Mont et mer­veilles

La 103e édi­tion s’élance du Mont-Saint-Mi­chel avec une étape char­gée d’his­toire qui mè­ne­ra les 198 cou­reurs jus­qu’à Utah Beach, plage du dé­bar­que­ment de 1944.

Aujourd'hui en France - - SPORTS - Saint-Lô (Manche) De l’un de nos envoyés spéciaux Tho­mas Voe­ck­ler, cou­reur de Di­rect Ener­gie OLI­VIER FRAN­ÇOIS

FRANCE 2, EUROSPORT, 12 HEURES

PLUS QU’UN DÉ­BAR­QUE­MENT, c’est l’in­va­sion en Normandie. D’une plage du Co­ten­tin où les al­liés ont po­sé un pied li­bé­ra­teur le 6 juin 1944 j us­qu’aux contre­forts du MontSaint-Mi­chel, les mêmes scènes se re­pro­duisent en boucle ces der­niers jours. Les ba­dauds af­fluent, comme s’ils étaient ti­rés par la Manche. Les cy­clistes pul­lulent, mou­lés dans leurs maillots co­lo­rés sou­vent un peu trop étroits pour leurs sil­houettes re­bon­dies. Le signe que les va­cances d’été sont en­fin ar­ri­vées mal­gré la gri­saille au­tom­nale qui règne sur la ré­gion ? Pas seule­ment. C’est aus­si l’heure du grand dé­part. Ce­lui du Tour de France, ce mi­di, au pied du cé­lèbre ro­cher sau­vé des eaux.

Le feuille­ton de juillet com­mence, et avec lui toutes ces images in­dé­lé­biles, ces vues de l’Hexa­gone sous tous les angles, ces in­cur­sions aus­si hors de ses fron­tières (Es­pagne, An­dorre et Suisse cette sai­son), ces dé­cors ma­jes­tueux et ces mo­nu­ments ve­nus d’un autre temps. Mont-SaintMi­chel, Sainte-Mère-Eglise, Utah Beach dès cette pre­mière étape…

Les cartes pos­tales s’alignent et nous plongent d’em­blée dans l’his­toire, loin­taine et proche à la fois. Alors que la ca­ra­vane du Tour vi­site ces lieux mar­quants, que reste-t-il de ce pas­sé lourd, sombre, où la vie était en jeu et les courses de vé­lo, sus­pen- dues ? « Au sein du pe­lo­ton, cer­tains sont tou­chés et d’autres un peu moins, car ils ne sont pas tous éru­dits, pré­cise Vincent La­ve­nu, le di­rec­teur spor­tif de l’équipe AG2R. Mais le mes­sage est très fort, avec le cy­clisme comme sym­bole de paix face à tout ce qui s’est dé­rou­lé ici lors du Dé­bar­que­ment. »

Sous le clo­cher de Sainte-Mè­reE­glise, Tho­mas Voe­ck­ler, lui, a pris la me­sure de l’évé­ne­ment. « Si on a 20 ans et que c’est notre pre­mier Tour, on ne s’en rend pas for­cé­ment compte, sou­ligne le doyen de Di­rect Ener­gie. Mais moi, j’en ai 37 et j’ai un peu plus de re­cul. Je res­sens cette at­mo­sphère so­len­nelle, d’au­tant que mon grand- père pa­ter­nel s’est bat­tu ici. »

Le grand ser­pen­tin mul­ti­co­lore va donc s’ébrouer et li­bé­rer, comme chaque an­née, l’un ou l’autre de ses plus beaux joyaux pour en faire des hé­ros. Les mé­ca­niques Froome ou Quin­ta­na ? L’in­oxy­dable Con­ta­dor ? Ou les jeunes co­qs Pi­not ou Bar­det ? La ré­ponse se­ra don­née le 24 juillet. Elle est im­por­tante, bien sûr, mais pas pri­mor­diale.

L’es­sen­tiel, c’est que, une fois en­core, ce sport se mêle à son pays jus­qu’à s’y im­bri­quer, à moins que ce ne soit l’in­verse. L’Eu­ro de foot, juste à cô­té, connaî­tra plus d’exu­bé­rances en cas de suc­cès des Bleus. Le Tour, lui, agit da­van­tage en dou­ceur et mise aus­si sur la nos­tal­gie, en cha­touillant les coeurs des hommes de ses pro­fondes ra­cines. La course s’élance tout à l’heure. Elle ne fi­ni­ra ja­mais vrai­ment.

« Je res­sens cette at­mo­sphère so­len­nelle, d’au­tant que mon grand-père pa­ter­nel s’est bat­tu ici »

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