« On va voir du Fran­çais »

Thi­baut Pi­not, lea­deur de l’équipe FDJ, dis­tille un dis­cours em­preint de lu­ci­di­té. Il croit en son po­ten­tiel comme en ce­lui des cou­reurs tri­co­lores.

Aujourd'hui en France - - SPORTS - Sainte-Ma­rie-du-Mont (Manche) De l’un de nos en­voyés spé­ciaux Pro­pos re­cueillis par DA­VID OPOCZYNSKI

IL EST AR­RI­VÉ sans en­combre en bord de plage. Thi­baut Pi­not a pru­dem­ment ter­mi­né au sein du pe­lo­ton la pre­mière étape. Une bonne chose pour le cou­reur de 26 ans dont on at­tend beau­coup pour son 5e Tour. Le cham­pion de France du chro­no, qui a quit­té sa co­pine et sa fa­mille avec un « pin­ce­ment au coeur » en mi­lieu de se­maine, fait le point sur sa vi­sion de cette édi­tion 2016. Avec tou­jours la même sim­pli­ci­té. Comment avez-vous tra­ver­sé cette pre­mière étape mar­quée par plu­sieurs chutes ? THI­BAUT PI­NOT. Fran­che­ment, je suis sou­la­gé. J’ai eu la trouille toute la jour­née. Mais de­main (NDLR : au­jourd’hui), ça se­ra en­core plus ten­du… Vous re­dou­tez les pre­miers jours ? Comme tous les fa­vo­ris. On craint tous la chute parce qu’on ne la maî­trise pas. C’est un peu du ha­sard. On a tou­jours peur. A la té­lé, on ne res­sent pas la ner­vo­si­té du pe­lo­ton. Mais, à 50 km/h, à un cen­ti­mètre des autres gui­dons, le moindre coup de pa­tin, c’est trente mecs par terre. Pour le com­prendre, il faut le vivre. Qu’est-ce qui fait la dif­fi­cul­té de ce Tour ? Dé­jà la der­nière se­maine, qui est quand même très dure. Après, ce qui fait son charme, c’est dé­jà qu’on n’a pas de pa­vés ! (Rires.) Ça, c’est pas mal. En­suite, on au­ra vrai­ment des belles étapes de mon­tagne, comme j ’ ai me. Et puis, c’est bien qu’on ar­rive dans les pre­mières dif­fi - cultés au bout de cinq jours. Ça aide aus­si. L’ob­jec­tif mi­ni­mum, c’est le top 5 ? Oui. Après, on ver­ra. Une vic­toire d’étape me plai­rait beau­coup parce que c’est une joie par­ti­cu­lière. Entre Froome, Quin­ta­na et Con­ta­dor, qui se dé­tache ? Con­ta­dor a le don d’at­ta­quer là où on ne l’at­tend ja­mais. Ça fait sa force. Quin­ta­na m’a aus­si épa­té cer­tai- nes fois. Froome, on a vu au Dau­phi­né qu’il était en­core très fort. Pour moi, il reste le gros fa­vo­ri. Votre pre­mière par­tie de sai­son vous per­met-elle d’ar­ri­ver dans les meilleures condi­tions sur le Tour ? C’est sûr que j’ar­rive sur le Tour as­sez tran­quille par rap­port à mes ré­sul­tats. Quand tu es dans le top 10 mon­dial et que tu as six vic­toires, tu sais que ta moi­tié de sai­son est réus­sie. Donc, si le Tour se passe bien, ça se­ra une très belle sai­son. Et s’il se passe mal, ça se­ra une bonne sai­son quand même. Pas for­cé­ment pour les gens… Mais pour moi, si. Une sai­son, ce n’est pas que le Tour, même si je sais que la mienne se­ra ju­gée des­sus… Etes-vous plus tran­quille après avoir pro­lon­gé de deux ans votre contrat avec la FDJ ? Ça aide. C’est mieux d’être dé­bar­ras­sé de ça pour ne pen­ser qu’à la course, mais ça ne m’a pas trop per­tur­bé. J’ai tou­jours eu la confiance des di­ri­geants, donc je n’ai pas eu trop à me battre avec ça. Je ne me voyais vrai­ment pas par­tir, mal­gré des offres bien su­pé­rieures. Que vous ins­pirent les ré­sul­tats de Bar­det, 2e du Dau­phi­né, ou de Bar­guil, 3e du Tour de Suisse ? De tous les Tours de France que j’ai faits, on ar­rive pour ce­lui-ci avec le plus d’out­si­ders fran­çais. Il y a Ala­phi­lippe aus­si. Au ni­veau clas­se­ment gé­né­ral, on peut re­trou­ver trois ou quatre Fran­çais dans le top 10. Je pense que, cette an­née, on va voir du Fran­çais, oui. Ber­nard Hi­nault au­ra-t-il en­fin un suc­ces­seur ? Bien­tôt, j’es­père. Peut-être pas cette an­née, mais, dans les cinq ou six ans, je suis convain­cu qu’un Fran­çais se­ra vrai­ment ca­pable de ga­gner le Tour. Vous ac­cor­dez-vous une pe­tite chance de le ga­gner dès cette an­née ? A par­tir du mo­ment où je prends le dé­part, oui. C’est sûr que j’y crois, mais je suis lu­cide et je n’ai pas en­vie de m’en­flam­mer. Je n’ai pas en­vie de me dire que je vais ga­gner le Tour de France, parce que j’en suis très loin. Je n’ai pas en­vie d’être dé­çu. Je vais faire le mieux pos­sible. Voi­là. Les cir­cons­tances peuvent m’ai­der, mais, à la pé­dale, je ne suis pas le plus fort. Vos pro­grès sur le chro­no sont-ils un nou­vel atout ? Oui, mais il y a des cou­reurs qui visent aus­si la vic­toire qui sont très bons dans le chro­no. On a vu Quin­ta­na battre Cha­va­nel à la Route du Sud. L’im­por­tant pour moi se­ra d’ar­ri­ver au pre­mier contre-la­montre, le 15 juillet, en ayant per­du un mi­ni­mum de temps. Comme ama­teur de foot, vous de­vez ap­pré­cier que le match des Bleus soit à 21 heures ce di­manche soir… C’est bien, oui, on au­ra le temps de le re­gar­der. La se­maine des Cham­pion­nats de France, même si je n’étais pas loin de la mai­son, j’ai man­qué le 8e de fi­nale. Là, je pense qu’ils vont battre l’Is­lande. Un con­seil quand même pour Des­champs ? A part me mettre avant-centre, je ne vois pas !

« Au gé­né­ral, on peut re­trou­ver trois ou quatre Fran­çais dans le top 10 » « A la pé­dale, je ne suis pas le plus fort »

Saint-Lô (Manche), ven­dre­di. Thi­baut Pi­not, lea­deur de la FDJ, vise au mi­ni­mum une place dans les cinq pre­miers du gé­né­ral. Et, pour­quoi pas, une vic­toire d’étape.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.