Dans le se­cret des robes noires

JUS­TICE. Im­pos­sible d’en­trer dans le pré­toire sans la fa­meuse robe d’avo­cat. Une te­nue à la longue his­toire et aux mille anec­dotes. Des ré­cits à re­trou­ver au­jourd’hui dans « l’Heure du crime » sur RTL.

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - CLÉ­MENT RE­NARD

C’EST LE HA­SARD de la géo­gra­phie lyon­naise qui a fait de Pon­sard & Dumas l’un des rares fa­bri­cants de robes d’au­dience en France. Cet ate­lier de cos­tumes re­li­gieux, ou­vert par M. Dumas en 1881 à deux pas de la ca­thé­drale Saint-Jean, se trouve à l’époque à quelques en­ca­blures du pa­lais de jus­tice. « C’est donc na­tu­rel­le­ment qu’avo­cats et ma­gis­trats se sont pré­sen­tés dans son com­merce pour com­man­der leurs robes », ra­conte Jean-Louis Thion, en­tre­pre­neur dans le tex­tile, qui a re­pris l’en­tre­prise en 2014 avec son fils Jé­ré­my, tout juste di­plô­mé d’une école de com­merce.

La robe n’est en ef­fet rien d’autre qu’une sou­tane. « Au Moyen Age, ce sont les membres du cler­gé, let­trés et connais­seurs de la loi ca­no­nique, qui dé­fendent les jus­ti­ciables, na­tu­rel­le­ment ha­billés de leur cos­tume re­li­gieux », pour­suit le fa­bri­cant. Le vê­te­ment sur­vi­vra à la laï­ci­sa­tion de la pro­fes­sion ain­si qu’aux sou­bre­sauts de l’his­toire. « A l’ex­cep­tion d’une courte pé­riode à la fin du XVIIIe siècle — sup­pri­mé au len­de­main de la Ré­vo­lu­tion fran­çaise, le port de la robe est ré­ta­bli par Na­po­léon en 1810 —, toutes les ten­ta­tives pour la sup­pri­mer ou la mo­di­fier ont fait long feu », ré­sume Jean-Louis Thion, tra­dui­sant l’at­ta­che­ment vis­cé­ral que les avo­cats portent à leur ha­bit. Alors, im­pos­sible à chan­ger, la robe ?

Le bar­reau de Mar­seille or­ga­nise un concours vi­sant à la ré­in­ven­ter, en par­te­na­riat avec le mas­ter des mé­tiers de la mode et du tex­tile de l’uni­ver­si­té Aix-Mar­seille. « L’ob­jec­tif n’est pas de la trans­for­mer en pro­fon­deur mais de la mettre en pers­pec­tive », dé­taille Me Wil­fried Mey­net, avo­cat au bar­reau de Mar­seille et pré­sident d’un ju­ry de ju­ristes et sty­listes. Six fa­bri­cants se par­tagent le mar­ché des quelque 60 000 avo­cats fran­çais et 8 000 ma­gis­trats, dont la robe, par­fois or­née de rouge, est, elle, hé­ri­tée de l’ha­bit royal.

Dans le mo­deste ate­lier lyon­nais de Pon­sard & Dumas, at­te­nant à la bou­tique, une di­zaine de cou­tu­rières s’af­fairent à dé­cou­per le tis­su, coudre les fi­ni­tions et ajou­ter les ac­ces­soires. Par­mi eux, l’épi­toge, loin­tain hé­ri­tage du bon­net por­té au Moyen Age, pa­ré de four­rure. Un or­ne­ment dont sont tou­te­fois pri­vés les avo­cats pa­ri­siens, qui trouvent là le moyen de se dis­tin­guer, l’air de rien, lors de leurs au­diences en pro­vince.

Le fa­bri­cant doit au­jourd’hui faire le lien entre res­pect des tra­di­tions et in­no­va­tions. « Ex­té­rieu­re­ment, il est dif­fi­cile de per­son­na­li­ser la robe, dont l’as­pect est co­di­fié. Donc c’est par l’in­té­rieur qu’elle se mo­der­nise, et ce de­puis une di­zaine d’an­nées », ex­plique Jean-Louis Thion. Ain­si en va-t-il des de­mandes de re­vers co­lo­rés ou de ra­bats à paillettes. Une cus­to­mi­sa­tion fa­vo­ri­sée par la fé­mi­ni­sa­tion de la pro­fes­sion, qui a aus­si des consé­quences sur la lon­gueur du vê­te­ment : alors qu’il était por­té à mi­mol­let, comme les hommes d’Eglise, de plus en plus d’avo­cats – « sur­tout des jeunes, des femmes, et prin­ci­pa­le­ment à Pa­ris » – de­mandent de rac­cour­cir l’ha­bit « juste sous les ge­noux ». Bon gré mal gré, le fa­bri­cant, bien qu’at­ta­ché à la tra­di­tion, s’adapte.

Re­vers co­lo­rés ou ra­bats à paillettes

Dans l’ate­lier lyon­nais de Pon­sard & Dumas, ou­vert en 1881, une di­zaine de cou­tu­rières confec­tionnent des robes d’avo­cat et leurs ra­bats per­son­na­li­sés. Bro­dés, plis­sés ou ner­vu­rés : les avo­cats aiment dé­sor­mais y ap­por­ter leur touche per­son­nelle. Lyon, le 6 juin. Une robe, confec­tion­née sur me­sure, de­mande cinq à sept heures de tra­vail ma­nuel et coûte entre 400 et plus de 1 000 €, se­lon le choix des ma­tières.

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