Froome est-il vrai­ment un ro­bot ?

Aujourd'hui en France - - SPORTS - Saint-Lô (Manche) De l’un de nos envoyés spéciaux Da­vid Walsh, co­au­teur de sa bio­gra­phie LIO­NEL CHAMI

CH­RIS FROOME, 31 ans, vain­queur des édi­tions 2013 et 2015, vous connais­sez ? Ap­pré­ciez-vous ce grand es­co­griffe aux bras dé­me­su­rés qui avait, l’an der­nier, pas­sé toute la concur­rence à la mou­li­nette dès la pre­mière ar­ri­vée au som­met, à la Pier­reSaint-Mar­tin, dans un re­make de son Ven­toux 2013 ? Ajou­tées à la frus­tra­tion d’une édi­tion 2015 trop vite pliée, l’image chi­rur­gi­cale ren­voyée par Sky, son équipe, les di­verses spé­cu­la­tions et la bar­rière de la langue font lar­ge­ment pas­ser le Bri­tan­nique pour un cou­reur com­man­dé à dis­tance, un Arm­strong en mieux et, au fi­nal, un tri­cheur…

Co­au­teur avec Froome d’une bio­gra­phie* de ce der­nier, Da­vid Walsh, jour­na­liste ir­lan­dais à l’ori­gine de la chute de la mai­son Arm­strong, n’est pas de cet avis. « Les gens qui dé­crivent Froome comme un ro­bot sont ceux qui ne le connaissent pas. Il est très hu­main au contraire. Sa ma­nière de faire du vé­lo est celle d’un hu­main, pas très stylée. »

Se­lon lui, Froome n’a rien d’une ma­chine : « Quand vous lui de­man­dez com­ment va la forme, il ré­pond Très bien et s’em­presse de vous de­man­der Et, toi, com­ment va ? Il garde tou­jours à l’es­prit que son in­ter­lo­cu­teur a aus­si sa vie propre. Il a de l’em­pa­thie. Je l’admire parce qu’il est su­pé­rieu­re­ment in­tel­li­gent. Mais les gens qui l’ap­pré­cient le plus sont ceux qui tra­vaillent avec lui, ses équi­piers et le staff. Il se sou­cie de cha­cun. »

Ni­co­las Por­tal, di­rec­teur spor­tif fran­çais de Sky, confirme : « Ch­ris n’a pas be­soin de par­ler fort. Il a une autre ma­nière d’avoir du pou­voir sur le groupe. Il est calme, ne parle pas beau­coup mais parle juste : Je com­prends pas trop, là ? ou Tu c r o i s qu’on de­vrait faire ça ? Il ar­rive à at­ti­rer tout le monde avec lui, même dans ses doutes par­fois, afin qu’on l’aide et lui ap­porte une so­lu­tion. En­suite, il tranche et, boum, on fait ça… »

Se­lon Walsh, c’est dans son in­vrai­sem­blable par­cours du Ke­nya à l’Eu­rope, via l’Afrique du Sud, qu’il a dé­ve­lop­pé son po­ten­tiel : « Il n’a pas eu d’autre choix que de rou­ler dans les town­ships. Il a dû pas­ser les fron­tières ra­ciale, sociale et éco­no­mique alors qu’il al­lait dans une bonne école de Blancs. Il a vé­cu dans une pe­tite mai­son, s’est la­vé avec la même eau sale que ses ca­ma­ra-

« Les gens qui l’ap­pré­cient le plus sont ceux qui tra­vaillent avec lui »

des. Il a vé­cu leur vie parce qu’il ai­mait le vé­lo et il s’est for­gé son in­dé­pen­dance. Quand, l’an­née der­nière, Ni­ba­li a in­jus­te­ment ac­cu­sé Froome d’être res­pon­sable de sa chute (NDLR : 6e étape), on a pu voir la co­lère de Froome. Preuve qu’il est hu­main… Et Ni­ba­li a com­pris à qui il avait af­faire… »

Quant à la pro­bi­té du lea­deur des Sky, Walsh y croit après trois se­maines em­bar­qué au sein de l’équipe en 2013 : « Un jour, en 3e se­maine, dans les Alpes, je des­cen­dais vers le hall de l’hô­tel. Dans l’es­ca­lier, je croise Froome. Il y avait beau­coup d’in­ter­ro­ga­tions sur son compte. Je lui dis : Ch­ris, je n’ai pas de moyen de sa­voir, mais ma convic­tion est que cette équipe est propre et que tu l’es éga­le­ment. Il me dit : Tu es dans le vrai et, aus­si long­temps que nous vi­vrons tous les deux, rien ne vien­dra te faire chan­ger d’avis s ur c e poi nt . On peut ob­jec­ter qu’Arm­strong men­tait de la sorte, qu’ils mentent tous... Quand il a eu ga­gné son 2e Tour, j’ai dit à Froome : Si tu nous mens, alors tu se­ras un plus grand men­teur en­core qu’Arm­strong… Il a ré­pon­du : J’ac­cepte ça com­plè­te­ment. Si je mens, c’est que je le suis, mais ce n’est pas le cas. » A cha­cun de se faire son opi­nion. par Ch­ris Froome avec Da­vid Walsh, Ed. So­lar, 432 p., 19,90 €.

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