« Pru­dence sur la route, ne vous gâ­chez pas l’été »

Je­hanne Col­lard,

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - Propos recueillis par FRÉ­DÉ­RIC MOUCHON

5 090 AC­CI­DENTS, 6 617 bles­sés, 360 dé­cès. Le mois de juillet 2015 avait été par­ti­cu­liè­re­ment meur­trier sur les routes de France. Pour que les dé­parts en va­cances ne se tra­duisent pas cette an­née par la même courbe mor­ti­fère, l’avo­cate Je­hanne Col­lard ap­pelle les au­to­mo­bi­listes à le­ver le pied et les au­to­ri­tés à agir. Crai­gnez-vous ces pre­miers dé­parts en va­cances ? JE­HANNE COL­LARD. Oui car ils sont sou­vent ac­ci­den­to­gènes. Pen­dant les va­cances, les au­to­mo­bi­listes ont ten­dance à se re­lâ­cher, sur­tout le jour du dé­part. Ils sont tel­le­ment pres­sés d’ar­ri­ver sur leur lieu de va­cances qu’ils ont ten­dance à rou­ler trop vite. Mais il vaut mieux perdre dix mi­nutes et ar­ri­ver en vie. Pru­dence sur la route, ne vous gâ­chez pas l’été ! Il y a en moyenne 300 dé­cès chaque mois en France sur la route et plus d’un mil­lier de per­sonnes de­viennent té­tra­plé­giques ou pa­ra­plé­giques. Et l’on connaît la rai­son de ce dé­sastre : drogue et al­cool au vo­lant, délit de fuite, re­fus de prio­ri­té, ex­cès de vi­tesse. Le mi­nistre de l’In­té­rieur a pour­tant mul­ti­plié les mesures (in­ter­dic­tion de l’oreillette, ré­duc­tion du taux d’al­cool au­to­ri­sé pour les conduc­teurs no­vices, nou­veaux ra­dars…). Oui, mais les com­por­te­ments des conduc­teurs dé­rapent de­puis de longs mois. Et j’y vois une seule rai­son : la pres­sion des contrôles, de la gen­dar­me­rie et de la po­lice, s’est re­lâ­chée. Or, on sait que la plu­part des au­to­mo­bi­listes sont sen­sibles à la peur du ké­pi et craignent de perdre des points. Pour ar­rê­ter cette hé­mor­ra­gie sur les routes et mettre un terme au re­lâ­che­ment des conduc­teurs, il faut in­ten­si­fier les contrôles. Et j e d e mande l a c r é a t i on d’ une po­lice de la route. Car, si l’on conti­nue à ce rythme, la France risque de dé­cro­cher le re­cord européen des routes les plus meur­trières. Com­ment l’ex­pli­quez-vous ? Alors que le nombre de morts sur les routes est re­par­ti à la hausse de­puis un an et de­mi (NDLR : 3,8 % de hausse entre jan­vier et mai), je suis conster­née de voir que per­sonne ne ré­agit, à droite comme à gauche. A croire que les par­tis po­li­tiques jugent dan­ge­reux de tou­cher à la voi­ture en France et que per­sonne ne veut se mettre à dos les au­to­mo­bi­listes. I l f au­drait pour­tant un si­gnal fort, comme lorsque Jacques Chi­rac avait fait de la sé­cu­ri­té rou­tière une grande cause na­tio­nale. L’im­plan­ta­tion dans la fou­lée des ra­dars au­to­ma­tiques le long de nos routes a abou­ti à une chute de 50 % du nombre de morts. Que pen­sez­vous de l’ar­ri­vée de faux ra­dars ? C’est une très bonne idée. Mais al­lons plus loin : pour­quoi ne pas ins­tal­ler des répliques de gen­darmes en car­ton le long des routes, in­ter­dire les pu­bli­ci­tés de voi­tures qui in­citent les conduc­teurs à rou­ler vite et im­po­ser aux construc­teurs de fi­nan­cer une par­tie des ef­forts de pré­ven­tion rou­tière. N’ou­blions ja­mais que les ac­ci­dents sont la pre­mière cause de mor­ta­li­té des jeunes en France. Et lors­qu’on perd quel­qu’un sur la route, ce­la en­gendre de nom­breuses consé­quences dans les fa­milles qui su­bissent ces drames : dé­pres­sion, di­vorce, perte d’em­ploi, échec sco­laire. C’est d’au­tant plus in­sup­por­table que mou­rir sur la route est un drame qui peut être évi­té.

« Il vaut mieux perdre dix mi­nutes et ar­ri­ver en vie »

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.