La dé­rive d’un couple des­truc­teur

AS­SISES. Au pro­cès de Syl­vain Dro­mard et Mu­rielle Bo­nin, amants ac­cu­sés de l’as­sas­si­nat de la femme du pre­mier, les ex­perts ont dé­crit un couple em­por­té dans une re­la­tion toxique.

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - Reims (Marne) De notre envoyée spéciale Jean-Luc Ployé, ex­pert psy­cho­logue LOUISE COLCOMBET

JUS­QU’ICI, les dé­bats n’avaient per­mis de bros­ser qu’un ta­bleau im­pres­sion­niste, es­quis­sant, par pe­tites touches, le por­trait des ac­cu­sés. Hier, au qua­trième jour de leur pro­cès, la cour d’as­sises de la Marne s’est concen­trée sur la per­son­na­li­té de Syl­vain Dro­mard, 57 ans, et de Mu­rielle Bo­nin, 52 ans. Ce couple adul­té­rin est sus­pec­té d’avoir fo­men­té un pacte cri­mi­nel pour éli­mi­ner Lau­rence Dro­mard, épouse du pre­mier et ri­vale de la se­conde. La coif­feuse du vil­lage de Saint-Mar­tin-d’Ablois (Marne), sup­pli­ciée à coups de batte de base-ball le 15 juillet 2010, avait été re­trou­vée chez elle ago­ni­sant dans une mare de sang — une scène de crime im­pres­sion­nante dont les images, pro­je­tées à l’au­dience, ont gla­cé l’as­sis­tance.

C’est ce me­nui­sier à l’air bon­homme, por­tant jean et che­mi­sette, cet hon­nête tra­vailleur ti­tu­laire d’un CAP qui s’est fait tout seul, ce père de famille ai­mant, qui est ac­cu­sé d’avoir bru­ta­le­ment tué sa femme. Un as­sas­si­nat qu’il a tou­jours nié, mal­gré les aveux pré­cis de son ex-maî­tresse, pour­sui­vie pour com­pli­ci­té.

A la barre, bien qu’em­pê­tré dans de gros­sières contra­dic­tions, il se montre sûr de lui, presque ar­ro­gant. Un homme que les ex­perts psy­chiatre et psy­cho­logue dé­crivent comme « fruste » et « nar­cis­sique », fier de sa réus­site et de ses conquêtes. « Quand il parle de sexe, ce n’est pas très ro­man­tique », eu­phé­mise l’un, quand le se­cond se montre presque ou­tré de la fa­çon dont il évoque Mu­rielle Bo­nin, « un ob­jet sexuel qu’il ré­sume à ses ori­fices ». Son épouse, pour la­quelle on lui re­proche de n’avoir jusque-là mon­tré au­cune émo­tion à l’au­dience, était-elle au cou­rant de ses in­fi­dé­li­tés ? « Elle sait ce que c’est, l’adul­tère… » lâche-t-il mal­adroi­te­ment, al­lu­sion au fait qu’ils se sont connus alors qu’il était dé­jà ma­rié. Une amie confirme sans am­bages : « Au ré­veillon, il a es­sayé d’em­bras­ser sa voi­sine de droite alors que Lau­rence était as­sise à sa gauche. »

« J’ai tou­jours été vo­lage », re­con­naît-il, con­cé­dant une « ad­dic­tion » face à une pré­si­dente qui le re­prend comme un pe­tit gar­çon. « Il n’y a quand même pas un mo­ment où vous dites : il y a ma femme, il y a mes filles ? », s’agace-t-elle. « Ben si, mais ça re­vient au ga­lop », énonce-t-il, pa­taud. Pour les ex­perts pour­tant, sa re­la­tion avec Mu­rielle Bo­nin ne re­le­vait pas du simple adul­tère, mais du re­gistre pas­sion­nel. « A tel point qu’il pour­ra cou­cher avec Mu­rielle Bo­nin et, en pa­ral­lèle, al­ler fleu­rir la tombe de sa femme avec ses filles. C’est un peu par­ti­cu­lier, tout de même », com­mente Jean-Luc Ployé, le psy­cho­logue.

Une forme de fi­dé­li­té post-mor­tem que la maî­tresse, elle, ne to­lère pas. « Ne lui mets plus de fleurs sur sa tombe, à cette pouf­fiasse, main­te­nant qu’elle est cre­vée », écrit-elle dans un SMS ra­geur. Celle qui a di­vor­cé pour vivre cet amour pas­sion­nel se veut dans une re­la­tion ex­clu­sive et avait exi­gé de Dro­mard qu’il quitte sa femme, mal­gré leurs ten­ta­tives de vie com­mune avor­tées.

« L’un sans l’autre, rien n’au­rait été pos­sible »

Dé­crite comme « ma­ni­pu­la­trice », ca­pable d’hu­mi­lier « ceux qui se mettent en tra­vers de son che­min » Mu­rielle Bo­nin se veut pour­tant, elle, « naïve » et « gen­tille ». Che­veux courts noirs, sil­houette agréable, l’an­cienne se­cré­taire éle­vée dans une famille « nom­breuse mais ai­mante » ré­fute ce por­trait de cro­queuse d’hommes que tous, sur une pé­riode de trente ans, semblent vou­loir dres­ser d’elle. « Elle se vic­ti­mise, se dit ma­ni­pu­lée par son amant », re­lèvent les ex­perts au­jourd’hui, sou­li­gnant avant tout l’as­pect « des­truc­teur » de ce couple. « L’un sans l’autre rien n’au­rait été pos­sible, pour­suit le psy­cho­logue. Ces deux-là étaient dans une re­la­tion pas­sion­nelle, et, en ma­tière cri­mi­nelle, ce­la peut être re­dou­table. »

Reims (Marne), mar­di. Pour les ex­perts, la re­la­tion entre ce me­nui­sier « pa­taud » et sa maî­tresse « ma­ni­pu­la­trice » ne re­le­vait pas du simple adul­tère mais du re­gistre pas­sion­nel et des­truc­teur.

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