Et vous, êtes-vous « na­vet­teur » ?

TRA­VAIL. Seize mil­lions de Fran­çais quittent leur ville de ré­si­dence pour al­ler tra­vailler chaque ma­tin. Cer­tains font plus de 200 km !

Aujourd'hui en France - - ÉCONOMIE - DA­NIEL ROSENWEG

CINQ ? 10 ? 50 ? 100 km ? Quelle dis­tance par­cou­rez-vous chaque jour pour al­ler tra­vailler ? Les Fran­çais qui logent à proxi­mi­té im­mé­diate de leur lieu de tra­vail sont au­jourd’hui mi­no­ri­taires. Se­lon une étude que vient de pu­blier l’In­see, 16,7 mil­lions de Fran­çais sont en ef­fet contraints de quit­ter leur com­mune de ré­si­dence pour al­ler tra­vailler, par­cou­rant souvent des di­zaines de ki­lo­mètres chaque jour, en voi­ture ou en trans­ports en com­mun. On les ap­pelle les « na­vet­teurs ». Une pra­tique qui ne fait que croître. Ex­pli­ca­tions.

Fortes va­ria­tions entre ré­gions

Cet éloi­gne­ment touche do­ré­na­vant deux ac­tifs sur trois en France. Eton­nant, c’est dans la ré­gion Hauts-de-France (ex-Nord-Pas-deCa­lais - Pi­car­die) que l’on trouve la plus forte pro­por­tion d’ac­tifs mo­biles : 71 %. L’Ile-de-France ar­rive juste der­rière (69 %). La ré­gion pa­ri­sienne est d’ailleurs la cible quo­ti­dienne de nom­breux na­vet­teurs des ré­gions voi­sines : Nor­man­die, Cham­pagne- Ar­denne et ré­gion Centre - Val de Loire, no­tam­ment grâce au TGV. A l’op­po­sé, c’est en Corse d’abord, puis en Pro­ven­ceAlpes-Côte d’Azur qu’ils sont le moins nom­breux : res­pec­ti­ve­ment 32 % et 49 %. Mais ces ac­tifs mé­di­ter­ra­néens sont pa­ra­doxa­le­ment ceux qui par­courent la plus longue dis­tance pour al­ler tra­vailler : près de 20 km, contre 13,6 km pour la Bourgogne - Franche-Com­té.

Des na­vet­teurs de l’ex­trême

Se­lon l’In­see, 380 000 Fran­çais fran­chissent chaque jour la fron­tière pour al­ler tra­vailler chez nos voi­sins. Mais c’est sur­tout le chiffre de 317 000 ac­tifs ré­si­dant à plus de… 200 km de leur en­tre­prise qui in­ter­pelle. Un chiffre in­croya­ble­ment éle­vé quand on ima­gine les contraintes qu’il cache (vie de fa­mille, frais de trans­port, fa­tigue, temps per­du…). Pour­tant, ces sta­kha­no­vistes de la route, du rail ou du ciel ne cessent de se mul­ti­plier. De­puis 2008, ils sont 35 % de plus, a consta­té l’In­see ! Prix de l’im­mo­bi­lier, qua­li­té de la vie, em­ploi du conjoint… ex­pliquent souvent cette si- tua­tion. Mais ces na­vet­teurs ne font souvent la route qu’une ou deux fois par se­maine. Un qua­si-luxe.

En voi­ture sur­tout…

80 % des na­vet­teurs uti­lisent leur voi­ture, nous ap­prend l’In­see. Sans sur­prise, ce sont les Pa­ri­siens qui uti­lisent le plus les trans­ports en com­mun : 44 %, soit près d’un sur deux. Lo­gique, vu le maillage de la ré­gion Ile-de-France. Ailleurs, ces usa­gers du bus ou du mé­tro ne sont ja­mais plus de 17 %.

Beau­coup de cadres

Les na­vet­teurs sont ma­jo­ri­tai­re­ment des hommes (71 %) et, pour des rai­sons éco­no­miques pro­ba­ble­ment, ils sont souvent des CSP + (ca­té­go­ries so­cio­pro­fes­sion­nelles su­pé­rieures). Par­mi les na­vet­teurs de l’ex­trême, un sur quatre est chef d’en­tre­prise ou cadre. La très grande ma­jo­ri­té — 126 000 — ral­lie la ré­gion pa­ri­sienne. Der­rière, l’aire de Lyon n’en compte que 13 500. C’est un peu comme si les ac­tifs de la ca­pi­tale qui en ont les moyens fuyaient la Ville Lu­mière le soir ve­nu.

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