Hi­nault : « Mes der­nières fois... »

CY­CLISME. Ber­nard Hi­nault, le quin­tuple vain­queur de­ve­nu responsable du pro­to­cole, boucle la boucle. Pour son der­nier Tour, qui s’élance de­main, il se confie lors d’une in­ter­view « der­nière fois ».

Aujourd'hui en France - - SPORTS -

C’EST LA DER DES DERS. Même s’il se­ra pré­sent au grand dé­part de Düs­sel­dorf l’an pro­chain en sa qua­li­té d’am­bas­sa­deur du Tour, le Bre­ton, der­nier Fran­çais vain­queur, a dé­ci­dé d’aban­don­ner sa fonc­tion au sein du pro­to­cole de l’épreuve au terme de la pré­sente édi­tion (du 2 au 24 juillet) qui s’élance de­main du Mont-SaintMi­chel. Pour sa der­nière, il en avait gar­dé sous la pé­dale comme le prouve cet en­tre­tien. La der­nière fois que vous avez fait autre chose que le Tour de France, au mois de juillet ? BER­NARD HI­NAULT. La seule fois, c’était en 1980 quand j’ai aban­don­né. C’est l’an­née où j’ai fait mon fils, qui est né le len­de­main de Pa­risRou­baix. Pas mal cal­cu­lé, non ? Pour bla­guer, je di­sais que Joop (NDLR : Zoe­te­melk, vain­queur cette an­née­là) m’avait tel­le­ment bien payé que je lui ai lais­sé la place pour al­ler faire un en­fant à ma femme… La der­nière fois qu’on vous a pris pour quel­qu’un d’autre, voire pas re­con­nu du tout ? C’était il y a dix mi­nutes, quel­qu’un m’a pris pour Laurent Ja­la­bert, qu’il vou­lait faire par­ti­ci­per à une inau­gu­ra­tion… Bah, c’est mar­rant et je m’en fous éper­du­ment. Votre der­nière co­lère ? En gé­né­ral, c’est à cause des gens qui sont sans ar­rêt en train de re­mettre le do­page en avant. Il se trouve tou­jours quelques in­no­cents pour re­lan­cer les opé­ra­tions, tou­jours au dé­part du Tour de France, et c’est quelque chose que je n’ac­cepte pas. Il y en a une qui va se sen­tir vi­sée, mais ça me fait bien plai­sir… (NDLR : Elise Lu­cet, à l’ori­gine d’un re­por­tage dif­fu­sé der­niè­re­ment sur France Té­lé­vi­sions).

« Il vaut mieux pas­ser par l’hô­tel du Cul tour­né »

La der­nière fois que vous avez été pris à par­tie ? C’est sou­vent sur le même thème (NDLR : le do­page). Mais je me dé­fends et je dé­fends mon sport. Beau­coup de gens ou­blient que si on peut trou­ver des cas po­si­tifs dans le vé­lo, c’est parce qu’il y a des contrôles. Il y a d’autres sports où il n’y en a pas… Et comme par ha­sard, on se re­trouve d’un seul coup avec tous les ath­lètes russes pris. Comme par ha­sard, l’af­faire Puer­to, vieille de dix ans, res- sort, et le pro­cu­reur dit qu’il fau­dra peut-être voir du cô­té des autres dis­ci­plines… La der­nière fois que vous vous êtes fait en­gueu­ler par votre épouse ? Il y a beau­coup d’an­nées… Ouh ! la la ! oui. Comme on ne se voit pas sou­vent, on ne risque pas de s’en­gueu­ler. C’était pour des brou­tilles. Mais je crois que dans un couple, si tu ne t’en­gueules pas de temps en temps, le jour où ça clashe, ça claque pour de bon, c’est fi­ni. Donc il vaut mieux pas­ser par l’hô­tel du Cul tour­né, comme on dit chez moi. La der­nière fo­lie que vous avez faite pour un proche ? C’était pour ma femme. J’avais fait du ski et j’avais un ge­nou dans le sac. J’ai loué une voi­ture et ma femme a pris la mienne, un vé­hi­cule de lo­ca­tion que j’avais à l’époque. Elle l’a gar­dée trente ou qua­rante jours et elle m’a dit qu’elle la trou­vait pas mal. Je suis al­lé voir le loueur, qui était aus­si dis­tri­bu­teur, et je lui ai dit de se dé­brouiller comme il vou­lait, mais qu’il me fal­lait cette voi­ture. Je suis ren­tré à la mai­son en di­sant : « Elle est à toi, ma ché­rie… » Le der­nier ca­deau qui vous a fait vrai­ment plai­sir ? Quand mon pe­tit-fils Ar­mand est né. C’était l’an­née de mes 60 ans, c’était un ca­deau royal. Il a 20 mois, et un deuxième ar­rive à la fin de l’an­née. La der­nière fois que vous vous êtes dit que vous aviez fait votre temps ? En jan­vier, quand Ar­mand a eu 14 mois et qu’il a com­men­cé à trot­ter au­tour de moi. Je me suis dit qu’il fal­lait que je par­tage des mo­ments avec mon pe­tit-fils, ce que je n’ai pas fait avec mes propres en­fants. Sur­tout, je me suis rap­pe­lé ce que mon grand-père pa­ter­nel m’avait ap­por­té. On vi­vait à la cam­pagne, et il m’a tout ap­pris. Mes autres grands-pa­rents vi­vaient tous à 400 m les uns des autres, j’étais tou­jours chez les uns, chez les autres. C’était trop beau. Comme mes pa­rents, les pa­rents d’Ar­mand tra­vaillent, ce ne sont pas eux qui vont lui don­ner du temps et lui ap­prendre la na­ture. Si je conti­nuais jus­qu’à 70 ans, mon pe­tit­fils au­rait 10 ans et il n’en au­ra plus rien à fiche, du vieux. Le der­nier bon gueu­le­ton ? Ah ben là, c’est sou­vent… Mais ce n’est pas for­cé­ment dans un grand res­tau­rant que tu te fais le plus plai­sir. Mar­di, on est al­lés chez un agri­cul­teur, tout près d’ici, à Pé­riers (NDLR : Pé­riers-sur-le-Dan, Cal­va­dos). Ils nous ont fait des pro­duits lo­caux, de la bonne char­cu­te­rie, de la bonne viande, du bon fro­mage, du bon cidre, mais en toute sim­pli­ci­té, à même la paille. C’était gé­nial, on a pas­sé un mo­ment fan­tas­tique. La der­nière fois que vous avez trait une vache ? Après 1986, j’ai eu l’oc­ca­sion de traire des vaches parce qu’on en a eu dix, à l’époque où j’étais pay­san. Je sais faire en­core. Quand tu as vé­cu à la cam­pagne, c’est na­tu­rel. La der­nière fois qu’un sport vous a fait vi­brer ? Moi, c’est sou­vent le hand­ball avec Ka­ra­ba­tic et sa bande. De­puis les Jeux de Bar­ce­lone, cette équipe est tou­jours pré­sente. Les ath­lètes changent, de nou­veaux joueurs ar­rivent sans cesse et ils sont tou­jours dans cet es­prit de conquête. C’est une

Saint-Lô (Manche), mer­cre­di. Ber­nard Hi­nault, responsable du pro­to­cole de la Grande Boucle, se pré­pare à des­cendre dé­fi­ni­ti­ve­ment de l’es­trade de la re­mise des maillots après avoir rac­cro­ché le vé­lo en 1986.

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