L’in­quié­tant pro­jet des couples de conver­tis ra­di­ca­li­sés

EN­QUÊTE. Deux hommes et deux femmes, fas­ci­nés par Daech, col­lec­taient de l’ar­gent et cher­chaient à se pro­cu­rer des armes. L’un d’eux fo­men­tait même ce pro­jet d’ac­tion vio­lente de­puis sa cel­lule à Tou­lon (Var)…

Aujourd'hui en France - - TERRORISME - Une source proche de l’af­faire THI­BAULT RAISSE

C’EST SANS DOUTE l’un des tout pre­miers pro­jets d’ac­tion vio­lente is­la­miste fo­men­té de­puis une cel­lule de pri­son. Une af­faire jus­qu’ici pas­sée sous si­lence. Se­lon nos in­for­ma- tions, quatre per­sonnes dont deux femmes et un dé­te­nu de la pri­son de Tou­lon (Var) ont été mis en exa­men le 27 avril der­nier pour « as­so­cia­tion de mal­fai­teurs en lien avec une en­tre­prise ter­ro­riste cri­mi­nelle », entre autres in­frac­tions. Agés de 25 à 47 ans, l es sus­pects aux pro­fils de conver­tis, ori­gi­naires des Al­pesMa r i t i me s et des Bouches-du-Rhône, cher­chaient à ras­sem­bler de l’ar­gent et à se pro­cu­rer des armes sur fond de ra­di­ca­li­sa­tion is­la­miste, même si au­cun pro­jet pré­cis n’est ap­pa­ru du­rant l’en­quête pré­li­mi­naire.

In­car­cé­rés au centre pé­ni­ten­tiaire de Tou­lon pour bra­quages, Jé­rôme* et Ben­ja­min de­viennent amis der­rière les bar­reaux. En plus de leur ca­sier ju­di­ciaire, les deux pri­son­niers par­tagent un goût pro­non­cé pour l’is­lam ra­di­cal, ce qui leur vaut une at­ten­tion par­ti­cu­lière des per­son­nels pé­ni­ten­tiaires.

Après avoir pur­gé sa peine de six ans, Ben­ja­min est fi­na­le­ment li­bé­ré dé­but 2016, puis as­si­gné à ré­si­dence dans la fou­lée au titre de ses pen­chants ex­tré­mistes. Pour­tant, les sur­veillances me­nées par la Di­rec­tion gé­né­rale de la sé­cu­ri­té in­té­rieure ( DGSI) montrent que les deux an­ciens ca­ma­rades de dé­ten­tion n’ont pas com­plè­te­ment rom­pu leurs liens. « Ils uti­li­saient leurs com­pagnes res­pec­tives, toutes deux libres, pour faire le lien entre en eux et s’or­ga­ni­ser », ré­sume une source proche de l’af­faire.

Le par­quet an­ti­ter­ro­riste ouvre une en­quête ju­di­ciaire en fé­vrier der­nier. Leurs in­ves­ti­ga­tions montrent en ef­fet que les deux com­pères ont de cu­rieux pro­jets com­muns. Pro­fi­tant des vi­sites de sa com­pagne au par­loir, Jé­rôme charge cette der­nière de re­cueillir de l’ar­gent par cash ou par man­dat au­près de la com­mu­nau­té ra­di­cale lo­cale. De l’autre cô­té, Ben­ja­min laisse en­tendre à sa concu­bine qu’il sou­haite se pro­cu­rer ra­pi­de­ment des armes. « Cha­cun res­tait flou sur le but re­cher­ché, mais leur pro­fil ra­di­cal lais­sait pla­ner la pos­si­bi­li­té d’une fu­ture ac­tion vio­lente, ou de la mise sur pied d’une fi­lière de dé­parts en Sy­rie », com­mente cette même source.

Pour pré­ve­nir tout pas­sage à l’acte, les deux couples sont ar­rê­tés le 22 avril par la DGSI. La fouille de la cel­lule de Jé­rôme ré­vèle la pré­sence d’un té­lé­phone et de clés USB où fi­gurent lit­té­ra­ture et vi­déos dji­ha­distes en nombre. En garde à vue, il re­con­naît sa fas­ci­na­tion pour Daech mais nie avoir eu connais­sance de la vo­lon­té de Ben­ja­min de se four­nir en armes. Dans l’or­di­na­teur de ce der­nier, des fi­chiers de pro­pa­gande vi­déos et so­nores sont aus­si dé­cou­verts. Les deux hommes as­surent de con­cert n’avoir au­cun pro­jet ter­ro­riste, tout comme leurs com­pagnes res­pec­tives. « S’ils ont su res­ter dis­crets sur leurs plans, ils pré­sen­taient un très haut ni­veau d’em­bri­ga­de­ment », es­time un proche du dos­sier. Les quatre sus­pects ont tous été pla­cés en dé­ten­tion pro­vi­soire dans l’at­tente des suites d’in­ves­ti­ga­tions.

« Leur pro­fil ra­di­cal lais­sait pla­ner la pos­si­bi­li­té d’une fu­ture ac­tion vio­lente »

* Tous les pré­noms ont été chan­gés.

Tou­lon (Var). Les deux sus­pects se sont ren­con­trés der­rière les bar­reaux de ce centre pé­ni­ten­tiaire.

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