Les oraux du bac rat­tra­pés par la re­li­gion

LAÏ­CI­TÉ. En Ile-de-France, les can­di­dats mu­sul­mans ne se­ront pas convo­qués le jour de l’Aïd. Une dé­ci­sion qui fait polémique.

Aujourd'hui en France - - SOCIÉTÉ - Phi­lippe Tour­nier, pro­vi­seur CHRISTEL BRIGAUDEAU

LA PA­GAILLE rat­tra­pe­ra-t-elle le bac dans sa der­nière ligne droite ? En Ile-de-France, cer­tains pro­vi­seurs de ly­cée le craignent, pour des rai­sons… re­li­gieuses. Cette an­née, la fête mu­sul­mane de l’Aïd-el-Fi­tr pour­rait tom­ber mer­cre­di — c’est-àdire le pre­mier jour des épreuves de rat­tra­page du bac — pour les can­di­dats mal­heu­reux aux écrits.

Une coïn­ci­dence en­core hy­po­thé­tique : en France, cette fête par la­quelle les mu­sul­mans cé­lèbrent en fa­mille la fin du ra­ma­dan se­ra fixée lun­di soir par les au­to­ri­tés re­li­gieu- ses, en fonc­tion du calendrier lu­naire. Mais la Mai­son des exa­mens, qui gère l’or­ga­ni­sa­tion du bac­ca­lau­réat de toute l’Ile-de-France, a pré­fé­ré prendre l e s de­vants : dans une note en­voyée jeu­di, elle de­mande aux pro­vi­seurs des trois aca­dé­mies de Pa­ris, Ver­sailles et Cré­teil de « s’as­su­rer de la pré­sence ef­fec­tive » des élèves convo­qués le 6 juillet. « Ceux in­vo­quant la fête de l’Aïd-el-Fi­tr de­vront être re­con­vo- qués le len­de­main. Vous vou­drez bien in­di­quer le plus ra­pi­de­ment à mes ser­vices le nombre de can­di­dats concer­nés », ex­plique la lettre.

La c o ns i g ne a fait bon­dir le Syn­di­cat na­tio­nal des per­son­nels de di­rec­tion de l’Edu­ca­tion na­tio­nale, le SNPDEN. « Ce genre de notes peut créer une belle pa­gaille, d’au­tant qu’elle contient beau­coup de non-dits, s’agace son se­cré­taire gé­né­ral, Phi­lippe Tour­nier, pro­vi­seur du ly­cée pa­ri­sien Vic­torDu­ruy. Fau­dra-t-il qu’on de­mande à nos élèves s’ils font l’Aïd ? C’est in­con­ce­vable. Et si tous les élèves nous disent oui, parce qu’ils pré­fèrent avoir une jour­née de plus pour ré­vi­ser, com­ment fait-on ? Les élèves ne sont pas stu­pides, ils au­ront vite fait de se pas­ser le mot. »

A la Mai­son des exa­mens, le di­rec­teur, Vincent Gou­det, juge cette éven­tua­li­té « peu pro­bable ». Se­lon lui, la note pu­bliée jeu­di ne fait que « ré­pondre à des ques­tions po­sées par des éta­blis­se­ments » de­puis une di­zaine de jours. « En juin aus­si, des oraux de BTS ont été dé­ca­lés à la de­mande d’élèves parce qu’ils tom­baient le 13 juin, au mo­ment de la fête juive de Pes­sah, ajoute-t-il. Que ce soit pour des grandes fêtes re­li­gieuses ou d’autres cir­cons­tances dans la vie d’un can­di­dat, comme une opé­ra­tion mé­di­cale ou une convo­ca­tion au tri­bu­nal, il n’est pas anor­mal que les chefs d’éta­blis­se­ment fassent preuve de bon sens pour que cha­cun passe ses exa­mens dans les meilleures condi­tions », se dé­fend-il.

« Les élèves ne sont pas stu­pides. Ils au­ront vite fait de se pas­ser le mot. »

« C’est contraire à l’ap­proche laïque »

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