Nou­veau pro­cès pour le hé­ros d’une sé­rie en pod­cast

JUS­TICE. Grâce au suc­cès d’une en­quête jour­na­lis­tique dif­fu­sée sur le Net, un Amé­ri­cain condam­né pour meurtre va être re­ju­gé.

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - I.G.

C’EST UNE AF­FAIRE qui a pas­sion­né des mil­lions d’au­di­teurs aux Etats-Unis grâce à une sé­rie ra­dio de jour­na­lisme d’in­ves­ti­ga­tion dif­fu­sée sur In­ter­net en téléchargement. Elle était consa­crée au cas d’Ad­nan Syed, un Amé­ri­cain condam­né il y a seize ans pour le meurtre de son an­cienne pe­tite amie. Coup de théâtre : l’homme va être re­ju­gé, a or­don­né jeu­di un ma­gis­trat amé­ri­cain.

Ad­nan Syed n’a ja­mais ces­sé de cla­mer son in­no­cence. Son cas a été trai­té dans « Se­rial », un feuille­ton ra­dio­pho­nique dif­fu­sé de fa­çon heb­do­ma­daire d’ oc­tobre à dé­cembre 2014 en pod­cast. Ad­nan Syed a-til étran­glé et en­ter­ré son an­cienne pe­tite amie ? Dès le dé­but de sa dif­fu­sion, l’en­quête de la jour­na­liste Sa­rah Koe­nig est de­ve­nue nu­mé­ro un des écoutes sur iTunes et 1,5 mil­lion d’au­di­teurs en moyenne se sont pas­sion­nés pour chaque épi­sode et ont re­joué l’en­quête, di­vi­sés sur l’in­no­cence ou la culpa­bi­li­té de ce fils d’im­mi­grés pa­kis­ta­nais qui n’avait que 17 ans au mo­ment des faits.

Ad­nan Syed, au­jourd’hui tren­te­naire, avait été condam­né en fé­vrier 2000 à la pri­son à vie pour le meurtre, en 1999, de son an­cienne pe­tite amie, Hae Min Lee, une ly­céenne de 18 ans d’ori­gine sud-co­réenne, à Bal­ti­more. Les deux jeunes se fré­quen­taient en ca­chette de leurs fa­milles, et Hae Min Lee avait rom­pu au bout de huit mois. L’homicide de la jeune fille et le pro­cès de Syed n’avaient à l’époque guère at­ti­ré l’at­ten­tion au-de­là des li­mites de l’Etat du Ma­ry­land.

Mais, qua­torze ans plus tard, cette af­faire a au contraire sus­ci­té un in­té­rêt dé­pas­sant lar­ge­ment les fron­tièr es amé­ri­caines, grâce à l’en­quête de Sa­rah Koe­nig, tou­jours ac­ces­sible sur le site de « Se­rial ». A l’époque, Ad­nan Syed n’est pas par­ve­nu à pré­ci­ser ce qu’il fai­sait au mo­ment du meurtre de Hae Min Lee, qui a été tuée dans un laps de temps de vingt et une mi­nutes. Dès le dé­but, Sa­rah Koe­nig, qui a lon­gue­ment pu in­ter­ro­ger Ad­nan Syed, a sou­li­gné qu’il était im­pos­sible de se sou­ve­nir avec pré­ci­sion d’une telle pé­riode de temps à une date don­née.

A l’époque du pro­cès, l’avo­cat de Syed avait com­mis la faute de ne pas contre-in­ter­ro­ger un ex­pert en té­lé­com­mu­ni­ca­tions sur la fia­bi­li­té de la lo­ca­li­sa­tion du téléphone por­table de Syed, avait jus­ti­fié dans sa dé­ci­sion le juge de Bal­ti­more Mar­tin Welch. Ces don­nées de bor­nage, à l’exac­ti­tude très contro­ver­sée, avaient été dé­ter­mi­nantes pour em­por­ter la condamnation du jeune homme.

« Se­rial » avait éga­le­ment ré­vé­lé qu’au­cune per­sonne n’avait été té­moin du meurtre. Une étu­diante avait as­su­ré avoir vu Ad­nan Syed à la bi­blio­thèque où tra­vaillait Hae Min Lee à l’heure du drame, mais celle-ci n’avait ja­mais été en­ten­due par la jus­tice.

Face à ces élé­ments trou­blants, un retournement de si­tua­tion a eu lieu jeu­di der­nier, seize ans après les faits : « Nous avons ob­te­nu un nou­veau pro­cès pour Ad­nan Syed ! ! ! », a confir­mé Jus­tin Brown, l’avo­cat du condam­né, dans un tweet.

Après avoir été si nom­breux à se cap­ti­ver pour « Se­rial », les Amé­ri­cains de­vraient lo­gi­que­ment se pas­sion­ner pour le deuxième pro­cès d’Ad­nan Syed.

Pas de té­moins et des don­nées de bor­nage peu fiables à l’époque

Bal­ti­more (Etats-Unis), le 5 fé­vrier. Ad­nan Syed a été condam­né pour le meurtre de sa pe­tite amie il y a seize ans, alors qu’il était en­core ly­céen.

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