En Au­triche, il va fal­loir re­vo­ter

PRÉ­SI­DEN­TIELLE. Coup de théâtre hier à Vienne : la vic­toire du can­di­dat éco­lo­giste, élu ric-rac face à son ri­val d’ex­trême droite et eu­ros­cep­tique, a été in­va­li­dée par la Cour consti­tu­tion­nelle du pays.

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - AVA DJAMSHIDI

« D’ABORD LE BREXIT, main­te­nant de nou­velles élec­tions en Au­triche. Sa­crée se­maine. » C’est par ce tweet que la dé­pu­tée eu­ro­péenne élue du par­ti po­pu­liste al­le­mand (AfD), Bea­trix von Storch, a sa­lué la nou­velle se­cousse qui a ébran­lé l’Union eu­ro­péenne hier. Après le Royaume-Uni et son Brexit, les re­gards des eu­ros­cep­tiques et des sou­ve­rai­nistes du Vieux Conti­nent sont dé­sor­mais bra­qués sur l’Au­triche.

Car les Au­tri­chiens vont re­tour­ner aux urnes pour élire leur pré­sident après un coup de théâtre sans pré­cé­dent : l’in­va­li­da­tion du scru­tin su­prême par la Cour consti­tu­tion­nelle. Hier, la plus haute ju­ri­dic­tion du pays a don­né rai­son au re­cours du par­ti d’ex­trême droite FPÖ qui contes­tait la ré­gu­la­ri­té de l’élec­tion pré­si­den­tielle qui s’est te­nue en mai. Elle s’était sol­dée par la dé­faite de Nor­bert Ho­fer, 45 ans, bat­tu par l’éco­lo­giste Alexan­der Van der Bel­len, 72 ans. Les deux grands par­tis de gou­ver­ne­ment, le SPÖ (so­ciaux-dé­mo­crates) et l’ÖVP (conser­va­teurs) avaient été dis­qua­li­fiés dès le pre­mier tour.

Pas de fraude, mais des né­gli­gences

Ni fraude ni ma­ni­pu­la­tion n’ont été consta­tées, mais une ac­cu­mu­la­tion de né­gli­gences dans le dé­pouille- ment qui en­tachent la va­li­di­té du ré­sul­tat. Pre­mière consé­quence de ce scé­na­rio to­ta­le­ment inédit dans cette pe­tite Ré­pu­blique de 8,7 mil­lions d’ha­bi­tants, et dans l’UE : une nou­velle élec­tion pré­si­den­tielle se­ra or­ga­ni­sée, sans doute à l’au­tomne. Un duel ex­trê­me­ment ser­ré s’an­nonce entre les deux can­di­dats, que seules 30 863 voix avaient sé­pa­rés, dans un contexte eu­ro­péen cha­hu­té par le vote bri­tan­nique en fa­veur de la sor­tie de l’Union eu­ro­péenne.

Autre consé­quence : le pro­chain scru­tin risque d’être po­la­ri­sé au­tour de l’UE. La ques­tion mi­gra­toire avait dé­jà été bran­die par le po­pu­liste Ho­fer lors de la cam­pagne pré­si­den­tiel- le et avait fait mouche au­près d’élec­teurs in­quiets de voir de nom­breux Sy­riens tra­ver­ser leur pays pour se rendre en Al­le­magne. Dans le sillage du Brexit, la par­tie s’an­nonce tou­te­fois pé­rilleuse pour le par­ti eu­ros­cep­tique. Le FPÖ est certes l’un des par­tis po­pu­listes les mieux im­plan­tés élec­to­ra­le­ment sur le conti­nent. Il mi­lite pour une Eu­rope « à la carte », sans tou­te­fois al­ler jus­qu’à de­man­der un ré­fé­ren­dum pour une sor­tie de l’Union, comme le Front na­tio­nal en France, fa­vo­rable au « Frexit » ( lire ci-des­sous). Ré­cem­ment, le FPÖ a tou­te­fois dur­ci sa po­si­tion et ré­clame des ré­formes du fonctionnement de l’UE.

Reste que dans le contexte des dif­fi­cul­tés po­li­tiques, éco­no­miques et ins­ti­tu­tion­nelles que tra­verse le Royaume-Uni de­puis son di­vorce avec l’Union, le scru­tin pré­si­den­tiel en Au­triche au­ra va­leur d’ex­pé­rience. Les suites du Brexit vont-elles faire of­fice de re­pous­soir au­près des élec­teurs au­tri­chiens, peu favorables à un Öxit ? Dans un tweet pos­té après le vote pour le Brexit, Nor­bert Ho­fer avait ap­pe­lé l’Eu­rope « à suivre de nou­velles voies pour sur­vivre ». Lors de la cam­pagne, qui s’an­nonce très dis­pu­tée, le can­di­dat po­pu­liste de­vra sans doute cla­ri­fier sa po­si­tion sur ce point cru­cial. @AvaD­jam­shi­di

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