Car­nage en Irak, deuil au Ban­gla­desh

Aujourd'hui en France - - TERRORISME - GEOF­FROY TOMASOVITCH

DRA­PEAUX en berne sur les bâ­ti­ments of­fi­ciels et cé­ré­mo­nies re­li­gieuses dans tout le pays. Le Ban­gla­desh ob­ser­ve­ra, ce lun­di, la se­conde jour­née du deuil na­tio­nal dé­cré­té après l’at­taque ter­ro­riste lan­cée ven­dre­di contre un res­tau­rant de la ca­pi­tale Dac­ca qui s’est sol­dée par la mort de 22 per­sonnes, dont 20 otages et 2 po­li­ciers. Les vic­times, par­mi les­quelles fi­gurent une grande ma­jo­ri­té d’étran­gers (neuf Ita­liens, sept Ja­po­nais, un Amé­ri­cain), ont été sé­pa­rées des otages de confes­sion mu­sul­mane par leurs ra­vis­seurs, puis as­sas­si­nées à l’arme blanche. Hier, un em­ployé de l’éta­blis­se­ment a confir­mé à l’AFP qu’il avait eu la vie sauve parce qu’il était mu­sul­man. Un res­ca­pé han­té par les cris des clients tués lâ­che­ment à coups de ma­chette. Bag­dad (Irak), hier.

Sans pré­cé­dent au Ban­gla­desh, ce mas­sacre qui a vi­sé un lieu fré­quen­té par de nom­breux ex­pa­triés a été rev e ndi q ué t r è s r a pi de ment pa r Daech, l’or­ga­ni­sa­tion ter­ro­riste af­fir­mant avoir ci­blé un ras­sem­ble­ment de « ci­toyens d’Etats croisés ». Pour­tant, la piste du groupe Etat is­la­mique (EI) ne convainc pas les au­to­ri­tés ban­gla­daises. Elles l’écartent même.

Le mi­nistre de l’In­té­rieur a ain­si in­di­qué hier que les as­saillants — six ont été abat­tus par les forces de sé­cu­ri­té, un autre a été cap­tu­ré au res­tau­rant Ho­ley Ar­ti­san Ba­ke­ry — ap­par­te­naient à un groupe ex­tré­miste lo­cal. « Ils sont membres du Ja- maat-ul-Mu­ja­hi­deen Ban­gla­desh (JMB) et n’ont au­cun lien avec l’Etat is­la­mique », a sou­te­nu Asa­duz­za­man Khan en ci­tant ce groupe dji­ha­diste ban­gla­dais in­ter­dit de­puis plus d’une dé­cen­nie. Se­lon la lit­té­ra­ture spé­cia­li­sée, le JMB a été fon­dé à la fin des an­nées 1990 pour im­po­ser la cha­ria par la ré­vo­lu­tion ar­mée. Il s’est no­tam­ment illus­tré en 2005 en or­ches­trant un vague d’at­ten­tats si­mul­ta­nés, fai­sant sau­ter en sept mi­nutes plus de 450 bombes dans une soixan­taine de lieux dis­tincts. Le même mi­nistre a don­né quelques dé­tails sur le pro­fil des ter­ro­ristes tués. Se­lon lui, il s’agit de jeunes hommes is­sus de fa­milles ai­sées et qui ont fait de so­lides études, fré­quen­tant les uni­ver­si­tés plu­tôt que les écoles co­ra­niques. Après lui, le chef de la po­lice a confir­mé les soup­çons sur le JMB, tout en pré­ci­sant que l’en­quête ex­plo­re­rait « l’hy­po­thèse d’un lien in­ter­na­tio­nal ».

De leur cô­té, nombres d’ana­lystes es­timent que le Ban­gla­desh, frap­pé ces der­niers mois par des meurtres d’in­tel­lec­tuels et de re­pré­sen­tants des mi­no­ri­tés re­li­gieuses re­ven­di­qués par l’EI, re­fuse de re­con­naître l’exis­tence sur son sol d’or­ga­ni­sa­tions dji­ha­distes in­ter­na­tio­nales, par crainte de faire fuir les in­ves­tis­seurs étran­gers.

Tou­jours hier, Daech a conti­nué de se­mer la mort en Irak. Un ka­mi­kaze a fait ex­plo­ser sa voi­ture pié­gée dans les rues bon­dées d’un quar­tier com­mer­çant de Bag­dad, tuant au moins 119 per­sonnes et fai­sant plus de 180 bles­sés. Il s’agit de l’at­ten­tat le plus meur­trier per­pé­tré à Bag­dad de­puis le dé­but de l’an­née. Si l’EI en­chaîne les re­vers sur le ter­rain mi­li­taire, il dé­montre une nou­velle fois sa ca­pa­ci­té à frap­per les po­pu­la­tions ci­viles au coeur même de la ca­pi­tale ira­kienne. Le pré­sident Fran­çois Hol­lande a dé­non­cé l’at­ten­tat comme « l’oeuvre de cri­mi­nels ab­jects », rap­pe­lant sa « dé­ter­mi­na­tion ab­so­lue à les com­battre par­tout ».

Si l’EI en­chaîne les re­vers sur le ter­rain mi­li­taire, il dé­montre une nou­velle fois sa ca­pa­ci­té à frap­per les po­pu­la­tions ci­viles

le­pa­ri­sien.fr At­ten­tats meur­triers en plein coeur de Bag­dad

Dac­ca (Ban­gla­desh) hier. Une femme dé­pose des fleurs en hom­mage aux vic­times de­vant le res­tau­rant vi­sé par l’at­taque.

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