Le cri d’alarme de la di­rec­trice de Fleury

PRI­SON. Dans un cour­rier en­voyé à l’ad­mi­nis­tra­tion pé­ni­ten­tiaire, Na­dine Pic­quet dresse un ta­bleau pré­oc­cu­pant de la mai­son d’ar­rêt de Fleury-Mé­ro­gis, qu’elle di­rige.

Aujourd'hui en France - - ACTUALITÉ - Fleury-Mé­ro­gis (Es­sonne) FLO­RIAN LOISY (AVEC I.G.)

« LA DÉ­TEN­TION est de­ve­nue vio­lente. […] Les équipes d’en­ca­dre­ment sont fa­ti­guées. » Ce constat se­rait tris­te­ment ba­nal s’il ne pro­ve­nait de la di­rec­trice de la plus grande pri­son d’Eu­rope. Dans un cour­rier da­té du 20 juin, dé­voi­lé hier par BFMTV et que nous nous sommes pro­cu­ré, Na­dine Pic­quet, la chef de la mai­son d’ar­rêt de Fleury-Mé­ro­gis (Es­sonne), dresse un ta­bleau alar­miste du quo­ti­dien de cet éta­blis­se­ment. Adres­sée au di­rec­teur in­ter­ré­gio­nal des ser­vices pé­ni­ten­tiaires de Pa­ris — qui cha­peaute les éta­blis­se­ments d’Ile-deF­rance et d’outre-mer —, la mis­sive rend compte d’une sur­po­pu­la­tion qui, sans être nou­velle, pa­raît au­jourd’hui dif­fi­ci­le­ment te­nable.

Pre­mière femme à di­ri­ger cet éta­blis­se­ment car­cé­ral, Na­dine Pic­quet écrit en­core : « J’at­tire votre at­ten­tion sur la si­tua­tion par­ti­cu­liè­re­ment in­quié­tante des ef­fec­tifs de la po­pu­la­tion pé­nale. Si la re­cru­des­cence per­dure de­puis plu­sieurs mois, nous consta­tions de­puis quelques jours que le nombre d’écrous at­teint des som­mets. » Avec 4 514 pri­son­niers et un taux de rem­plis­sage d’en­vi­ron 150 %, l’éta­blis­se­ment est, en ef­fet, re­pré­sen­ta­tif de la sur­charge des pri­sons fran­ci­liennes, même si Fresnes af­fiche de son cô­té un taux en­core su­pé­rieur avoi­si­nant les 200 %.

Créa­tion de nou­velles places

« Il est évident que cette si­tua­tion rend les af­fec­ta­tions, le pro­fi­lage et le sui­vi des per­sonnes dé­te­nues très com­plexes, pour­suit la di­rec­trice. Nous consta­tons un épui­se­ment pro- fes­sion­nel dans de nom­breux sec­teurs. […] Les de­mandes de chan­ge­ments de cel­lules sont nom­breuses et consti­tuent, pour toutes les équipes de dé­ten­tion, un en­jeu qua­si­ment in­at­tei­gnable. » Des dif­fi­cul­tés qui en­traînent « des ten­sions au sein de la po­pu­la­tion pé­nale (ba­garres en cel­lule, ba­garres sur les cours de pro­me­nade, vio­lences à l’en­contre des per­son­nels) », ajoute-t-elle, an­non­çant par ailleurs « 10 ma­te­las au sol » faute de lits dis­po­nibles dans les cel­lules.

« Ce constat n’est pas nou­veau. Mais le contexte, mar­qué par l’ar­ri­vée mas­sive de pri­son­niers ter­ro­ristes, ac­croît la pres­sion sur les per­son­nels », note un sur­veillant. Par­mi les ré­cents ar­ri­vants, un cer­tain Sa­lah Ab­des­lam fait l’ob­jet d’une at­ten­tion toute par­ti­cu­lière. « La si­tua­tion sur place est dif­fi­cile, mais cer­taines pri­sons connaissent une sur­po­pu­la­tion en­core plus forte, avec des di­zaines de ma­te­las au sol », re­lève pour sa part JeanF­ran­çois Forget, se­cré­taire na­tio­nal du syn­di­cat de sur­veillants Ufap.

« Les pri­sons ac­cueillent des dé­te­nus écroués par des ma­gis­trats, et ces der­niers ne prennent pas tou­jours en compte la sur­po­pu­la­tion dans leurs dé­ci­sions, com­mente-t-on du cô­té de l’ad­mi­nis­tra­tion pé­ni­ten­tiaire. Il est nor­mal qu’une di­rec­trice fasse re- mon­ter les dif­fi­cul­tés qu’elle ren­contre, et le mi­nistre de la Jus­tice a en­ga­gé les cré­dits et les plans pour trou­ver une so­lu­tion. » Ce cour­rier tombe à pic et pour­rait même ser­vir les in­té­rêts du garde des Sceaux. Dans une quin­zaine de jours, Jean-Jacques Ur­voas re­met­tra au Par­le­ment un rap­port sur l’en­cel­lu­le­ment in­di­vi­duel, pré­vu par la loi de­puis 2009 et tou­jours re­pous­sé de­puis. Il de­vrait an­non­cer la créa­tion de nou­velles places de pri­son. Un pro­jet qui, quelle que soit son am­pleur, s’ins­cri­ra dans un contexte bud­gé­taire très dé­fa­vo­rable, où tous les ar­gu­ments pè­se­ront.

Fleury-Mé­ro­gis (Es­sonne). Ma­te­las au sol faute de lits dis­po­nibles, ba­garres, vio­lences en­vers le per­son­nel… la di­rec­trice de cette mai­son d’ar­rêt, qui at­teint un taux de rem­plis­sage de 150 %, dé­crit une si­tua­tion dif­fi­ci­le­ment te­nable.

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