Pro­cès des mil­lions ca­chés de Serge Das­sault

FRAUDE. Le sé­na­teur (LR) de l’Es­sonne est ju­gé par le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Pa­ris, soup­çon­né d’avoir dis­si­mu­lé des sommes très éle­vées sur des comptes à l’étran­ger.

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - Serge Das­sault en oc­tobre der­nier SÉ­BAS­TIEN MORELLI

RE­PRÉ­SEN­TÉ par son avo­cat, Me Pierre Haïk, Serge Das­sault, 91 ans, ne se­ra sans doute pas pré­sent à l’au­dience. L’homme d’af­faires doit ré­pondre de blan­chi­ment de fraude fis­cale à par­tir d’au­jourd’hui à 13 h 30 de­vant la 32e chambre du tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Pa­ris. La justice le soup­çonne d’avoir dis­si­mu­lé à l’ad­mi­nis­tra­tion fis­cale des di­zaines de mil­lions d’eu­ros sur des comptes ca­chés au Luxem­bourg et au Liech­ten­stein.

L’ar­gent qui a tran­si­té sur ces comptes pour­rait avoir ser­vi dans le c a d r e d ’ u n s y s t è me p r é s u mé d’achats de voix lors des cam­pagnes municipales à Cor­beil-Es­sonnes (Es­sonne) en 2009 et 2010. Une en­quête sur ces faits est tou­jours en cours de­puis deux ans. Huit per­sonnes, dont Serge Das­sault et son suc­ces­seur à la mai­rie de Cor­beil Jean-Pierre Bech­ter (LR), ont été mises en exa­men.

« J’ai été mis en exa­men parce que des gens ont men­ti. C’est hon­teux, mi­nable. »

En 2014, Gé­rard Li­mat, le comp­table suisse et homme de confiance de l’avion­neur, éga­le­ment pour­sui­vi, livre un té­moi­gnage clé aux ma­gis­trats. Il leur confie avoir uti­li­sé deux comptes au Luxem­bourg, ap­par­te­nant en fait au mil­liar­daire. Ces der­niers au­raient même été ou­verts par le père de ce der­nier, Mar­cel Das­sault. En­vi­ron 4,2 M€ ont été trans­fé­rés de ces comptes vers des oeuvres « pré­ten­du­ment ca­ri­ta­tives en Al­gé­rie et en Tu­ni­sie sur la pé­riode 20092010 », se­lon une source proche de l’en­quête. Il s’agi­rait en fait de comptes d’ha­bi­tants de Cor­beil.

Gé­rard Li­mat ex­plique éga­le­ment que de l’ar­gent de ces « ca­gnottes » a tran­si­té par Co­fi­nor, une so­cié­té fi­nan­cière ba­sée à Genève, en Suisse, qui était ca­pable de li­vrer du cash par­tout en Eu­rope. Un li­vreur de Co­fi­nor lui re­met­tait le li­quide, entre 100 000 et 700 000 €, à Pa­ris. Le comp­table l’ap­por­tait en­suite à Serge Das­sault. Plus de 7,4 M€ au­raient ain­si été re­mis au sé­na­teur. « Je po­sais le sac dans un coin de son bu­reau et, im­mé­dia­te­ment, on par­lait d’autre chose », a dé­cla­ré Gé­rard Li­mat, af­fir­mant qu’il n’a ja­mais cher­ché à sa­voir à quoi pou­vaient bien ser­vir ces fonds. D’après les en­quê­teurs, 52 M€ sont pas­sés par ces comptes entre 1995 et 2009.

Si l’in­dus­triel re­con­naît avoir fait des dons à des ha­bi­tants de Cor­beil, il nie tout lien entre ces ca­deaux et les élec­tions. « Je n’ai ja­mais ache­té une seule voix. Ja­mais. J’ai don­né de l ’ ar­gent pour que l es gens tra- vaillent, se dé­brouillent. J’ai été mis en exa­men parce que des gens ont men­ti. C’est hon­teux, mi­nable », dé­cla­rait-il dans nos co­lonnes en oc­tobre der­nier.

Se­lon une source proche de l’en­quête, ci­tée par l’AFP, Serge Das­sault a ré­gu­la­ri­sé sa si­tua­tion au­près de l’ad­mi­nis­tra­tion fis­cale et de la Haute Au­to­ri­té pour la trans­pa­rence de la vie pu­blique.

Agé de 91 ans, Serge Das­sault ne de­vrait pas être pré­sent au­jourd’hui à l’ou­ver­ture de son pro­cès pour blan­chi­ment de fraude fis­cale.

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