Les na­tio­na­listes dé­fient Valls

CORSE. Le Pre­mier mi­nistre est at­ten­du au­jourd’hui sur l’Ile de Beau­té par des élus arc-bou­tés sur leurs re­ven­di­ca­tions après leur triomphe aux ré­gio­nales de dé­cembre. Bras de fer en vue !

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - Laurent Mar­can­ge­li, dé­pu­té-maire les Ré­pu­bli­cains d’Ajac­cio PAU­LINE THÉVENIAUD (AVEC É.H.)

JEAN-GUY TALAMONI, pré­sident de l’As­sem­blée de Corse, as­sume. Il ne re­nie en rien son pro­vo­ca­teur « la France est un pays ami » lan­cé en jan­vier, après la vic­toire his­to­rique des na­tio­na­listes aux ré­gio­nales. Inac­cep­table pour Ma­ti­gnon. « Ce n’était pas de l’hu­mour », nous confie Talamoni, qui va plus loin. « Je n’ai ja­mais consi­dé­ré que la Corse était fran­çaise. Pour moi, la Corse est un pays, pas une en­ti­té ad­mi­nis­tra­tive fran­çaise. Je ne suis pas de­ve­nu fran­çais parce que je suis de­ve­nu pré­sident de l’As­sem­blée na­tio­nale de Corse ! » Un mis­sile contre la ligne édic­tée par le Pre­mier mi­nistre, ou­vert à un sta­tut spé­ci­fique, mais dans le strict cadre de la Cons­ti­tut i on. En­tou­ré de quatre mi­nistres, Ma­nuel Valls est ar­ri­vé tard hier soir en Corse pour son pre­mier dé­pla­ce­ment de­puis son en­trée à Ma­ti­gnon. Et il compte bien in­sis­ter sur la pré­sence de l’Etat dans l’île. « La Corse a une place dans la Ré­pu­blique, mais le Pre­mier mi­nistre par­le­ra aus­si de la place de la Ré­pu­blique et de l’Etat en Corse », pré­vient-on fer­me­ment à Ma­ti­gnon.

Of­fi­ciel­le­ment, le maître mot se­ra « dia­logue ». « Les re­la­tions sont construc­tives », as­sure le Pre­mier mi­nistre à notre jour­nal. « Ce n’est pas non plus em­bras­sons-nous Fol­le­ville, mais quand on dis­cute avec Ma­nuel Valls et les mi­nistres, c’est beau­coup plus dé­ten­du », convient Talamoni. Pa­roles, pa­roles ? Dans les faits, les na­tio­na­listes at­tendent Ma­nuel Valls de pied ferme. Le pré­sident de l’As­sem­blée de Corse, comme ce­lui du conseil exé­cu­tif Gilles Si­meo­ni ( lire ci-des­sous), dé­fendent plus que ja­mais leurs re­ven­di­ca­tions.

Sur le fond des dos­siers, un monde sé­pare Pa­ris d’Ajac­cio et Bas­tia. Les na­tio­na­listes at­tendent des avan­cées sur la créa­tion d’une agré­ga­tion de corse, sur la fis­ca­li­té du pa­tri­moine ou la spé­cu­la­tion im­mo­bi­lière, tout en les ju­geant d’avance « in­suf­fi­santes ». « Le gou­ver­ne­ment ne don­ne­ra ja­mais as­sez pour eux. Ce qu’ils exigent, per­sonne ne le leur don­ne­ra », tranche le dé­pu­té-maire les Ré­pu­bli­cains d’Ajac­cio Laurent Mar­can­ge­li, qui s’in­ter­roge : « S’agit-il de pos­tures ou d’une vé­ri­table vo­lon­té de bras de fer ? » Co­of­fi­cia­li­té des langues corse et fran­çaise, am­nis­tie des pri­son­niers ( lire en­ca­dré), créa­tion d’un sta­tut de ré­sident… Pour Ma­ti­gnon, « c’est non » ! Un point d’ac­cord, tout de même : la mise en place d’une col­lec­ti­vi­té unique en jan­vier 2018. « Les or­don­nances ( NDLR : pré­sen­tées au­jourd’hui) vont per­mettre à la col­lec­ti­vi­té unique de s’ins­tal­ler dans les dé­lais pré­vus par la loi et lui don­ne­ront les moyens de fonc­tion­ner dans les meilleures condi­tions », pro­met le mi­nistre de l’Amé­na­ge­ment du ter­ri­toire, Jean-Mi­chel Bay­let.

Les élus lo­caux pré­disent tout de même une vi­site cha­hu­tée. Et le Pre­mier mi­nistre ? S’at­tend-il, lui qui est si « at­ta­ché à la Mar­seillaise », à ce que les « na­tios » en­tonnent l’hymne corse pour l’ac­cueillir, comme ils l’avaient fait en dé­cembre dans l’hé­mi­cycle de l’As­sem­blée de l’île ? Le voi­là qui iro­nise : « Du Ti­no Ros­si, peut-être… »

« Ce qu’ils exigent, per­sonne ne le leur don­ne­ra »

@Pau­li­ne_Th

Ajac­cio (Corse-du-Sud), le 7 dé­cembre 2013. La der­nière fois que Ma­nuel Valls s’est ren­du en Corse, il était mi­nistre de l’In­té­rieur.

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