs d’écrans lu­mi­neux. Ce qui agace de plus en plus d’ar­tistes.

La chan­teuse new-yor­kaise Ali­cia Keys vient d’an­non­cer qu’elle veut in­ter­dire les smart­phones lors de sa pro­chaine tour­née. Elle s’est as­so­ciée à la so­cié­té ca­li­for­nienne Yon­dr pour dis­tri­buer gra­tui­te­ment à ses fans un pe­tit étui plas­tique à l’en­trée de ses concerts. Dis­tri­bué à l’ori­gine aux éco­liers amé­ri­cains pen­dant les cours, il rend le té­lé­phone in­ac­ces­si- ble grâce à un sys­tème de ver­rouillage à dis­tance.

Prince, Björk ou Keith Jar­rett avaient dé­jà ré­cla­mé que leurs concerts pa­ri­siens soient ga­ran­tis sans smart­phone. « Un ar­tiste an­glo­saxon sur deux nous le de­mande, avoue le pa­tron du Zé­nith de Pa­ris, Daniel Col­ling. Mais ils le font le jour même, trop tard. Puis­qu’il est illé­gal de mettre les smart­phones en consigne, la seule so­lu­tion est d’avoir des agents de sé­cu­ri­té qui font la chasse aux uti­li­sa­teurs. »

Un spec­ta­teur sur deux filme ou prend des pho­tos

Sur cette ques­tion, le chan­teur Axel Bauer, qui a créé il y a trois ans la GAM (Guilde des ar­tistes de la mu­sique), est par­ta­gé. « D’un côté, ça fait plai­sir aux spec­ta­teurs et ça fait par­ler de nous. Mais de l’autre, c’est gê­nant car ça nuit à l’échange d’éner­gie entre un ar­tiste et son pu­blic. Quand on filme, on ne danse pas. »

Se­lon une étude de 2014 du Pro­diss, le syn­di­cat na­tio­nal des pro­duc­teurs, un spec­ta­teur sur deux filme ou pho­to­gra­phie en concert. Sur You­Tube, 83 mil­lions de vi­déos de concerts sont dis­po­nibles, tour­nées à 95 % par des ama­teurs. « Il se­rait in­gé­rable d’in­ter­dire le por­table, sou­ligne Pierre-Ma­rie Bou­ve­ry, avo­cat du Pro­diss. La pro­po­si­tion d’Ali­cia Keys me pa­raît im­pos­sible à mettre en place. A Ber­cy, comment va-t-elle faire dis­tri­buer le sa­chet à 15 000 spec­ta­teurs et com­bien de temps ce­la pren­dra ? L’idéal, c’est la pé­da­go­gie. Si les ar­tistes de­mandent eux-mêmes à leur pu­blic de faire preuve de cour­toi­sie, le smart­phone ne se­ra plus un pro­blème. »

Plus de 83 mil­lions de vi­déos de concerts, réa­li­sées à 95 % par des ama­teurs, sont dis­po­nibles sur You­Tube.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.