Don Padre et ses drôles de dames

PROXÉNÉTISME. La po­lice a dé­man­te­lé un ré­seau qui louait des ca­mion­nettes à des pros­ti­tuées équa­to­riennes du bois de Bou­logne à Pa­ris. A sa tête, un cer­tain Don Padre.

Aujourd'hui en France - - ACTUALITÉ - STÉ­PHANE SELLAMI

CE SONT des pe­tites mains de la pros­ti­tu­tion qui viennent d’être in­ter­pel­lées par les en­quê­teurs de la bri­gade de ré­pres­sion du proxénétisme (BRP) de Pa­ris. Neuf per­sonnes soup­çon­nées d’avoir mis en place un sys­tème d’as­sis­tance au pro­fit de trans­sexuels de na­tio­na­li­té équa­to­rienne ont été mises en exa­men en mi­lieu de se­maine. Huit d’entre elles ont été pla­cées en dé­ten­tion pro­vi­soire.

Pré­sen­té comme étant à la tête de ce ré­seau, un homme de 63 ans sur­nom­mé Don Padre est sus­pec­té d’avoir mis en place ce que les trans­sexuels dé­si­gnaient sous le nom de « guar­dia » (la garde, en Fran­çais). Ce sexa­gé­naire, lui-même équa­to­rien et ori­gi­naire de la ville de Guaya­quil, ai­dé de son fils de 21 ans et de sa fille de 23 ans, pro­po­sait de « me­nus ser­vices » à une ving­taine de trans­sexuels fai­sant com­merce de leur corps au bois de Bou­logne dans le XVIe ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris.

Ca­mion­nettes à la lo­ca­tion et pe­tits plats mi­ton­nés

« Le prin­ci­pal ser­vice qu’il a mis en place était la lo­ca­tion de ca­mion­nettes afin de per­mettre à ces trans­sexuels de s’y pros­ti­tuer, confie une source proche de l’af­faire. Ces vé­hi­cules étaient à dis­po­si­tion dans les al­lées du bois de Bou­logne en échange de 50 € pour la lo­ca­tion de huit heures. Une ving­taine de vé­hi­cules étaient loués pour 150 € la jour­née cha­cun… »

Ja­mais à court d’idées, Don Padre as­su­rait éga­le­ment le dé­pla­ce­ment de ces four­gon­nettes lorsque les trans­sexuels ne pos­sé­daient pas le per­mis. Une « mise en place » fac­tu­rée 10 €. Au sein de la « guar­dia », cer­tains com­plices étaient char­gés de pré­pa­rer des pe­tits plats aux pros­ti­tuées. « Ce sys­tème de sou­tien pré- voyait aus­si des prêts d’ar­gent en cas de be­soin, pour­suit la même source. Mises bout à bout, les pe­tites sommes per­çues fi­nis­saient par abou­tir à de gros gains. Près de 7 000 € ont été sai­sis aux do­mi­ciles des prin­ci­paux pro­ta­go­nistes, dans les XIe, XVIe et XVIIe ar­ron­dis­se­ments à Pa­ris. » De nom­breux trans­ferts d’ar­gent vers Guaya­quil ont éga­le­ment été iden­ti­fiés par les en­quê­teurs de la BRP.

Lors de son au­di­tion, Don Padre a nié avoir ren­du ser­vice contre de l’ar­gent à des trans­sexuels, ré­pon­dant aux pré­noms de Kim­ber­ly, Scar­lett, Ja­net ou La Ba­cha. « Ce res­sor­tis­sant équa­to­rien est soup­çon­né d’avoir, de­puis plu­sieurs an­nées, pro­po­sé des ca­mion­nettes à la lo­ca­tion dans les al­lées proches du pré Ca­te­lan et du lac In­fé­rieur, sou­ligne un proche de l’af­faire. Son sys­tème était lar­ge­ment ro­dé et lui a per­mis de faire d’im­por­tants bé­né­fices. »

Bois de Bou­logne (Pa­ris XVIe), hier. Une ving­taine de four­gon­nettes ap­par­te­nant à Don Padre étaient mises à dis­po­si­tion de trans­sexuels pour 150 € la jour­née.

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