L’Is­lande prête à vi­brer jus­qu’au

Aujourd'hui en France - - LA UNE - Reyk­ja­vik (Is­lande) De nos en­voyés spé­ciaux An­toine Hu­ré, ex­pa­trié fran­çais TEXTES : FRÉ­DÉ­RIC GOUAILLARD

LES IS­LAN­DAIS ne sont pas très cha­ri­tables, mais, au moins, ils ne manquent pas d’hu­mour. Quand une grande en­seigne de sport de la ca­pi­tale, Reyk­ja­vik, veut bra­der ses der­niers maillots de l’An­gle­terre, elle les cède à moi­tié prix avec cette af­fi­chette : « Brexit, 50 % ». En re­vanche, pour les maillots de l’équipe na­tio­nale, ce n’est pas la peine de cher­cher. C’est bien simple, il n’y en a plus un seul dans tout le pays. « Nous sommes en rup­ture de stock de­puis une se­maine, ex­plique Sa­ra Kris­tins­dot­tir, ven­deuse d’une des quatre en­seignes Uti­lif de Reyk­ja­vik. Je ne passe pas une mi­nute sans que des clients viennent me ré­cla­mer un maillot. J’at­ten­dais une li­vrai­son hier (NDLR : ven­dre­di), mais elle n’est pas ve­nue. On es­père en re­ce­voir de­main (au­jourd’hui) ou lun­di au mieux. » La tu­nique bleue a beau se vendre 87 € pour les adultes et 80 € pour les en­fants, les Is­lan­dais se les sont ar­ra­chées et la marque ita­lienne Er­rea n’a pas pu suivre. On évoque une aug­men­ta­tion des ventes de 1 800 % : un best-sel­ler. Cette fré­né­sie pour les maillots n’est qu’une des ma­ni­fes­ta­tions de la pas­sion dé­vo­rante que nour­rissent les Is­lan­dais pour leur Strá­kar­nir Ok­kar (le sur­nom de la sé­lec­tion).

Celle-ci n’est pour­tant pas vi­sible au pre­mier coup d’oeil. Quand on dé­barque dans cette île, si­tuée à la li­mite du cercle po­laire et mor­due par les vents du Groën­land, le voya­geur est loin de per­ce­voir les so­no­ri­tés du clap­ping des fans is­lan­dais. Il y a bien ces ka­ké­mo­nos à l’ef­fi­gie des joueurs sur Aus­turs­trae­ti, l’une des ar­tères pas­santes de la ville, et ces pe­tits dra­peaux dans les de­van­tures des ma­ga­sins, mais rien qui rap­pelle la fu­ria niçoise en ré­fé­rence au suc­cès (2-1) contre l’An­gle­terre en 8es de fi­nale. « C’est vrai que ce­la ne se voit pas trop dans les rues, car les Is­lan­dais ne sont pas un peuple exu­bé­rant, ra­conte An­toine Hu­ré, 22 ans, un ex­pa­trié fran­çais em­ployé dans une agence de tou­risme. Mais je peux vous as­su­rer que les gens sont pas­sion­nés par cet Eu­ro. C’est le su­jet de conver­sa­tion nu­mé­ro 1, ce­lui qui a éclip­sé la pré­si­den­tielle du 26 juin der­nier, alors que c’est un peuple qui aime par­ler po­li­tique. Et vous ver­rez que, tout à l’heure, cha­cun d’entre eux va re­vê­tir son maillot et ils se­ront des mil­liers dans la rue pour re­gar­der le match en fa­mille sur écran géant. Après la vic­toire face à l’An­gle­terre, il y a eu des ras­sem­ble­ments spon­ta­nés comme j’en ai ra­re­ment vu ici, ex­cep­té lors des ma­ni­fes­ta­tions de­vant le Par­le­ment suite à la di­vul­ga­tion de l’af­faire des Pa­na­ma Pa­pers dans la­quelle était im­pli­qué l’an­cien Pre­mier mi­nistre. »

La mu­ni­ci­pa­li­té de Reyk­ja­vik a été contrainte de faire les choses en grand. La pe­tite place In­golf­storg, qui ac­cueillait jus­qu’ici la fan-zone lo­cale, a été rem­pla­cée par un écran bien plus im­po­sant sur la col­line d’Ar­na­rh­voll pour les matchs de l’équipe na­tio­nale. C’est là que, ce soir, un peu avant 19 heures, des mil­liers d’ha­bi­tants de Reyk­ja­vik — ils étaient 10 000 face à l’An­gle­terre et les au­to­ri­tés en at­tendent plus — vien­dront vi­brer aux ex­ploits de leurs Vi­kings de joueurs. Et puisque tous, ou presque, pro­nos­tiquent une vic­toire de l’Is­lande face à la France, cha­cun s’ap­prête à fê­ter cette qua­li­fi­ca­tion en de­mi-fi­nale jus­qu’au bout de la nuit. Ou du jour, puis­qu’en ce mo­ment le so­leil ne se couche qua­si­ment ja­mais, et sur­tout pas sur les am­bi­tions is­lan­daises.

« Ils se­ront des mil­liers dans la rue pour re­gar­der le match »

Reyk­ja­vik (Is­lande), ven­dre­di. Dans le centre-ville, les pas­sants peuvent, pour s’amu­ser, in­té­grer l’équipe na­tio­nale.

Reyk­ja­vik, ven­dre­di. La ca­pi­tale is­lan­daise se pré­pare tout dou­ce­ment au quart face aux Bleus avec quelques dra­peaux ici et là.

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