Les 5 com­man­de­ments d’un ha­bit

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - C.R.

Dans la robe tu te fon­de­ras

Si les avo­cats de­meurent at­ta­chés à leur robe, c’est qu’elle marque leur ap­par­te­nance au monde ju­di­ciaire et as­sure entre eux une éga­li­té d’ap­pa­rence. « Pas de sexe sous la robe », se­lon l’ex­pres­sion consa­crée, même s’il a fal­lu at­tendre 1907 pour qu’une femme, Jeanne Chau­vin, plaide de­vant un tri­bu­nal. Une seule dif­fé­rence existe entre les robes mas­cu­line et fé­mi­nine : le bou­ton­nage, à gauche pour eux, à droite pour elles. En­torse à cette éga­li­té, le port de dé­co­ra­tions (la Lé­gion d’hon­neur, par exemple) fait po­lé­mique, cer­tains mi­li­tant pour son in­ter­dic­tion.

Ja­mais sans elle tu ne plai­de­ras

N’al­lez pas de­man­der à un avo­cat de plai­der sans sa robe. Il ré­pon­dra : « Je me sen­ti­rais nu ! » En cas d’ou­bli ou d’au­dience im­pré­vue, un ser­vice de prêt ou de lo­ca­tion est dis­po­nible dans la plu­part des tri­bu­naux, pro­po­sé par l’ordre des avo­cats. Ser­vice gé­né­ra­le­ment gra­tuit pour les avo­cats du­dit bar­reau, fac­tu­ré 5 ou 10 € pour les conseils ex­té­rieurs. En cas de rup­ture de stock, la tech­nique consiste à re­pé­rer le confrère dont la cor­pu­lence se rap­proche le plus de la sienne… pour lui em­prun­ter sa robe. Le cé­lèbre avo­cat Paul Lom­bard, lui, n’a ja­mais pos­sé­dé de robe : « J’ai fait re­laxer mon tout pre­mier client avec une robe de lo­ca­tion ; j’ai donc per­pé- tué cette ha­bi­tude, par su­per­sti­tion ! » Si le port est obli­ga­toire dans le pré­toire, il est stric­te­ment in­ter­dit en de­hors des pa­lais — il est même in­ter­dit de re­ce­voir un client en robe à son ca­bi­net. Mais cer­tains ont du mal à s’en sé­pa­rer, à l’image de Me Ma­rie Do­sé : « Elle est tout pour moi, je la garde tou­jours avec moi, au pa­lais, dans les trans­ports ou en va­cances. »

Au choix des ma­tières at­ten­tion tu por­te­ras

C’est à l’avo­cat d’ache­ter sa robe sur ses de­niers, sou­vent au mo­ment de sa pres­ta­tion de ser­ment. Pour se four­nir, il choi­sit par­mi un large choix de ma­tières et de prix ! Du po­ly­es­ter (moins cher, mais gare à la trans­pi­ra­tion l’été), à la laine (lé­gère, mais frois­sable), en pas­sant par la mi­cro­fibre (aé­rée, bonne te­nue, mais plus oné­reuse). Le bud­get os­cille entre 400 € et plus de 1 000 €. Les robes sont confec­tion­nées sur me­sure, en cinq à sept heures de tra­vail ma­nuel. Me Jean-Yves Le Borgne a fait faire une des siennes par l’épouse cos­tu­mière d’un client dé­te­nu « pour lui rendre ser­vice ». Le ré­sul­tat ? « La robe est par­faite, mais très épaisse… idéale pour plai­der au pôle Nord ! »

Dans ta troi­sième robe tu mour­ras

Une règle non écrite veut qu’un avo­cat ne s’offre que trois robes dans sa car­rière… et qu’il soit en­ter­ré avec la troi­sième ! « On prête ser­ment dans la pre­mière, on gagne sa vie dans la deuxième, et on meurt dans la troi­sième », ré­sume Me Fré­dé­ric Ga­bet, an­cien bâ­ton­nier du bar­reau de la Seine-Saint-De­nis. Cer­tains avo­cats tentent tou­te­fois de contour­ner cette règle. « Pour conju­rer le sort, des clients com­mandent en même temps troi­sième et qua­trième robes, nous ex­plique Jean-Louis Thion, di­ri­geant du fa­bri­cant Pon­sard & Dumas. D’autres nous de­mandent leur troi­sième robe en pa­pier ou sous forme de mi­nia­ture… pour com­man­der leur nou­velle robe l’es­prit libre ! » Des pré- ven­tions que n’a pas eues le fa­meux Hen­ri Leclerc : « En soixante ans de car­rière, j’en ai usé un cer­tain nombre, je ne sau­rai vous dire com­bien ! », avoue-t-il sans états d’âme. Me Du­pond-Mo­ret­ti, lui, plaide dans la robe de son men­tor Alain Fur­bu­ry, pé­na­liste tou­lou­sain dé­cé­dé en 1999. Mais il re­con­naît en avoir une autre « pour épar­gner un peu la pre­mière ! »

La chute tu évi­te­ras

La robe se borde d’une traîne re­pliée à l’in­té­rieur et at­ta­chée à elle par des sus­pentes en tis­su. Hé­ri­tage du temps où l’avo­cat fai­sait por­ter sa traîne lors des cé­ré­mo­nies. A la clé : un bel ef­fet vi­suel fa­çon dra­pé… mais un risque de chute lors­qu’on se prend les pieds dans les fils in­té­rieurs. JeanLouis et Jé­ré­my Thion ont trou­vé la pa­rade : « Une cliente, qui avait dé­chi­ré ses sus­pentes en chu­tant, l’avait elle-même ra­fis­to­lée… avec un élas­tique de sou­tien-gorge. Le ré­sul­tat était par­fait, nous avons re­pris l’idée ! », confessent les tailleurs.

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