Abra­ca­da­bra, 2 Mds€ d’im­pôts en moins !

FIS­CA­LI­TÉ. A onze mois de la pré­si­den­tielle, Fran­çois Hol­lande a pro­mis un al­lé­ge­ment de la fis­ca­li­té des classes moyennes en 2017… à condi­tion que la crois­sance soit au ren­dez-vous. Ber­cy ne fait au­cun com­men­taire.

Aujourd'hui en France - - ÉCONOMIE - MAT­THIEU PELLOLI

AU PRIN­TEMPS, Fran­çois Hol­lande avait évo­qué une baisse d’im­pôts en pro­met­tant « un geste du cô­té des mé­nages » en 2017. Le pré­sident de la Ré­pu­blique a pré­ci­sé sa pro­messe hier dans une i nter­view aux « Echos » : « Si mal­gré le Brexit la crois­sance était de 1,7 % en 2017, ce geste fis­cal, qui ne pour­rait être su­pé­rieur à 2 Mds€, vien­drait s’ajou­ter aux al­lé­ge­ments ac­cor­dés de­puis 2014. » Les contri­buables concer­nés ? « Ma pré­fé­rence irait vers une me­sure ci­blée pour les classes moyennes », a sou­li­gné le lo­ca­taire de l’Ely­sée.

Quels fi­nan­ce­ments pour ab­sor­ber cet al­lé­ge­ment de la fis­ca­li­té des par­ti­cu­liers ? Hier, Ber­cy — semble-t-il pris de court — ne fai­sait au­cun com­men­taire. « La baisse d’im­pôts se­ra dé­ci­dée et ca­li­brée en fonc­tion de la si­tua­tion, no­tam­ment de la crois­sance et de ses consé­quences bud­gé­taires », pré­ci­sait seule­ment Christian Eckert, le mi­nistre du Bud­get. Le dé­bat d’orien­ta­tion bud­gé­taire qui s’ouvre la se­maine pro­chaine à l’As­sem­blée, pour pré­pa­rer le pro­jet de loi de fi­nances (PLF) de l’au­tomne, risque d’être com­pli­qué…

Cô­té crois­sance, les in­di­ca­teurs sont certes au vert. Fran­çois Ville­roy de Gal­hau, le gou­ver­neur de la Banque de France, s’est mon­tré confiant mal­gré la dé­ci­sion des Bri­tan­niques de quitter l’UE. L’ins­ti­tu­tion qu’il di­rige a dé­voi­lé dé­but juin une pré­vi­sion de crois­sance pour 2016 d’au moins + 1,4 %. Fran­çois Hol­lande, lui, an­nonce dé­sor­mais le chiffre de 1,6 % en 2016 et ce­lui de 1,7 % en 2017. Le hic ? Mer­cre­di, la Cour des comptes avait fait pas­ser plu­sieurs voyants au rouge, ju­geant « éle­vé » le risque que l’ob­jec­tif de ré­duc­tion du dé­fi­cit pu­blic à 2,7 % du PIB ne soit pas res­pec­té en 2017. Elle s’in­quié­tait no­tam­ment de « la masse sa­la­riale des ad­mi­nis­tra­tions », qui aug­men­te­ra consi­dé­ra­ble­ment l’an pro­chain (dé­gel du point d’in­dice, aug­men­ta­tion des ef­fec­tifs, etc.). En bref : « Les mesures an­non­cées de­puis le dé­but de l’an­née ne conduisent pas à frei­ner les dé­penses ni à com­pen­ser les nou­velles dé­penses an­non­cées, s’in­quié­tait dé­jà Di­dier Mi­gaud. Elles viennent plu­tôt alour­dir le bi­lan. » Le pré­sident de la Cour des comptes peut main­te­nant ra­jou­ter 2Mds€.

« Un geste dé­ma­go­gique » pour l’op­po­si­tion

« Ils vont être fi­nan­cés par le dé­fi­cit, donc par de la dette. C’est après moi le dé­luge… », ful­mine Gilles Car­rez, le pré­sident (LR) de la com­mis­sion des Fi­nances de l’As­sem­blée. Et de pré­ve­nir : « Le terme classes moyennes est tout à fait trom­peur. Avec 2 Mds€, le gou­ver­ne­ment ne peut ci­bler que les pe­tits re­ve­nus, l’ef­fort des classes moyennes en ques­tion ne se­ra pas di­mi­nué. » Pour l’op­po­si­tion, l’ana­lyse est toute faite, la « baisse » d’im­pôts pro­mise est avant tout « un geste dé­ma­go­gique », des­ti­né à pré­pa­rer une can­di­da­ture à l’élec­tion pré­si­den­tielle de 2017.

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