« Un mi­racle peut sur­ve­nir »

Le nou­veau pré­sident de la Ré­pu­blique d’Is­lande, Gud­ni Jo­han­nes­son, sa­voure le par­cours ex­cep­tion­nel de l’équipe na­tio­nale et pro­nos­tique même une vic­toire des siens contre les Bleus.

Aujourd'hui en France - - SPORTS - Reyk­ja­vik (Is­lande) De notre envoyé spécial Pro­pos re­cueillis par FRÉDÉRIC GOUAILLARD

LA MAI­SON aux murs de tôle et au cré­pi fa­ti­gué ne paye pas de mine. C’est pour­tant là, en ban­lieue de Reyk­ja­vik, que vit Gud­ni Jo­han­nes­son, le nou­veau pré­sident de la Ré­pu­blique d’Is­lande, élu di­manche der­nier, en at­ten­dant de prendre ses fonc­tions le 1er août et d’in­ves­tir Bes­sas­ta­dir, le pa­lais pré­si­den­tiel. An­cien hand­bal­leur — son frère est l’exin­ter­na­tio­nal is­lan­dais Pa­tre­kur Jo­han­nes­son —, le nou­veau chef d’Etat est un fan de Man­ches­ter Uni­ted et de Paul Scholes. De­main soir, il n’au­ra d’yeux que pour ses Bleus de l’équipe na­tio­nale d’Is­lande qui dé­fient la France. En­tre­tien spor­tif avec un pré­sident, sans par­ti po­li­tique, mais de par­ti pris. Où se­rez-vous de­main soir à 21 heures ? GUD­NI JO­HAN­NES­SON. Je se­rai au Stade de France. Ma femme se­ra là éga­le­ment car il s’agit de notre an­ni­ver­saire de ma­riage. Donc nous nous ren­drons à Pa­ris pour cé­lé­brer ces deux évé­ne­ments. Qu’avez-vous res­sen­ti lors du der­nier match face à l’An­gle­terre où vous étiez dé­jà pré­sent ? Je n’en croyais pas mes yeux. Pen­dant les deux ou trois der­nières mi­nutes, on criait tous : « C’est fi­ni, mon­sieur l’ar­bitre, il faut sif­fler main­te­nant ! » En­suite ça a été la dé­li­vrance, avec beau­coup de joie, des em­bras­sades. C’était com­plè­te­ment fou car l’An­gle­terre est une si grande na­tion de foot­ball et nous un si pe­tit pays de 340 000 ha­bi­tants. Vous al­lez cer­tai­ne­ment croi­ser Fran­çois Hol­lande, le pré­sident de la Ré­pu­blique fran­çaise. Qu’al­lez-vous lui dire ? Ce se­ra un im­mense hon­neur. A la fin, je lui di­rai : « Fé­li­ci­ta­tions, la France a rem­por­té une très belle vic­toire », à moins que je ne lui glisse : « La France a très bien joué mais nous sommes qua­li­fiés. » Vos joueurs semblent n’avoir peur de rien. Est-ce un trait de la men­ta­li­té is­lan­daise ? Je ne sais pas. Il y a huit ans, nous avons per­du face au Liech­ten­stein 3-0 à do­mi­cile. Tout va très vite en sport. Mais nous nous re­po­sons sur un e x c e l l e nt g r oupe, a v e c des joueurs de qua­li­té qui prônent l’uni­té. Nous avons par­fois eu de la chance lors de ce tour­noi, mais nous l’avons pro­vo­quée. Et si vous al­lez plus en pro­fon­deur, on peut se rendre compte que nous pos­sé­dons de bonnes in­fra­struc­tures et de bons édu­ca­teurs en Is­lande. Ce­la nous per­met de for­mer de meilleurs foot­bal­leurs de­puis quelques an­nées. Se­lon vous, quel joueur sym­bo­lise le mieux ce que vous dé­cri­vez ? Nous n’avons pas un Mes­si ou un Cris­tia­no Ro­nal­do. Si je de­vais en faire res­sor­tir un, il s’agi­rait de Gud­john­sen, qui a eu une car­rière ex­cep­tion­nelle. Il n’a pas beau­coup joué de­puis le dé­but de l’Eu­ro, mais il se dé­voue pour l’équipe et a une in­fluence im­por­tante dans le groupe. Les résultats de l’équipe sont-ils en me­sure de mo­di­fier cer­tains cli­chés te­naces sur votre pays ? Jus­qu’ici, nous étions sur­tout une des­ti­na­tion tou­ris­tique où les vi­si­teurs ve­naient cher­cher l’iso­le­ment dans une na­ture à l’état sau­vage. Dé­sor­mais, les gens qui pen­se­ront à l’Is­lande se di­ront que c’est un pays de grands foot­bal­leurs. Com­ment tra­duire cet élan dans la so­cié­té is­lan­daise ? Vous ne pou­vez pas trans­fé­rer ce qui se passe sur un terrain de foot­ball à la so­cié­té en gé­né­ral. Nous sommes un pays où nous nous que­rel­lons sur de nom­breux su­jets. Il y a des désac­cords, mais nous avons en­vie de pro­gres­ser en­semble. La fièvre du foot­ball en­chante la so­cié­té en ce mo­ment, mais dès que le tour­noi se­ra ter­mi­né, nous al­lons re­ve­nir à nos pro­blèmes quo­ti­diens. Res­sen­tez-vous cette fièvre qui gagne votre pays de­puis le dé­but ? J’ai vu le pre­mier match face au Por­tu­gal dans un vil­lage de pê­cheurs dans le nord du pays. Tout le monde était ras­sem­blé chez le bou­lan­ger pour voir le match sur un écran. Le troi­sième, j’étais dans un hô­pi­tal avec un ami en conva­les­cence, là en­core tout le monde était de­vant la té­lé. On sent cette fièvre par­tout. C’est pour­quoi je pense que, di­manche, un mi­racle peut sur­ve­nir. Mais quel que soit le ré­sul­tat, les joueurs re­vien­dront comme des hé­ros. Quel est votre pro­nos­tic ? Si je garde les pieds sur terre, la France doit ga­gner. Mais on a prou­vé que nous pou­vions faire de grandes choses, donc je pro­nos­tique une vic­toire 1-0 de l’Is­lande avec un but de notre ca­pi­taine Gun­nars­son.

« Les joueurs re­vien­dront comme des hé­ros »

VI­DÉO Is­lande le­pa­ri­sien.fr : la fier­té du pré­sident

Dans la ban­lieue de Reyk­ja­vik (Is­lande), hier. Elu di­manche der­nier pré­sident de la Ré­pu­blique d’Is­lande, Gud­ni Jo­han­nes­son (ici dans sa mai­son) pren­dra ses fonc­tions le 1er août. An­cien hand­bal­leur, le nou­veau chef d’Etat sup­por­te­ra de­main soir son équipe na­tio­nale face aux Bleus de Des­champs au Stade de France.

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