Lian­dro, vic­time col­la­té­rale du terrorisme

AS­SAUT DU RAID. L’Etat de­vra in­dem­ni­ser, se­lon une pro­cé­dure d’ex­cep­tion, les ha­bi­tants de l’im­meuble de Saint-De­nis pris d’as­saut par le Raid le 18 no­vembre.

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - Saint-De­nis (Seine-Saint-De­nis) Lian­dro NA­THA­LIE RE­VE­NU

HIER, la femme de Lian­dro, 53 ans, a dé­po­sé un dos­sier d’in­dem­ni­sa­tion au­près de SOS Vic­times 93. Sept mois et de­mi après l’as­saut du Raid à Saint-De­nis pour tra­quer Ab­del­ha­mid Abaaoud, cer­veau pré­su­mé des at­ten­tats de Pa­ris et ses com­plices, Lian­dro en­tre­voit un pe­tit es­poir et beau­coup d’in­cer­ti­tudes. « Quand et com­bien ? » s’in­ter­roge-t-il. Dans l’ap­par­te­ment du foyer Ado­ma à Saint-De­nis, ce père de trois en­fants res­sasse. Avant le ca­ta­clysme du 18 no­vembre, il avait une bonne place dans une en­tre­prise de BTP. Un sa­laire confor­table, des en­fants en bonne san­té et des pro­jets d’ave­nir.

Six heures de tirs in­ces­sants lui ont vr i l l é l e s t ym­pans : « J ’ a i des acou­phènes tout le temps. Un bzzz énorme qui m’em­pêche de dor­mir et de tra­vailler », ex­plique cet homme ori­gi­naire du CapVert. In­té­ri­maire, il était re­con­duit de­puis trois ans. « J’étais comme em­bau­ché », glisse-t-il. Sa fillette de 3 ans n’ar­rive plus à trou­ver le som­meil, sa soeur de 12 ans manque le col­lège et passe son an­goisse en grat­tant le plâtre des murs. « Nous sommes res­tés six heures ca­chés sous nos ma­te­las », ra­con- te ce père de famille. Pen­dant ce temps, le Raid avait pris po­si­tion dans l’ap­par­te­ment du des­sus pour mieux vi­ser le bâ­ti­ment d’en face où s’étaient re­tran­chés les ter­ro­ristes. « On en­ten­dait les tirs et les douilles t o mb e r d a n s l a cui­sine. »

Le c a uc he mar n’a pas ces­sé après l e 1 8 no­vembre. Une spi­rale in­fer­nale s’est mise en branle : faute d’adresse fixe, les fac­tures en souf­france se sont ac­cu­mu­lées. « On a re­çu des lettres de pour­suite d’EDF car on n’avait pas ré­si­lié notre abon­ne­ment », sou­pire Lian­dro, désa­bu- sé. Il a dû ré­gler 349 €. Même la can­tine des en­fants ré­cla­mait son dû. L’as­su­rance ne lui a rien ver­sé à ce jour. Seule la mai­rie a al­loué 250 €. Avec les 47 autres fa­milles si­nis­trées, Lian­dro a re­joint un col­lec­tif de voi­sins. Ngo­ran Ahoua, leur porte-pa­role, té­moigne : « Nous nous bat­tons de­puis des mois, nous vou­lons de vrais lo­ge­ments, un sui­vi psy­cho­lo­gique sur le long terme pour nos en­fants. » Il es­père être consi­dé­ré un jour comme vic­time du terrorisme. « A cause d’eux, on a tout per­du. On a vu la mort », lâche Lian­dro, ajou­tant, dans un pauvre sou­rire : « On a été ou­bliés. »

« On a tout per­du. On a vu la mort. » Des in­dices gê­nants pour Ja­wad, le lo­geur

Des traces d’ADN de Ja­wad Ben­daoud, le lo­geur d’Ab­del­ha­mid Abaaoud, ont été dé­ce­lées par les ex­perts sur du ru­ban adhé­sif d’un gi­let ex­plo­sif uti­li­sé par l’un des ter­ro­ristes du 13 no­vembre. Un com­po­sant re­trou­vé cinq jours après dans son ap­par­te­ment de Saint-De­nis. Deux membres du com­man­do des ter­rasses — Ab­del­ha­mid Abaaoud et Cha­kib Akrouh — étaient ve­nus s’y ca­cher et y ont trou­vé la mort lorsque l’un d’eux s’est fait ex­plo­ser pen­dant l’as­saut du Raid. Un in­dice trou­blant, mais pas for­cé­ment concluant et qui, se­lon Ja­wad Ben­daoud, s’ex­plique par la seule pré­sence des deux ter­ro­ristes chez lui. Le par­quet de Pa­ris a par ailleurs an­non­cé hier que Ham­za At­tou, 22 ans, re­mis mer­cre­di à la jus­tice fran­çaise par les au­to­ri­tés belges, a été mis exa­men et écroué en France. Le jeune homme était ve­nu à Pa­ris cher­cher Sa­lah Ab­des­lam le soir des at­taques. Il se­ra bien­tôt re­joint par Mo­ha­med Bak­ka­li, 29 ans, dont la jus­tice belge a éga­le­ment au­to­ri­sé le trans­fè­re­ment en France et qui, lui, est soup­çon­né d’avoir ai­dé à la pré­pa­ra­tion des at­ten­tats de Pa­ris.

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