Le tes­ta­ment de Rocard

DIS­PA­RI­TION. Confor­mé­ment à sa vo­lon­té, trois hom­mages se­ront ren­dus à l’an­cien Pre­mier mi­nistre, in­fa­ti­gable mi­li­tant, dont l’un au siège du PS.

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - Alain Ber­gou­nioux, his­to­rien, à propos de son ami de tou­jours, Mi­chel Rocard ÉRIC HACQUEMAND

TOUS ROCARDIENS… Même Bri­gitte Bar­dot et Jacques Chi­rac ! Pour­tant af­fai­bli, l’an­cien pré­sident, ad­ver­saire de Mi­chel Rocard dans les an­nées 1970-1980, est sor­ti de son si­lence hier pour sa­luer par écrit la mé­moire d’un « homme d’Etat » et « ami de jeu­nesse » dé­cé­dé sa­me­di à l’âge de 85 ans. Outre un hé­ri­tage po­li­tique, le Pre­mier mi­nistre laisse der­rière lui un tes­ta­ment, qui se­ra exé­cu­té dans les pro­chains jours.

Alors qu’il se sa­vait condam­né, Rocard, dont les cendres re­po­se­ront en Corse, a fait dis­crè­te­ment sa­voir à ses proches le type d’hom­mage qu’il sou­hai­tait voir ren­du. Le pre­mier pren­dra la forme d’une cérémonie re­li­gieuse jeu­di au temple de l’Etoile à Pa­ris (XVIIe), puisque l’an­cien Pre­mier mi­nistre était pro­tes­tant. « Il n’était pas dans l’os­ten­ta­tion, mais il est res­té fi­dèle à sa tra­di­tion », note son ami de tou­jours, le so­cia­liste et his­to­rien Alain Ber­gou­nioux. Au point d’ailleurs que le pe­tit Mi­chel se fai­sait sur­nom­mer Ham­ster éru­dit chez les scouts pro­tes­tants… Fran­çois Hol­lande y par­ti­ci­pe­ra, avant de pré­si­der un hom­mage na­tio­nal jeu­di mi­di aux In­va­lides.

A cette oc­ca­sion, et confor­mé­ment au sou­hait du dé­funt, Ed­mond Maire pren­dra d’abord la pa­role. Là aus­si, tout un sym­bole puisque l’an­cien pa­tron de la CFDT est un des pères du dia­logue social qui est au coeur de la social-dé­mo­cra­tie chère à Rocard. Ce se­ra l’oc­ca­sion pour le chef de l’Etat de s’ex­pri­mer de­vant la fa­mille so­cia­liste réunie au grand com­plet, ou presque. « Et en ce mo­ment, c’est as­sez rare… » re­con­naît Ber­gou­nioux.

De Lio­nel Jos­pin à Ma­nuel Valls en pas­sant vrai­sem­bla­ble­ment par Jean-Luc Mé­len­chon, tous de­vraient être pré­sents aux cô­tés du chef de l ’ Etat qui, l ors­qu’il évoque Rocard, à ten­dance à par­ler de lui.

C o mme l o r s - qu’il lui avait re­mis les in­signes de grand-croix de la Lé­gion d’hon­neur en oc­tobre 2015. « Vous avez cher­ché à apai­ser la so­cié­té et ré­for­mer la France, avait-il lan­cé. Nul be­soin de rup­ture pour ré­for­mer. C’est l’apai­se­ment qui pro­duit la ré­forme et c’est la ré­forme qui pro­duit l’apai­se­ment. » Pa­ra­doxe, Hol­lande n’a pour­tant ja­mais été un ro­car­dien pur jus. « Mi­chel Rocard n’a pas été pré­sident de la Ré­pu­blique, mais ses idées consti­tuent un bien com­mun », ex­plique Ber­gou­nioux. Au point de réunir dans une même fi­lia­tion Em­ma­nuel Ma­cron et… le fron­deur Be­noît Hamon !

Après s’être re­cueilli hier sur la dé­pouille de son « père en po­li­tique », Ma­nuel Valls s’est dit, lui, « or­phe­lin » sur TF 1, se glis­sant dans le cos­tume d’hé­ri­tier nu­mé­ro un. Le Pre­mier mi­nistre pren­dra la pa­role, comme le sou­hai­tait Rocard, lors d’une cérémonie le 11 juillet au siège du PS. Aux cô­tés de Jean-Ch­ris­tophe Cam­ba­dé­lis et Alain Ber­gou­nioux. Là en­core, un clin d’oeil à l’his­toire pour un homme qui comp­tait soixan­te­dix ans de mi­li­tan­tisme…

« Ses idées consti­tuent un bien com­mun »

@eri­chac­que­mand

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