Sé­vères ré­qui­si­tions contre les ex-amants

AS­SISES. L’avo­cat gé­né­ral de la cour d’as­sises de la Marne a de­man­dé hier la per­pé­tui­té contre Syl­vain Dro­mard ac­cu­sé d’avoir tué sa femme, et vingt ans de ré­clu­sion contre sa maî­tresse pour­sui­vie pour com­pli­ci­té.

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - Reims (Marne) De notre en­voyée spé­ciale L’avo­cat de Syl­vain Dro­mard LOUISE COLCOMBET

EN EN­TEN­DANT l’avo­cat gé­né­ral ré­cla­mer la ré­clu­sion cri­mi­nelle à per­pé­tui­té pour son père hier mi­di, Ch­loé, la plus jeune fille de Syl­vain Dro­mard, a fon­du en larmes. Sa soeur Cla­risse n’a, elle, pas cil­lé — comme si l’énor­mi­té de cette peine n’avait pas de prise sur cette jeune femme de 24 ans, pas plus que l’éven­tua­li­té que son père ait, le 15 juillet 2010, as­sas­si­né sa mère à coups de batte de base-ball. C’est pour­tant le scé­na­rio d’un crime pas­sion­nel, digne d’un mau­vais ro­man, qu’a dé­rou­lé la cour d’as­sises de la Marne de­puis lun­di. Un scé­na­rio dans le­quel le pre­mier rôle se­rait in­car­né par Syl­vain Dro­mard, 57 ans, bras ar­mé d’un pacte ma­chia­vé­lique conclu avec sa maî­tresse, la vé­né­neuse Mu­rielle Bo­nin. A l’en­contre de cette femme de 52 ans, ju­gée pour com­pli­ci­té, le mi­nis­tère pu­blic, es­ti­mant qu’elle avait a mi­ni­ma « éla­bo­ré » et « en­cou­ra­gé » le pro­jet cri­mi­nel, a ré­cla­mé une peine de vingt ans de pri­son.

Pour com­prendre la mécanique dé­rai­son­nable de ce « couple ai­man­té », il a fal­lu pous­ser la porte, pé­né­trer l’in­ti­mi­té des Dro­mard, dé­voi­ler les dé­tails les plus sca­breux — ce qu’exé­crait jus­te­ment la vic­time, une femme dis­crète de 43 ans, trom­pée de­puis t ou­jours mais qui to­lé­rait, à condi­tion que les ap­pa­rences soient sauves. Ch­loé et Cla­risse ont eu à en­tendre leur père dé­peint comme un cou­reur de ju­pons im­pé­ni- tent, un rustre ca­pable de dé­si­gner sa maî­tresse comme « le meilleur trois trous » qu’il ait ja­mais connu. « Cette ex­pres­sion, c’est la caricature du res­pect qu’il a pour les femmes ! » s’étrangle dans sa plai­doi­rie Me Si­mon Mi­ra­vete, « fu­rieux de la fa­çon dont on ac­cable » sa cliente Mur i e l l e B o n i n . « On nous pré­sente Mon­sieur Dro­mard comme le bon père qui n’as­pire qu’à ren­trer chez lui re­trou­ver ses en­fants et se blot­tir contre sa femme dans le ca­na­pé. Mais de qui se moque-t-on ? » pour­suit-il, égre­nant les scènes de ja­lou­sie, de vio­lences, com­mises à l’égard de Mu­rielle Bo­nin. « Qui est puis­sant ? Qui ma­ni­pule qui ? » in­ter­roge le pé­na­liste, poin­tant là le coeur de ce dos­sier aty­pique dans le­quel, faute de preuve ma­té­rielle, cha­cun des deux pro­ta­go­nistes ac­cuse l’autre du crime et de l’avoir « pié­gé ».

Si les aveux de Mu­rielle Bo­nin, char­geant son amant, ont per­mis à la jus­tice d’al­ler, pé­ni­ble­ment, jus­qu’à un pro­cès, cette soi­rée du 15 juillet 2010 reste un puzzle dont les pièces man­quantes per­mettent d’écha­fau­der toutes les hy­po­thèses. L’ac­cu­sa­tion a re­te­nu la plus vrai­sem­blable : celle d’un Syl­vain Dro­mard mas­sa­crant son épouse, ca­chant arme et ha­bits, se for­geant un ali­bi… avant de ren­trer chez lui et de trou­ver sa femme ago­ni­sante, vic­time se­lon lui d’un cam­brio­leur.

« Il y a des in­no­cences qui sont plus dif­fi­ciles que d’autres à dé­mon­trer », a pré­ve­nu Me Pierre Lum­bro­so, son avo­cat, conscient du fais­ceau d’in­dices pe­sant sur son client et du ca­rac­tère dé­tes­table de ce­lui-ci. « Nous ne sommes pas là pour ju­ger la mo­ra­li­té », a-t-il rap­pe­lé. Elu­dant les élé­ments les plus gê­nants, l’avo­cat a mis en avant l’ab­sence de mo­bile et d’élé­ments ma­té­riels, et le prin­cipe car­di­nal se­lon le­quel « le doute doit pro­fi­ter à l’ac­cu­sé ».

Comme son confrère Me Mi­ra­vete, il a ré­cla­mé l’ac­quit­te­ment. « Je n’ai pas tué Lau­rence Dro­mard », s’est mal­adroi­te­ment jus­ti­fiée Mu­rielle Bo­nin, dans ses der­niers mots à la cour. Syl­vain Dro­mard s’est, lui, une nou­velle fois adres­sé à Ch­loé et Cla­risse : « Les filles, je vous le jure, je n’ai pas tué Lau­rence. » Le ver­dict était at­ten­du hier soir.

« Il y a des in­no­cences qui sont plus dif­fi­ciles que d’autres à dé­mon­trer »

Une der­nière fois, Syl­vain Dro­mard et Mu­rielle Bo­nin ont, cha­cun de leur cô­té, cla­mé leur in­no­cence à la cour.

Reims (Marne), mer­cre­di.

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