Plaisir fé­mi­nin : halte aux idées re­çues !

SEXUA­LI­TÉ. Même les femmes se connaissent mal, constate le doc­teur Ka­ri­la dans un guide à suc­cès, qui com­bat les sté­réo­types et les ta­bous.

Aujourd'hui en France - - SANTÉ - CH­RIS­TINE MATEUS

« LE SEXE, c’est bon pour la santé », dit-on. Et si l’ac­cès aux moyens contra­cep­tifs a fait des femmes les maî­tresses de leur dé­sir, sont-elles pour au­tant en paix avec leur corps ? Pas tou­jours. Elles le connaissent par­fois très mal, il peut être aus­si l’ob­jet de souf­frances phy­siques et psy­cho­lo­giques. Cer­taines doivent en­core com­po­ser avec une vi­sion sté­réo­ty­pée de la sexua­li­té fé­mi­nine, conduite par une in­dus­trie du por­no flo­ris­sante…

Tout ce­la, le doc­teur Laurent Ka­ri­la, psy­chiatre ad­dic­to­logue, l’évoque dans son der­nier livre : « Votre plaisir vous ap­par­tient »*. Sor­ti le 1er juin, l’ou­vrage ren­contre un suc­cès tel qu’il re­part pour une deuxième im­pres­sion. Un ef­fet de l’été qui dé­marre ? Le­vons donc un coin du drap…

Pannes sexuelles, les femmes aus­si

« Il faut gom­mer l’idée re­çue de l’as­pect pu­re­ment psy­cho­lo­gique du plaisir fé­mi­nin, car il existe au­then­ti­que­ment quelque chose de mé­ca­nique chez les femmes », in­siste le psy­chiatre. Ces pannes ne cor­res­pondent pas à un trouble du dé­sir sexuel mais de l’ex­ci­ta­tion sexuelle. Bref, on en a bien en­vie mais pas moyen de… Et les pré­li­mi­naires n’y changent rien.

Chez l’homme, ce­la concerne l’érec­tion, chez la femme, la lu­bri­fi­ca­tion va­gi­nale. Pour évi­ter ces pannes, il faut, bien sûr, être dis­po­nible psy­chi­que­ment (en met­tant de cô­té les contra­rié­tés) et phy­si­que­ment (la forme phy­sique, sans être spor­tive de haut ni­veau, est pri­mor­diale). Le mé­de­cin met aus­si l’ac­cent sur « la dis­tinc­tion entre le dé­sir fan­tas­mé et le dé­sir de réa­li­té de la chair » qui, lors­qu’elle ne se fait pas, peut po­ser pro­blème. Si ces pannes de­viennent in­va­li­dantes, on n’hé­site pas à consul­ter un spé­cia­liste.

Mes­dames, ex­pri­mez-vous !

Et no­tam­ment sur vos goûts en ma­tière de sexe. D’après une étude Ifop da­tant de novembre 2015, le royaume du french kiss se re­trouve bon der­nier dans la course au sep­tième ciel. Sur plus de 8 000 femmes hé­té­ro­sexuelles vi­vant en Eu­rope et en Amé­rique du Nord, âgées de 18 à 69 ans, 8 % des Fran­çaises ne l’ont ja­mais connu (contre 3 % en Al­le­magne), et 49 % d’entre elles confient avoir « as­sez ré­gu­liè­re­ment » des dif­fi­cul­tés pour l’at­teindre.

Pour­quoi ? En France, la pé­né­tra­tion va­gi­nale do­mine. 82 % des Fran­çaises l’adoptent « souvent » (contre 74 % en Al­le­magne) mais seules 26 % d’entre elles prennent leur pied ain­si. « Les femmes hé­sitent vi­si­ble­ment à ex­pri­mer ce qui leur fait vrai­ment plaisir », note Laurent Ka­ri­la. En ef­fet, les ca­chot­tières sont 77 % à avoir « as­sez fa­ci­le­ment » un or­gasme par voie va­gi­nale, mais avec une sti­mu­la­tion du cli­to­ris. Pour­tant, seule­ment une sur trois pra­tique cette mé­thode.

Ha­ro contre la dic­ta­ture de l’or­gasme

L’or­gasme a même sa Jour­née mon­diale (le 21 dé­cembre) et pour­tant beau­coup de fausses croyances existent à son su­jet. Par­mi elles : ne pas y par­ve­nir à chaque rap­port sexuel est un signe d’in­sa­tis­fac­tion. Faux ! « On peut prendre du plaisir sans avoir d’or­gasme, et heu­reu­se­ment ! Il ne faut donc pas en faire une exi­gence, au risque de le faire fuir », ras­sure le doc­teur Ka­ri­la. Autre exemple : une femme qui ne connaît pas l’or­gasme souffre d’un trouble du dé­sir sexuel. « En­core une idée re­çue ! Le lan­gage com­mun évoque souvent le terme fri­gi­di­té. Il est uti­li­sé par cer­tains hommes qui pré­fèrent l’em­ployer plu­tôt que de re­mettre en ques­tion leur per­for­mance », iro­nise le psy­chiatre. En ef­fet, l’anor­gas­mie existe bien et peut, no­tam­ment, trou­ver son ori­gine dans la dif­fi­cul­té à se lais­ser al­ler, la non-connais­sance de son corps, une édu­ca­tion ri­gide et culpa­bi­li­sante quant au plaisir sexuel res­sen­ti, un mau­vais par­te­naire…

Le por­no, ça les émous­tille aus­si…

« La por­no­gra­phie fait par­tie du pay­sage de la sexua­li­té. Elle a tou­jours exis­té. L’in­ter­dire n’au­rait au­cun sens », avance Laurent Ka­ri­la. Le poids de cette in­dus­trie au­jourd’hui a tou­te­fois « mo­di­fié la donne en termes de re­pré­sen­ta­tions des choses, des corps des uns et des autres, du sexe en gé­né­ral. On peut aus­si no­ter un dés­équi­libre homme-femme, même si de nom­breux sup­ports des­ti­nés aux femmes se dé­ve­loppent de plus en plus ». Elles sont en­vi­ron 24 % à X-sur­fer dans le monde. On re­trouve ce même pour­cen­tage en France (contre 35 % au Bré­sil, en tête du clas­se­ment). Et lors­qu’elles vont sur ces sites, elles y passent plus de temps que les hommes (dix mi­nutes et dix se­condes en moyenne). Les in­ter­nautes ont entre 18 et 24 ans pour 36 % d’entre elles, 28 % ont de 25 à 34 ans, et 17 % de 35 à 44 ans. Que vont-elles cher­cher ? Entre 2014 et 2015, les femmes se sont sur­tout in­té­res­sées aux sex-tapes des cé­lé­bri­tés. * par Laurent Ka­ri­la Edi­tions Flam­ma­rion, 19,90 €.

49 % des Fran­çaises confient avoir « as­sez ré­gu­liè­re­ment » des dif­fi­cul­tés pour at­teindre l’or­gasme.

La sub­stance psy­choac­tive conte­nue dans le can­na­bis peut-elle pro­té­ger de la neu­ro­dé­gé­né­rés­cence ?

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